Psychologie

Vivre avec un conjoint dépressif et anxieux

Vivre avec un conjoint dépressif et anxieux

  Photographe : Getty Images

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Vivre avec un conjoint dépressif et anxieux

Avoir un conjoint qui souffre d’un problème de santé mentale, ce n’est pas de tout repos! Cela demande assurément beaucoup d’amour, de patience et de soutien. Comment l’accompagner sans couler? Voici nos conseils.

Quand, en 2000, Louise (le prénom a été changé à sa demande) a rencontré son conjoint, il l’a tout de suite informée qu’il avait des problèmes de santé mentale. Souffrant de trouble d’anxiété généralisée depuis l’adolescence, il devait aussi composer avec des épisodes de dépression sévère. «Même s’il me l’a dit dès le début, je ne connaissais pas cette maladie, avoue Louise. Je voyais qu’il était nerveux et j’essayais de trouver des trucs pour le calmer, comme faire de l’exercice, mais j’ignorais dans quoi je m’embarquais.»

 

Louise a vite constaté que son conjoint n’était pas seulement stressé par certaines situations, mais qu’il avait des épisodes anxieux excessifs et difficiles à contrôler. «Pour lui, le moindre changement prenait des proportions démesurées, dit- elle. Il s’énervait, ne pensait qu’à ça et ne parlait que de ça. À la longue, cette anxiété épuisante finissait par affecter notre qualité de vie. Par exemple, le stress causé par son travail l’a amené à être hospitalisé à quelques reprises pour soigner des dépressions sévères.»

 

DES CHIFFRES QUI PARLENT

Au Québec, on estime qu’une personne sur cinq souffrira d’une maladie mentale au cours de sa vie. Toutefois, plus de la moitié des personnes atteintes ne vont pas chercher l’aide dont elles ont besoin. C’est là que les proches, dont les conjoints, peuvent intervenir en incitant ceux qui sont malades à se faire aider.

Stéphane Guay, psychologue et directeur du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, estime qu’il faut aussi se donner le droit d’être frustrée à l’occasion: «C’est normal, car la maladie mentale affecte notre qualité de vie. Certains week-ends ou certaines soirées sont moins agréables que d’autres.» Pour sa part, Valérie Fortier, intervenante psychosociale à l’Association québécoise des parents et amis de la personne atteinte de maladie mentale, précise qu’il arrive que des femmes quittent leur conjoint parce qu’elles n’en peuvent plus: «Elles éprouvent souvent un grand sentiment de culpabilité. Si elles ont pris cette décision, c’est parce qu’elles se sentaient isolées et épuisées.» D’où l’importance d’aller chercher de l’aide avant d’en arriver là.

Louise admet avoir parfois craqué. «Ça m’est arrivé de dire que c’était fini, que je n’en pouvais plus et que j’allais partir, dit-elle. Si je reste, c’est parce que je l’aime. On est proches, et on est capables de se parler après un moment de crise. Je reste aussi parce que je vois tous les efforts qu’il fait pour composer avec son problème: il prend ses médicaments, voit son médecin et sa psychologue. S’il n’agissait pas, ce serait peut-être différent.»

 

COMMENT ACCOMPAGNER SON CONJOINT?

«Les femmes n’ont pas la responsabilité d’amener le changement chez leur conjoint. Mais elles peuvent l’aider en l’accompagnant dans son processus pour se sentir mieux», rappelle l’intervenante psychosociale Valérie Fortier. Pour aider un conjoint aux prises avec un problème de santé mentale:

  • On s’informe et l’on s’intéresse au problème qui le touche. C’est la meilleure façon de comprendre ce que notre conjoint vit. Car le fait de se sentir comprise aide déjà beaucoup la personne atteinte d’une maladie mentale. On se renseigner en consultant des sites internet spécialisés, comme ceux des instituts universitaires en santé mentale et des organismes d’aide.
  • On encourage notre conjoint à aller chercher de l’aide professionnelle et à accomplir des actions qui lui font du bien. «On évite toutefois de le forcer, conseille l’intervenante. Ça ne ferait que provoquer de la résistance.» Un conseil que suit Louise. «J’encourage mon conjoint à pratiquer des activités comme du cardio plein air et de la méditation, dit-elle. Mais je ne fais pas les démarches à sa place. Il faut que ça vienne de lui.»
  • On parle de ce qui va bien et des changements positifs que l’on observe. «Même si les améliorations sont petites, on les souligne pour encourager notre conjoint», suggère le psychologue Stéphane Guay.
  • On reste réaliste et patiente, car le rétablissement peut être long et difficile.
  • On passe du bon temps ensemble. «On fait régulièrement des activités qu’on aime et qui nous rapprochent, nous confie Louise. Que ce soit du ski de fond, des marches ou de la cuisine. C’est important de partager des expériences positives pour ne pas toujours penser aux aspects négatifs de la situation.» 

 

QUOI FAIRE POUR NE PAS S’ÉPUISER?

Les problèmes de santé mentale d’un conjoint peuvent occuper une place importante dans le quotidien. On donne beaucoup d’attention à l’autre, et l’on finit parfois par s’oublier. «Il n’est pas rare de voir des femmes assumer un maximum de responsabilités pour libérer leur conjoint, indique l’intervenante psychosociale Valérie Fortier. Il faut éviter de tout se mettre sur les épaules pour ne pas s’épuiser.» Voici quelques idées pour nous aider à prendre soin de soi.

  • On trouve des alliés avec qui parler. «Ça peut être des gens de notre entourage qui sont sensibles à ce qu’on vit, dit Valérie Fortier. On peut aussi se tourner vers des groupes d’entraide. Ce qui est bien, avec ces organismes, c’est qu’ils nous permettent de rencontrer des gens qui vivent des situations semblables à la nôtre et avec qui cela fait du bien d’échanger.» De son côté, Louise n’a pas honte de parler de ce qu’elle vit. «Sans entrer dans les détails, je n’hésite pas à parler des problèmes de mon conjoint. Je pense que lorsque l’entourage et les collègues sont au courant de ce que l’on vit, ils se montrent plus compréhensifs et moins portés à juger.»
  • On s’accorde des moments pour soi et l’on prévoit à notre horaire plusieurs activités qui nous font du bien. C’est par ailleurs ce qui permet à Louise de garder l’équilibre. «J’ai mon travail, je vais au gym, je participe à un club de lecture, je sors avec des amies, énumère-t-elle. Je ne veux pas que toute ma vie tourne autour des problèmes de santé mentale de mon conjoint.»
  • On reste vigilante, car la maladie de notre conjoint peut avoir des répercussions sur notre propre santé mentale. «Il faut être en forme pour prendre soin de l’autre, rappelle le psychologue Stéphane Guay. On n’hésite donc pas à consulter notre médecin ou un psychologue si l’on en ressent le besoin.»

 

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