Psychologie

Bien gérer son temps

Bien gérer son temps

istockphoto.com Photographe : istockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Bien gérer son temps

On n’arrive pas à faire tout ce qu’on voudrait... Mais où va donc notre temps? Et surtout, comment aimerait-on vraiment l’utiliser?

On traque la moindre minute libre pour aussitôt la remplir. Malgré tout, on peine à faire tout ce qu'on voudrait faire. Le manque de temps semble devenu un problème pour tout le monde. «Dans notre société où le rythme est très rapide, on est devenus obsédés par l'idée d'être toujours productifs, non seulement dans notre travail, mais aussi dans nos loisirs», observe Carl Honoré, figure marquante du mouvement Slow, également journaliste et auteur d'Éloge de la lenteur. «On est terrifiés à l'idée de perdre du temps. Si on n'est pas actif et productif, on se sent coupable. Pourtant, la meilleure façon de profiter de son temps est de faire moins de choses, mais des choses qui comptent vraiment, des choses qu'on aime.»

Envie de faire le test?

«Pour savoir ce qu'on veut faire de son temps, il faut d'abord savoir ce qu'on en fait réellement», insiste la psychiatre Christine Mirabel-Sarron, auteure de Bien gérer son temps pour mieux vivre. Et souvent, on l'ignore, ou notre emploi du temps ne correspond pas vraiment à l'idée qu'on s'en fait. C'est pourquoi nous vous proposons l'exercice suivant: noter pendant au moins trois jours (idéalement une semaine) tout ce qu'on fait pendant la journée (préparer le café, se doucher, se maquiller, préparer le lunch des enfants, se rendre au travail en voiture ou autrement, lire, envoyer des courriels, etc.), et le temps consacré à chacune de ces activités.

On prend nos notes dans un agenda papier ou électronique, selon ce qui est le plus pratique pour nous (idéalement, on note tout à mesure, pour avoir un portrait précis). Ou encore, on se sert d'un petit magnétophone (applications mobiles disponibles) où l'on enregistre nos activités et leur durée, pour les écrire à la fin de la journée, dans un document Excel, par exemple.

À la fin de la période choisie, on additionne le temps consacré à nos différentes activités (travail, sommeil, tâches ménagères, loisirs, etc.). On obtient ainsi une idée précise de notre emploi du temps.

Avant de commencer
Voici quelques questions à se poser avant de faire l'exercice. Elles nous aideront à faire un constat plus éclairé à la fin.

1. Quelles sont les trois activités auxquelles j'estime consacrer le plus de temps?

2. Pour quels types d'activités n'ai-je jamais de temps?

3. Quelles activités me sont imposées, dont je me passerais bien?

4. Quelles sont les activités qui me procurent le plus de plaisir?

5. Quelles sont celles qui me causent le plus de stress?

On dresse le bilan

Ça y est, on sait maintenant ce qu'on fait réellement de nos journées. Voici un petit questionnaire pour nous aider à faire le bilan.

  • Quels résultats m'ont le plus étonnée?
  • Mon emploi du temps correspond-il à mes priorités (travail, famille, loisirs, etc.)?
  • Si la réponse est non: à quoi est-ce que je consacre plus de temps que je ne le voudrais?
  • Si je passais moins de temps à ceci ou à cela, quelles en seraient les conséquences?
  • Quels changements pourrais-je apporter pour faire en sorte que ma vie soit plus en accord avec ce que je veux vraiment?

 

 

Reprendre le contrôle

Le bilan est fait? Les résultats nous surprennent, voire nous découragent? Voici des moyens qu'on peut se donner pour récupérer un peu de temps et, surtout, l'utiliser à meilleur escient.

Je passe trop de temps au travail

Notre talon de paie indique peut-être qu'on travaille 35 heures par semaine, mais c'est sans compter les deux heures quotidiennes de transport pour se rendre au bureau et en revenir, le temps passé à répondre aux courriels en dehors des heures de travail, les heures supplémentaires qu'on ne calcule pas mais qui s'additionnent, les moments consacrés à réfléchir à nos dossiers, etc. Bref, l'exercice nous a fait réaliser que notre travail occupe une trop large part de notre temps, au détriment de notre famille ou de nos intérêts personnels. Que faire?

  • D'abord, si on passe beaucoup de temps en voiture pour se rendre au bureau, on envisage les transports en commun. «On pourra consacrer ce temps à des activités plus plaisantes, comme méditer ou apprendre une nouvelle langue», propose Marcel Côté, professeur honoraire aux HEC et auteur de Travail et vie privée: prioriser ses activités et maîtriser son temps.
  • Par ailleurs, si le temps nous manque à cause d'une surcharge de travail, on doit réagir. «Je crois que la plupart des gens ont plus de liberté qu'ils ne pensent pour modifier leurs conditions de travail, avance Carl Honoré. On n'est sans doute pas les seuls à se sentir accaparés par notre travail. Parfois, le simple fait d'en parler avec nos collègues peut mener à un consensus et à des solutions, comme l'emploi de ressources supplémentaires, un réaménagement d'horaires, etc.»
  • On sent qu'on devra faire des heures supplémentaires pour clore un dossier? On prévoit le coup et on demande un délai plus long pour le terminer.
  • Savoir déléguer est aussi un moyen efficace de se ménager un peu de temps et, surtout, de ne pas toujours être en état d'urgence et, donc, stressée.
  • Si l'employeur le permet, une journée de télétravail ou la semaine de quatre jours seraient peut-être des façons de passer plus de temps avec nos proches ou de faire plus d'exercice.
  • Finalement, peut-être devrait-on envisager un poste comportant moins de responsabilités. Ici, il est essentiel de faire le point sur nos valeurs et sur ce qu'on veut réellement: le titre, le salaire (et le boulot!) d'une directrice ou un poste d'employée régulière mais sans tant de responsabilités? «Si on sent que notre travail nous tue à petit feu, il faut envisager de le quitter, dit Carl Honoré. Bien sûr, le changement fait peur, mais beaucoup moins que l'idée d'être étendue sur son lit de mort et d'avoir des regrets!»

Je passe trop de temps à des activités frivoles

Peut-être est-on surprise, après avoir fait l'exercice de noter notre emploi du temps, de constater qu'on consacre autant d'heures à certaines activités comme regarder la télévision, naviguer sur Internet, aller sur Facebook, tweeter, jouer à des jeux, etc. Ces activités peuvent être distrayantes et nous faire du bien, mais, si on a l'impression d'y consacrer trop de temps ou si elles ne nous apportent guère de satisfaction, on revoit nos priorités. «Plusieurs personnes se sentent obligées d'être branchées en permanence simplement pour faire comme les autres, pour suivre le mouvement, mentionne Carl Honoré. D'autres ont besoin d'être tout le temps distraites par crainte de se retrouver face à elles-mêmes, par peur de la solitude ou de l'ennui.» Mais si on a bien établi ce qui compte pour nous et ce qu'on souhaite faire de notre temps, on ne pourra que mieux profiter du temps qu'on aura gagné en coupant dans ces activités futiles. Comment?

  • Marcel Côté conseille de ne prendre nos courriels que deux fois par jour, de ne pas répondre systématiquement au téléphone et d'éteindre notre cellulaire le soir. «Sinon, il devient trop facile de se laisser envahir sans même s'en rendre compte», explique-t-il.
  • Si, comme la moyenne des Canadiens, on passe environ trois heures par jour devant la télé, on peut réduire ce temps à une heure, par exemple. On peut aussi enregistrer nos émissions préférées et les regarder à un moment qu'on aura planifié.
  • Si on regarde la télé parce qu'on n'a pas l'énergie pour une activité exigeant beaucoup de concentration, d'autres types d'occupations peuvent remplir nos besoins tout en étant peut-être plus «nourrissantes»: faire des étirements, prendre un bain en écoutant de la musique, peindre, lire, jouer à un jeu de société avec notre chum, etc.
  • «Souvent, certaines habitudes, comme regarder la télé, s'installent profondément, explique Christine Mirabel- Sarron. Et les habitudes sont difficiles à changer. C'est pourquoi il sera plus efficace de le faire graduellement.» Par ailleurs, il ne faut certainement pas culpabiliser si on choisit tout simplement de ne rien faire. «L'oisiveté est parfois le meilleur usage qu'on peut faire de notre temps, affirme le psychologue Marc Vachon. Souvent, c'est durant ces périodes qu'on peut profiter du moment présent et que de nouvelles idées nous viennent.»

Je passe trop de temps à m'occuper des autres

On s'occupe de nos enfants, de notre conjoint, de nos amis, de nos parents vieillissants, on fait du bénévolat, on écoute les problèmes de tout un chacun. Prendre soin des autres, c'est très bien... sauf si on le fait à notre détriment.

  • D'abord, on doit être capable de demander toute l'aide dont on a besoin si, par exemple, on doit s'occuper de nos parents âgés ou d'un conjoint malade (amis, voisinage, ressources extérieures). «Souvent, les personnes qui sont constamment dédiées aux autres ont de la difficulté à le faire, commente Christine Mirabel-Sarron. Elles font fi de leurs propres besoins et s'épuisent.»
  • La psychiatre insiste aussi sur l'importance de se débarrasser des «voleurs de temps», ces gens qui ne font que prendre sans rien donner en retour. Si on a des amis, des collègues ou des membres de notre famille à qui on donne énormément de notre temps, mais qui ne nous apportent rien et ne font que nous siphonner, il faudra peut-être envisager de s'éloigner d'eux.
  • Par ailleurs, on devra apprendre à dire non, «Je n'ai pas le temps», «J'ai prévu autre chose», «Ça ne me tente pas».
  • Et, surtout, apprendre à se faire passer en premier. «Les gens qui prennent beaucoup soin des autres ont particulièrement besoin de prendre soin d'eux-mêmes s'ils veulent se ressourcer et garder leur énergie, affirme Carl Honoré. C'est pourquoi il est primordial qu'ils planifient régulièrement dans leur horaire des moments pour eux, pour ralentir et faire une activité relaxante et agréable.»

Je passe trop de temps à faire des tâches domestiques

Si le ménage, la préparation des repas, le lavage, etc., nous laissent trop peu de temps pour d'autres choses vraiment importantes, on repense notre façon de faire.

  • Si ce n'est pas déjà le cas, on met tout le monde à contribution et on répartit les tâches équitablement.
  • De plus, on essaie de déterminer d'avance dans la semaine les moments dédiés aux corvées: mardi, de 18 h à 19 h, ménage; jeudi, de 19 h à 20 h, lavage, etc.
  • Si c'est possible, on prépare des plats d'avance que l'on congèlera. Un truc: pourquoi ne pas faire appel de temps à autre à un traiteur? Cela nous fera gagner du temps et ne nous coûtera peut-être pas aussi cher que l'on pense. Idem pour le ménage: une aide extérieure engagée deux fois par mois ou à l'occasion contribuera à nous donner un peu plus de liberté.
  • «On peut aussi envisager d'épurer notre environnement, propose Carl Honoré. Peut-être que trop d'objets encombrent notre vie, ce qui peut allonger le temps passé à ranger et à nettoyer. On réalisera sans doute qu'on gardait beaucoup de choses inutilement.»
  • Peut-être aussi qu'un certain lâcher-prise nous serait bénéfique. «Il est bien d'être perfectionniste dans certains domaines, note le psychologue Marc Vachon, mais pas pour plier un drap ou nettoyer un plancher.» Quelques grains de poussière, un repas moins élaboré, un pantalon porté deux fois sans avoir été lavé... est-ce si grave après tout, si cela nous a permis de nous amuser avec les enfants ou de passer un bon moment avec nous-même?

Pour aller plus loin

  • Bien gérer son temps, par Christine Mirabel-Sarron et Nayla Chidiac, Odile Jacob, 2012, 272 p., 29,95$.
  • Éloge de la lenteur, par Carl Honoré, Marabout, 2005, 287 p., 19,95$.
  • Travail et vie privée: prioriser ses activités et maîtriser son temps, par Marcel Côté, Presses Interuniversitaires, 2011, 211 p., 30$.

 

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