Psychologie

L'art de gérer les gens difficiles

L'art de gérer les gens difficiles

istockphoto.com Photographe : istockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

L'art de gérer les gens difficiles

Notre collègue fulmine sans arrêt, notre voisine veut absolument être notre meilleure amie et le chum de notre copine semble tout savoir. Pas toujours évident de vivre avec ces personnalités difficiles. Qui sont-elles et comment les gérer? Mode d’emploi.

La je-sais-tout

Qui est-elle? Elle prétend connaître la capitale des Comores, savoir comment changer les bougies d'allumage d'une voiture et faire dormir un poupon de deux mois! Narcissique à souhait, elle a réponse à tout et a toujours le der¬nier mot... quitte à raconter n'importe quoi. Son objectif: paraître la meilleure et briller. Sa faible estime d'elle-même la rend dépen¬dan¬te de l'admiration d'autrui.

Comment agit-elle? La je-sais-tout a beaucoup de verve, mais peu d'écoute. Autrement dit, on a beau lui expliquer des choses, la reprendre ou souligner ses erreurs, elle n'en a rien à cirer! Elle en saura toujours plus et mieux que nous. Frustrant!

Ses alter ego? Benoît, de la pub des Fromages d'ici; Sandrine et Étienne, des Bobos.

Comment la gérer? Notre premier réflexe: lui clouer le bec. Erreur! Avec ce type de personne, mieux vaut garder un profil bas et éviter d'argumenter. Sinon, on s'engage dans une discussion qui n'en finira plus. En fait, il faut se montrer plus intelligente qu'elle et s'élever au-dessus de la situation: on sait qu'on a raison et elle, tort, c'est ce qui importe. Il faut toutefois renoncer à l'espoir qu'on nous félicite pour notre bon coup: avec elle dans le paysage, ça n'arrivera pas.

L'anxieuse

Qui est-elle? Motivée par un désir profond de bien paraître et de ne pas commettre d'erreurs, l'anxieuse est constamment en proie au doute: a-t-elle fait la bonne chose? pourrait-elle faire mieux? Le hic: à force de vouloir éviter les faux pas, elle se retrouve à tour-ner en rond, figée par son insécurité.

Comment agit-elle? Parfois un peu maniaque (en sortant de chez elle, elle peut vérifier dix fois qu'elle a bien verrouillé la porte), elle a aussi tendance à entretenir quelques obsessions, comme de vérifier dix fois par jour si ses cheveux tombent bien, ou de classer ses livres par ordre alphabétique. S'il s'agit d'une collègue ou, pire, de notre patronne, on risque de la trouver pénible, car, hypercritique et éternellement insatisfaite, elle ne supporte pas davantage les erreurs des autres. Dans tous les cas, ses constantes inquiétudes risquent de finir par nous tomber sur les nerfs.

Son alter ego? Bree, de Beautés désespérées.

Comment la gérer? L'anxieuse a besoin de structures, de balises, de données factuelles. Si on travaille avec elle, on garde ça en tête. Ça la rassurera de connaître les statistiques liées au dossier sur lequel elle travaille, de savoir qu'il existe des données fiables auxquelles elle peut comparer son travail, etc. Cela dit, la rassurer pourrait nous occuper à temps plein! On n'a pas envie de se lancer là-dedans? On n'a pas à l'écouter des heures durant: on tend l'oreille un moment, puis on change de sujet. On peut aussi lui suggérer - avec tact - un ouvrage qui pourrait l'aider: «J'ai lu récemment Petites angoisses et gros tracas. Ça m'a tellement aidée à être plus zen! Je peux te le prêter si tu veux.»

La trop gentille

Qui est-elle? La colère semble être un concept abstrait pour elle! Serviable et souriante, cette dépendante affective peut sembler bien sympathique. Au début, du moins. En effet, son désir permanent de rendre service et même de devancer nos désirs au détriment des siens peut vite devenir irritant. Elle veut tout simplement trop! La raison: elle ne s'accorde de valeur qu'à travers les yeux des autres.

Comment agit-elle? C'est elle qui accueille ses nouveaux voisins avec une tarte aux pommes, qui court chercher le café pour les collègues et qui s'offre pour garder nos rejetons... tous les week-ends. Son insistance à vouloir plaire et faire plaisir peut rapidement devenir envahissante.

Son alter ego? Nathalie, de Mauvais Karma; Mimi, de La Galère.

Comment la gérer? Comme elle tend à idéaliser les gens de son entourage, on s'efforce de corriger sa vision de nous en lui parlant de nos défauts, de nos faiblesses. Elle doit cesser de nous voir comme quelqu'un de parfait, à qui elle doit tout. Par ailleurs, pour l'aider à gagner un peu de cette confiance qui lui fait cruellement défaut, on peut, par exemple, lui demander conseil ou s'enquérir de son opinion chaque fois que l'occasion se présente. Peu à peu, elle commencera à croire qu'elle a de la valeur en tant que personne... et nous laissera peut-être un peu de répit!

La colérique

Qui est-elle? On pourrait la comparer à une grosse allumette: inflammable à la moindre friction! La colérique semble toujours prête à sortir ses griffes et à exploser. Cette petite bombe ambulante a le don de nous mettre dans tous nos états, d'autant qu'elle s'enflamme souvent pour des riens.

Comment agit-elle? Elle est contrariée? Elle fait une crise. On la critique? Elle veut nous manger tout rond! Et puis, elle en a après tout et tout le monde: la politique, ses ex, sa patronne, le tofu et les enfants turbulents. Son agressivité à fleur de peau rend ses rapports avec les autres tendus et difficiles.

Son alter ego? Claude, de La Galère; Sue Sylvester, de Glee.

Comment la gérer? Même si on aurait parfois le goût de la mettre K.-O. (au sens propre), réagir à son agressivité sur le même ton risque de mettre le feu aux poudres. On évite plutôt les occasions de réveiller le monstre, et, comme il n'est pas toujours évident de prévoir ce qui la fera rugir, on mise sur le calme en tout temps. On respire, on garde notre sang-froid. Idéalement, on prend nos distances. Si ce n'est pas possible, on n'a pas pour autant à accepter des comportements ou des discours qu'on juge inadmissibles. Encore moins des menaces ou la violence! C'est le cas? On le lui dit, posément mais fermement: «Je ne trouve pas correct que tu fasses ou dises telle chose, je préfère m'en aller. Si tu veux me parler calmement plus tard, je pourrai t'écouter.»

La familière

Qui est-elle? Un véritable livre ouvert, elle souhaiterait qu'on le soit aussi! Elle semble hyper à l'aise avec tout le monde, n'a de secrets pour personne et rêve d'être notre plus proche confidente. La familière a un énorme besoin d'attention. C'est celle dont on dit, un brin méchamment, qu'elle se cherche des amis.

Comment agit-elle? C'est la première fois qu'on la voit, et déjà elle nous confie qu'elle a trompé son conjoint et attrapé la gonorrhée! On tremble à l'idée de ce qu'elle nous apprendra à la troisième rencontre... La familière n'a aucun problème ni aucune gêne à s'immiscer dans les conversations et à nous interroger sur tous les pans de notre vie personnelle. Elle nous invite constamment à lui téléphoner, à sortir avec elle, bref, à devenir sa meilleure amie, mais son sans-gêne et le ton de familiarité sur lequel elle nous parle nous indisposent.

Son alter ego? Estelle Poliquin, dans Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin.

Comment la gérer? Même si elle nous irrite les oreilles lorsqu'elle nous entretient de sa vie sexuelle ou de ses rapports discordants avec son ex, on reste de marbre. On évite de stimuler ses confidences et on tente de faire dévier la conversation vers des sujets plus généraux. De même, on ignore ses comportements qu'on considère inappropriés. Elle nous propose pour la 42e fois d'aller faire la rumba avec elle? On décline, encore. Si, vraiment, elle nous accapare trop, on se montre ferme et claire: «Pour le moment, j'ai vraiment tous les amis dont j'ai besoin. Je n'ai pas vraiment de place ni de temps pour de nouveaux.»

La caméléon

Qui est-elle? C'est celle qui se confond dans le décor, qu'on remarque à peine tant elle est discrète. Ultra-timide, la caméléon a de la difficulté à s'exprimer et, de ce fait, craint tout rapport social.

Comment agit-elle? Certains la diront asociale, mais c'est surtout son manque profond de confiance en elle qui la freine, l'empêche de prendre des décisions et la fait se replier sur elle-même. Dans les rencontres sociales, elle est souvent à part des autres, silencieuse. Elle observe mais interagit peu. S'il s'agit d'une de nos collègues, on remarquera qu'elle prend peu d'initiatives et semble toujours à la remorque des décisions des autres.

Son alter ego? Suzanne, dans Unité 9.

Comment la gérer? Pas facile d'établir le contact avec ce type de personne, c'est le moins qu'on puisse dire! Ses silences nous rendent souvent mal à l'aise, et on ne sait trop quoi faire avec elle. L'ignorer? Difficile, surtout si on travaille avec elle. La presser de participer et de réagir? Elle risque de s'enfermer encore plus profondément dans son mutisme. Surtout, on résiste à l'envie (parfois irrépressible!) de la «brasser» pour la faire sortir de ce qui nous semble être de la torpeur. La clé: la patience. Quelques mots échangés à des moments choisis (souvent lorsqu'on est seule à seule), lui offrir la possibilité de décider («Cette semaine, c'est toi qui choisis le resto pour notre dîner de bureau.»), lui donner du temps pour s'exprimer et privilégier les questions à développement qui l'obligeront à élaborer un peu plus qu'un simple oui ou non.

Pour aller plus loin

  • Et si je supportais mieux les cons! Personnalités difficiles - Mode d'emploi, par Bruno Adler (Eyrolles, 2012, 152 p., 26,95$).
  • Je résiste aux personnalités toxiques et autres casse-pieds, par Christophe André et Muzo (Points, 2011, 222 p., 17,95$).
  • Comment gérer les personnalités difficiles, par François Lelord et Christophe André (Odile Jacob, 2000, 345 p., 18,95$).
  • Manager les personnalités difficiles, par Corinne Dupré (Vocatis, 2011, 200 p., 25,95$).

Merci aux psychologues Michel Giroux et Gérard Ouimet, professeur aux HEC, pour leur précieuse collaboration.

 

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