Travail

Pour des femmes payées à leur juste valeur

Pour des femmes payées à leur juste valeur

istockphoto.com Photographe : istockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

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Pour des femmes payées à leur juste valeur

Les femmes occupent le marché du travail de façon égale avec les hommes. Elles sont aussi scolarisées, qualifiées et compétentes qu’eux... mais sont moins payées. Comment renverser la vapeur?

«Quand je me suis rendu compte qu'un nouveau collègue qui exerçait des fonctions similaires aux miennes gagnait 5$ de l'heure de plus que moi, ça m'a fâchée, et je me suis sentie inconsidérée», confie Alexandra, qui occupait le poste de directrice financière dans l'entreprise depuis quatre ans. Les tentatives de la femme de 43 ans pour régler la situation auprès de ses supérieurs se sont malheureusement avérées vaines. Alexandra a donc choisi de partir.

Elle aurait pu, bien sûr, porter plainte à la Commission de l'équité salariale. Mais, bien que les plaintes reçues à la Commission soient traitées confidentiellement, il faut avoir les reins solides pour entreprendre une telle démarche, au point d'accepter de quitter l'entreprise si jamais la situation s'envenime. Toutefois, si tous les employés d'une entreprise s'engageaient à veiller à ce que l'équité soit respectée dans l'ensemble du groupe, cette responsabilité serait sans aucun doute moins lourde à porter. «Toutes les compagnies de 10 employés et plus doivent se plier à la Loi sur l'équité et rendre des comptes à la Commission de l'équité salariale, explique Julie Cloutier, professeure à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. Tout ce qui est fait en ce sens au sein des entreprises est public. C'est aux employés, tant les hommes que les femmes, de s'informer, de vérifier et de porter plainte s'il y a lieu.»

Zéro écart salarial: des solutions existent

Selon un rapport de l'Institut de la statistique du Québec publié récemment, dans les entreprises de 200 employés et plus, le salaire horaire des femmes professionnelles atteignait 34,36$ en 2013, comparativement à 38,55$ du côté des hommes. Une différence de 4,19$ de l'heure chez des professionnels ayant un même niveau de compétences. Aujourd'hui, au Québec, l'écart entre le salaire d'un homme et celui d'une femme est d'environ 10% (19,4% à l'échelle mondiale); en 1971, il était de plus de 50%! La Loi sur l'équité salariale, entrée en vigueur en 1996, a sans contredit eu une conséquence favorable sur la réduction des fossés salariaux au fil des années.

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Malgré cela, la question du salaire demeure taboue. Un tabou qu'on devrait éradiquer si on souhaite vraiment atteindre l'équité, selon Sarah Kwan, cofondatrice de Lean In Canada, branche canadienne du mouvement inspiré par l'ouvrage du même nom de Sheryl Sandberg, dont la mission est d'offrir aux femmes qui veulent faire évoluer leur carrière le soutien et l'information nécessaires afin d'y parvenir. «Je pense que, moins on parle de salaires, plus on laisse de place aux écarts infondés», dit-elle. En 2014, les employés de l'Université McMaster, à Hamilton, se sont ouverts à quelques chercheurs de l'institution qui menaient une recherche sur l'équité. Résultat: après qu'une réelle disparité entre la rémunération des hommes et des femmes eut été constatée, ces dernières ont vu leur salaire annuel augmenté aussitôt de 3500$. «Une chose est certaine, soutient Mme Kwan, c'est que, avant d'accepter un poste, on doit savoir ce qu'il vaut; il faut faire ses devoirs.»

Carole Vincent, une économiste qui s'intéresse depuis longtemps à l'autonomie économique des femmes, croit pour sa part qu'une partie de la solution réside dans la promotion de la diversification des emplois ainsi que dans la croissance du nombre de femmes occupant des postes décisionnels. «Il devrait y avoir plus de programmes et d'incitatifs visant à encourager les femmes qui le souhaitent à se diriger vers des sphères traditionnellement occupées par des hommes - et souvent bien payées! - ou vers des postes aux nombreuses responsabilités. Mais ce n'est pas facile parce que la discrimination est encore bien présente, dans certains milieux surtout, comme le droit, les sciences, l'enseignement universitaire...»

Abolir les préjugés

Mais pourquoi, encore en 2015, les emplois dans lesquels les femmes sont majoritaires (infirmière, adjointe, réceptionniste, enseignante au primaire, etc.) sont-ils moins payants que ceux occupés majoritairement par les hommes (ingénieur, informaticien, P.D.G., etc.)? Pire: pourquoi un homme exerçant un emploi dit traditionnellement féminin est-il souvent mieux rémunéré que sa collègue? Par exemple, selon Statistique Canada, un homme ayant un poste en secrétariat ou en administration était payé 24,53$ en 2012, et une femme s'acquittant des mêmes fonctions, 20,72$!

Pour Julie Cloutier, la priorité devrait être la lutte aux préjugés sexistes entourant ces métiers. «Ces préconceptions font en sorte qu'on a tendance à sous-estimer le caractère exigeant des emplois à prédominance féminine», affirme-t-elle. Carole Vincent abonde: «Il s'agit de professions tout à fait estimables qui doivent être beaucoup mieux valorisées. Toutefois, quand je remarque qu'un devoir de ma fille, qui est en 3e année, dresse une liste de métiers dont une partie est destinée aux femmes, et qu'"infirmière" et "assistante" y figurent, je me dis que de cataloguer ainsi les emplois selon le sexe instille déjà un germe de préjugé dans les têtes, qu'elles soient masculines ou féminines.»

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Bien entendu, cette volonté d'aborder la question du travail et, par la bande, celle des salaires, et de manière plus générale celle de l'égalité au sein des rapports hommes-femmes, doit aussi se manifester à la maison. Et bien que, selon Statistique Canada, les femmes ayant des enfants gagneraient 12% de moins que celles qui n'en ont pas, la solution ne consiste pas à ce que les femmes cessent de fonder des familles. «Les couples doivent plutôt se partager équitablement les tâches», déclare Sarah Kwan. Les femmes devraient de surcroît avoir un partenaire qui valorisera leur travail autant que le sien. De fait, une étude publiée dans le Harvard Business Review en 2014 rapportait une corrélation entre le manque de satisfaction professionnelle des femmes et le fait d'avoir un conjoint dont les ambitions prévalaient toujours, une situation évoquée par 40% des femmes interrogées.

«De plus, ajoute Sarah Kwan, les femmes doivent se débarrasser de leur sentiment de culpabilité par rapport à leur carrière et à leurs aspirations professionnelles. Comment une femme se sentant coupable juste parce qu'elle travaille pourra-t-elle avoir assez d'assurance pour réclamer le salaire auquel elle a droit?» Sans compter que la répercussion du travail des femmes sur leur progéniture serait très favorable: une meilleure éducation, de meilleurs emplois et salaires pour les filles ainsi qu'un engagement et une implication accrus des garçons dans l'éducation de leurs enfants et dans les tâches ménagères. Voilà l'influence qu'auraient sur leurs enfants les femmes qui ont à coeur leur carrière, selon une recherche menée par le Pew Research Center en 2014.

«Si les femmes sont heureuses dans leur travail et satisfaites du salaire qu'elles gagnent, ça ne peut que rendre toute la famille heureuse!» estime Sarah Kwan. «Et si tous les travailleurs et travailleuses étaient payés de façon juste et équitable, conclut Julie Cloutier, ils auraient une meilleure qualité de vie et prolongeraient leur relation de travail, ce dont profiteraient évidemment leurs employeurs.»

Des diplômes et des chiffres

  • Les femmes représentent environ 60% des diplômés universitaires, mais seulement 30% en informatique et en mathématique, et 23% en génie.
  • En 2011, le salaire annuel médian des ingénieurs de 25 à 34 ans était de 65 200$, contre 52 200$ du côté des professions universitaires non scientifiques. Un homme en sciences physiques gagnait 40,77$ de l'heure en 2012, une femme en recevait 36,39$.
  • Les professions de juge, d'avocat et de notaire rémunéraient les hommes 75,60$ de l'heure, contre 57,72$ du côté de la gent féminine.

Source: Institut de la statistique du Québec  

 

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