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Trouver l'amour après 50 ans

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  Photographe : Getty Images

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Trouver l'amour après 50 ans

Cheveux gris et dating peuvent aller de pair. Ce n’est pas la même chose qu’à 20 ans, et c’est peut-être mieux ainsi.

Chercher l’âme sœur lorsque 50 bougies ou plus ornent notre gâteau d’anniversaire, ce n’est plus de notre âge? Ah bon, répond Caroline, 52 ans. Visiblement, nombreux sont les adultes mûrs comme elle à ne pas avoir eu le mémo. «Mon amie a écrit un livre sur le dating, et son aplomb a eu raison de mes réticences. Je suis célibataire depuis de très nombreuses années, occupée que j’étais à élever mon fils en solo. Mais la femme en moi avait envie de tendresse et de compagnie. Alors, je me suis lancée.»

La copine dont parle Caroline, c’est la journaliste qui écrit ces lignes et qui a cosigné le livre Le dating dans tous ses états (Confidences de deux filles qui n’ont plus 20 ans), aux Éditions La Semaine. Un détour de vie improbable m’a remise sur le marché de la drague après 16 ans de vie commune. Il va sans dire que j’y suis entrée avec réticence, comme tant d’autres femmes qui ne s’attendaient jamais à redevenir célibataires. Parce que tous les clichés qu’on a entendus – «Ce n’est pas de ton âge!», «C’est juste pour des one-night, ces sites-là!», «Je ne saurais même pas par où commencer!» – ont beau être difficiles à entendre, ils ont au moins le mérite d’être un peu vrais.

Le sujet fait d’abord sourire, car il évoque souvent la légèreté de l’adolescence (racontez que vous vous êtes inscrite sur Tinder et voyez l’effet que ça fait). Pourtant, il n’y a pas grand-chose d’innocent dans les applications de dating. Se mesurer aux jugements des autres à partir d’aussi peu qu’une photo, soutenir une après l’autre des conversations à pleine plus étoffées que les considérations sur la pluie et le beau temps ou des «ça va?» qui ne mènent à rien, boire verre après verre en compagnie d’hommes qui en veulent encore souvent à leur ex-femme... tout ça a le déplaisir d’être aussi de la partie. Heureusement, il n’y a pas que ça. Il y a de beaux moments à vivre, comme des conversations par textos qui s’étirent dans la nuit et des soirées surprenantes qui nous font sortir de notre zone de confort et nous font sentir en pays inconnu. Et nos amis, une fois passé leur étonnement initial, une fois évanouie leur difficulté à croire qu’on a trouvé ce bel homme aux yeux bleus de mer sur une appli de rencontre, se contentent d’être heureux pour nous (pour moi, dans ce cas-ci).

Et même si l’on s’offre une trêve de cynisme, c’est vrai: la quête de l’amour est différente avec plusieurs décennies au compteur. Pourquoi? «D’abord parce qu’on ne cherche plus un géniteur pour fonder une famille ou un parent pour nos enfants, répond la Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. On jouit normalement d’une certaine stabilité dans notre vie: notre carrière est établie, notre famille est faite. À la cinquantaine, on a déjà une bonne partie de notre existence derrière nous. Ce vécu et notre personnalité qu’il a forgée, on va les apporter dans nos fréquentations.»

Ce vécu a du bon. «On est plus solides après 50 ans: on se connaît mieux, on sait qui l’on est et ce qu’on veut. Et l’on n’attend pas d’un homme qu’il nous complète. Une relation, c’est une plus-value, de la tendresse, de la compagnie, avance Katleen Busque, (l’autre) coauteure du livre Le dating dans tous ses états. Caroline l’illustre parfaitement en disant que le monsieur qui ravira son cœur sera la cerise sur le sundae... mais qu’un sundae est déjà très bien et complet en soi!

Tout le monde rêve de trouver l’âme sœur en le croisant dans l’allée de l’épicerie ou dans un souper d’amis. Dans les faits, au fil des ans et des décennies, notre réseau tend à se rétrécir, ce qui limite les nouvelles rencontres et qui fait du cellulaire et de ses applications une façon parmi d’autres de chercher l’amour. C’est vrai aussi pour les générations qui n’ont pas la dextérité technologique de leurs enfants, mais qui ne se laissent pas impressionner pour autant. D’ailleurs, les applications s’adressant spécifiquement à ce public se multiplient: qu’on pense à OurTime, SilverSingles, SeniorMatch et Single Again. Cependant les applis plus générales restent les plus populaires. Le choix y est donc plus vaste. On n’est jamais trop vieux pour s’inscrire à Tinder, OKCupid, PlentyofFish, EliteSingles et autre Match.com... C’est peut-être gênant, mais avec un peu de courage, on oublie vite que c’est pour «les jeunes». La quête d’amour n’a pas d’âge, après tout.

Plusieurs études ont montré que les gens sont plus heureux et mieux dans leur peau après 50 ans. Est-ce parce qu’on a moins d’années devant nous et qu’on n’a plus de temps à perdre? «La réalité nous rattrape: on a peu de chances de vivre 30 ans avec le partenaire qu’on trouvera, rappelle Dre Grou. On profite alors plus des bons moments et on se permet  d’être plus sélectif dans notre emploi du temps. Heureusement, comme les enfants sont souvent autonomes, on a plus de place pour le couple.»

UN COUPLE TEL QU’ON LE DESSINE

Il suffit d’avoir été célibataire un certain temps pour savoir qu’on est désormais bien capable de se débrouiller seule. Alors finie l’époque où l’on rêvait au prince charmant venant nous sauver de la solitude. «Après quelques années infructueuses sur les sites de rencontre, j’ai compris que j’avais déjà tout dans la vie: des amies à la tonne, des loisirs, des plaisirs, une famille... Je ne suis plus là», déclare Lyne, qui ne fait pas du tout ses 63 ans. «Je ne dis pas “plus jamais” et je serais heureuse de rencontrer quelqu’un, mais je ne veux pas être triste à cause de cette quête. Ma vie actuelle est plutôt une recherche d’équilibre; je cultive ce que j’appelle mes petits bonheurs.» Bien sûr, comme aimer fait aussi partie de ce bonheur, elle a déjà tenté sa chance sur Tinder et autres sites, un peu à reculons elle aussi. «Le premier soir, avec ma fille, qu’est-ce qu’on a ri! Rire pour ne pas pleurer, peut-être!»

Lyne ose avancer que là où le bât blesse, là où un pépin s’introduit dans l’engrenage de la vie du couple plus âgé, c’est la sexualité. «Les hommes sont décourageants sur les profils; ils ont l’air vieux, peu soignés. Et soyons franches: les hommes qui vieillissent ont souvent une performance sexuelle qui laisse à désirer!» C’est dit. Pas facile d’être en mode séduction quand il faut faire fi d’un corps qui porte les marques du temps, le nôtre comme le sien. C’est un cheminement. Il faut accepter de ne plus avoir 20 ans, ni dans son corps ni dans sa tête. Et ça s’applique aussi à la drague, qui peut, rassurons-nous, bien finir. Caroline a depuis peu trouvé (sur une appli!) un homme qui lui donne des papillons au ventre. Nul doute, ce sentiment-là ne vieillit jamais.

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