Psychologie

L'industrie de la mort au Québec en pleine mutation

Shutterstock Photographe : Shutterstock Auteur : Coup de Pouce

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L'industrie de la mort au Québec en pleine mutation

Pour l'instant, les salons funéraires sont surtout forcés de revoir leurs services afin de s'adapter aux changements de rites, comme le "fast-food funéraire" où les familles tentent par tous les moyens d'accélérer leur deuil et passer à autre chose.

Chaque année et depuis cinq ans, le nombre de décès fluctue autour de 60 000, mais «il augmentera de façon importante au cours des prochaines décennies [...] conséquence de l'arrivée des générations du baby-boom aux âges de forte mortalité», a écrit l'Institut de la statistique du Québec en septembre dernier dans son récent rapport Perspectives démographiques du Québec et des régions, 2011-2060.

Selon les tendances des démographes, le Québec passera le cap symbolique des 100 000 décès en 2043. Dans plusieurs régions du Québec, le nombre de décès dépassera le nombre de naissance dès 2020, tandis qu'en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent et en Mauricie c'est déjà chose faite. De manière générale, c'est en 2034 que le point de bascule sera atteint au Québec.

L'espérance de vie joue des tours

Dans l'industrie funéraire, on ne s'emballe pas trop face aux projections de décès des prochaines décennies. La Fédération des coopératives funéraires du Québec, qui regroupe 23 coopératives funéraires dans la province, reste prudente quand on évoque l'avenir florissant pour les entreprises liées à la mort. «Le boom de clientèle, ça se produit et ça ne se produit pas», explique le directeur général de la Fédération, Alain Leclerc. Selon lui, le vieillissement de la population commence à se faire sentir, mais pas de façon significative, notamment en raison de l'espérance de vie qui augmente.

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Le démographe de l'Institut de la statistique, François F. Payeur abonde dans le même sens, faisant valoir que les données liées à l'espérance de vie réservent souvent des surprises. «Depuis longtemps, les démographes ont eu tendance à sous-estimer l'évolution de l'espérance future en raison de la constance inattendue des gains aux grands âges (imputables surtout au recul des maladies cardiovasculaires)», explique-t-il.

Par exemple, il y a une vingtaine d'années, les projections des décès pour 2011 avaient été établies à 67 000. En réalité, cette année-là, ce sont 60 000 personnes qui sont mortes au Québec. «Les hommes gagnent environ 4 mois par année depuis 1995-1997 et les femmes environ 2,2 mois, ce qui représente 8 heures par jour chez l'homme et près 4 heures chez la femme», illustre le démographe.

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Un problème de relève

Pour M. Leclerc, les véritables défis qui touchent les entreprises mortuaires sont liés à la mutation que connait leur industrie. Elle se constate tant chez les acteurs du milieu que dans les rites funéraires. «Un des gros phénomènes qu'on observera dans les prochaines années, c'est la consolidation des entreprises», dit-il. En ce moment au Québec, on compte près de 300 entreprises funéraires, et bon nombre d'entre elles sont de petites compagnies familiales. «Je compare la situation au problème de relève dans les fermes familiales», soulève directeur général de la Fédération. À l'instar de sa clientèle, le domaine mortuaire connait un vieillissement chez les propriétaires de maisons funéraires.

«Les enfants ne sont pas nécessairement intéressés à prendre la relève et à travailler sept jours sur sept, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit », dit-il. De plus, la nouvelle génération qui souhaiterait poursuivre les activités de l'entreprise familiale ne peut assumer le financement nécessaire à l'acquisition de l'entreprise. Pour ces raisons, bon nombre de maisons funéraires sont achetées par des compagnies américaines qui leur font des offres alléchantes. Selon le document réalisé par la Fédération Le marché funéraire au Québec, en 2010, le marché funéraire du Québec était réparti de la façon suivante : 60% d'entreprises familiales, 15% de coopératives funéraires et 25% de propriétés hors Québec. «C'est triste, parce que dans plusieurs régions les gens ont le choix pour 2-3 entreprises, dont le nom a une consonance québécoise, mais ils ne savent pas que ça appartient tout à la même compagnie américaine», ajoute M. Leclerc.


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