Psychologie

Jalouse de votre conjoint?

Jalouse de votre conjoint?

Auteur : Coup de Pouce

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Jalouse de votre conjoint?

Pascale aurait brûlé la thèse de doctorat de son chum si elle avait pu tant elle grugeait son temps et son attention. «J'étais devenue veuve avant l'heure, dit-elle. Il fallait que ça finisse, je ne pouvais plus en entendre parler sans avoir la nausée.» Amoureuse de son conjoint étudiant, Pascale aurait été moins contrariée, croit-elle, si elle avait senti qu'elle avait toujours une place de choix dans sa vie.

Sophie, elle, a dû se retenir à deux mains pour ne pas casser la guitare de son chum. «Il la caressait plus que moi!» rage-t-elle. Elle a eu la sagesse de rompre avant de fracasser le bel objet sur la tête de son chéri mélomane.

Sylvie, pour sa part, a imaginé mille manèges pour se débarrasser du chien de son amoureux. Elle a rêvé de l'euthanasier, de le perdre, de le noyer... avant de l'adopter. «On était en concurrence directe. Il venait nous rejoindre au lit! Maintenant, on se tolère. Il dort au pied du lit.»

Comment en arrive-t-on à être jalouse d'une guitare, d'un chien, d'un doctorat? On est tout de même loin de la blonde aguichante! Selon la psychologue Michelle Larivey, ces petites jalousies niaiseuses se pointeraient quand on vit de l'insatisfaction dans notre couple et qu'on tient tout de même à l'amour de notre conjoint. Nées de l'insatisfaction et l'insécurité, ces petites jalousies ne sont généralement pas un problème en soi, mais elles indiquent qu'il y a un problème...

La jalousie: une question de valeur?

Pendant des années, Maryse a éprouvé un pincement chaque fois que Paul partait jouer au tennis avec ses copains. De mauvaise humeur, elle tournait en rond et broyait du noir. «J'avais l'impression qu'il volait du temps à la famille», dit-elle. Elle lui en voulait de la laisser seule avec les enfants. Est-ce qu'elle sortait, elle, les soirs de semaine?

Maryse fait passer la famille avant tout et s'attend à ce que Paul fasse de même. «Lorsqu'on ne se permet pas de faire quelque chose, on est rarement contente que l'autre s'accorde ce droit», constate la psychologue Sylvie Boucher. D'autant plus si, lorsqu'il va jouer au tennis, promener le chien, jouer de la guitare, faire de la photo, etc., on se retrouve avec une double charge. «Non seulement il se permet quelque chose qu'on juge presque défendu, mais en plus on paie pour lui!» remarque la psy.

Il aurait suffi que Maryse prenne du temps pour elle, quitte à se sentir un peu coupable, pour ne plus avoir de raison d'envier Paul et de lui en vouloir. Elle le constate aujourd'hui que les enfants sont plus grands. «Je suis heureuse les soirs de tennis, car je peux faire ce qui me plaît en paix.»

 

La jalousie: une question d'envie?

Claire, 40 ans, a fait la tête quand Benoît s'est inscrit à des ateliers de photo. Deux samedis par mois - «ce n'est pas énorme», dit-il -, il s'adonne à sa passion pendant qu'elle reste avec les enfants en bougonnant. «Ça me choque», raconte Benoît, qui se veut libre de pratiquer cette activité qui lui plaît et lui fait du bien sans remords ni regrets. Il a offert à Claire de prendre du temps rien que pour elle, ce qu'elle a refusé. Jusqu'à ce beau dimanche où elle est allée en randonnée avec des amies. Ce jour-là, Benoît a senti la brûlure de l'envie. «Je lui en voulais de jouir de la journée, alors que j'étais pris avec les enfants... On a eu du plaisir, mais ce n'était pas pareil. » Benoît a trouvé une solution qui a finalement ravi Claire. Et qui lui a fait prendre conscience, à lui, du malaise et de l'envie qu'elle pouvait ressentir.

Qu'on se le dise, la jalousie est un sentiment précieux. «L'envie qu'elle contient nous renseigne sur un besoin», note Michelle Larivey. Claire ne brûlait pas de jalousie que parce que Benoît faisait de la photo: elle rageait parce qu'elle ne se s'accordait pas le droit d'avoir du plaisir dans une activité bien à elle...

La jalousie: une question de confiance?

Christine, 35 ans, a du mal à ne pas se mettre en colère quand Michel va prendre une bière avec ses copains. «Sors avec tes amies. Va chez ta mère ou au cinéma», lui suggère-t-il, conciliant. Sa mère, elle l'a vue. Et ce n'est pas avec les copines qu'elle a le goût de passer son vendredi soir. Elle souhaiterait que Michel ait lui aussi envie d'être avec elle!

Pour Christine, tout passe par le couple. «Si notre vie est essentiellement remplie par notre amoureux et notre travail, explique Sylvie Boucher, on se sent vite le vide quand il n'est pas au rendez-vous. Et on se demande pourquoi il a une vie en dehors de nous, alors que nous, on n'en a pas hors de lui. Plus on est fusionnelle, plus le manque est grand, moins on peut laisser d'espace à l'autre», résume-t-elle, en invitant à se méfier de la dépendance affective. Même si elle a des amies avec qui il lui arrive de sortir, Christine est plutôt fusionnelle. Le problème, assure-t-elle, c'est le vendredi soir, le début du week-end qu'elle veut passer avec son amoureux! Ce n'est que ça? Elle n'a qu'à proposer à Michel de sortir le mardi ou le jeudi. Elle verra alors si la jalousie est encore au rendez-vous. «Est-ce négociable ou pas? On en discute ensemble», dit Sylvie Boucher. Christine doit aussi se demander quelle est son inquiétude. A-t-elle vraiment une vie à l'extérieur de Michel et du boulot? Car, pour ne plus être tiraillée par les petites jalousies, on n'a pas d'autre choix que d'assumer nos besoins au lieu de les dissimuler en cherchant à contrôler l'autre.

Plus jaloux, les jeunes couples?

Maude, 24 ans, en veut à Jonathan d'aller trop souvent rejoindre ses copains au café. «Ça m'énerve qu'il ait tant besoin de les voir et de leur parler. Il expédie tout pour les rejoindre au plus tôt. C'est comme si je ne lui suffisais pas.»

Manque de confiance en soi? Crainte de ne pas être à la hauteur? Selon la psychologue Michelle Larivey, ce ne sont pas les activités de l'autre qui alimentent notre insécurité et suscitent notre jalousie, mais la signification que nous leur donnons. Ainsi, Maude peut être persuadée que Jonathan voit ses copains parce qu'il les trouve plus intéressants qu'elle. Comme elle peut avoir l'impression qu'il est plus enthousiaste à l'idée de partager une activité avec eux qu'avec elle... «On traverse une passe où je ne suis pas très satisfaite de notre relation, reconnaît-elle. On fait moins de choses ensemble et on a moins de plaisir qu'avant.»

Il est arrivé à Simon, 22 ans, de discuter des heures pour convaincre Caroline que ce n'est pas parce qu'il joue au hockey avec ses chums qu'il l'aime moins. C'est vrai que Caroline et lui ont peu de moments à eux, mais il ne comprend pas en quoi ça la prive qu'il passe deux heures à l'aréna pendant qu'elle magasine, lit ou étudie. Caroline voudrait que Simon ne soit là que pour elle. «Il y a des gens qui ont besoin d'être le centre de l'univers de l'autre. S'il a une source d'intérêt ailleurs, ça les bouleverse», remarque Sylvie Boucher. C'est encore plus vrai chez les jeunes couples, plus susceptibles d'être aiguillonnés par les petites jalousies que leurs aînés. «Ils sont souvent moins assurés de l'amour de l'autre et ont moins de sécurité personnelle», note Michelle Larivey.

Jalousie: apprendre à déchiffrer ses sentiments

Dès qu'il arrive à la campagne, Pierre, 44 ans, se réfugie dans son atelier où il passe des heures à bricoler. «Ma blonde est jalouse de ma chain saw», se désole-t-il. Alors que France aimerait simplement passer de vrais week-ends avec son chum, qui se cache selon elle. A-t-elle raison? A-t-elle tort? Passe-t-il tout le week-end terré ou l'avant-midi seulement? La rejoint-il après un moment?

Il se peut que l'attitude de Pierre mette France mal à l'aise pour vrai. S'il n'est jamais là. S'il semble éviter tout tête-à-tête. Si les soupers d'affaires, les 5 à 7, les parties de basket ou de pêche se succèdent à un rythme effréné... «Il a peut-être un intérêt ailleurs, ou il a peut-être atteint le seuil d'intimité qu'il peut partager, dit Sylvie Boucher. Certains veulent une conjointe, mais ne sont pas capables de passer beaucoup de temps avec elle. Il faut vérifier, lui en parler.» S'enquérir auprès de l'autre de la signification de ses gestes peut nous rassurer ou permettre d'identifier le vrai problème.

Jalouse, on a tendance à blâmer l'autre. C'est de sa faute si on est malheureuse, frustrée ou enragée, de sa faute si notre couple va mal. Il ne pense qu'à lui! Avant de lui sauter dessus avec nos plaintes et nos critiques, on s'arrête pour observer le plus objectivement possible la situation et pour se regarder un peu. On vérifie les faits. Une fois qu'on les sait anodins, on cherche pourquoi ça nous dérange tout de même tant. Peut être qu'on est heurtée parce qu'on ne se permet pas nous-même de prendre du temps pour nous, qu'on est blessée parce qu'on est en manque de notre amoureux pris ailleurs... La jalousie parle de ce qu'on vit. C'est en trouvant les causes de notre insécurité qu'on touche le cœur de la solution.

Pour en savoir plus

  • La Puissance des émotions. Comment distinguer les vraies des fausses, par Michelle Larivey, Les Éditions de l'Homme, 2002, 334 pages, 26,95 $.
  • La Force des émotions, par Christophe André et François Lelord, Odile Jacob, 2001, 400 p., 29,95 $.
  • Que se passe-t-il en moi? Mieux vivre ses émotions au quotidien, par Isabelle Filliozat, JC Lattès, 2001, 306 p., 29,95 $.

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