Psychologie

Est-ce un guide spirituel ou un gourou?

Est-ce un guide spirituel ou un gourou?

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Est-ce un guide spirituel ou un gourou?

La fragilité de l'existence tourmente les humains depuis aussi longtemps qu'ils sont dotés d'une conscience: elle est à l'origine de toutes les religions. Mais la crainte de la maladie qui engendre la souffrance et qui peut conduire à la mort rend les humains nerveux et vulnérables: elle met les plus faibles d'entre eux à la merci des profiteurs, qui savent bien faire vibrer cette corde pour leur vendre la vie éternelle au jardin des délices - à distinguer des guides spirituels, qui eux, normalement, n'ont rien à vendre, que des convictions à partager.

À la tête de toute organisation, on trouve une autorité. Il en va de même pour les mouvements religieux, thérapeutiques ou de développement personnel. Au sein de ces mouvements, l'autorité est considérée comme un maître ou un guide, voire, un sage. Elle est l'objet d'un profond respect de la part des adeptes. Ces derniers croient que le responsable de leur mouvement les conduira vers la vérité tout en respectant leur identité propre ainsi que leur liberté. Cependant, l'expérience démontre qu'il n'en est pas toujours ainsi. Certains maîtres que l'on vénérait comme des sages se sont transformés en gourous tyranniques. Comment alors être certain que le guide spirituel en est bien un et non pas un gourou dont la soif de domination le pousse à manipuler ses adeptes?

S'il faut à tout prix un guide, comment le distinguer du gourou?

Différencier le gourou du maître spirituel n'est pas une entreprise aisée. Malgré tout, il s'avère extrêmement important de départager le mauvais et le bon berger. Le premier conduira son troupeau à l'abattoir tandis que l'autre le guidera vers de verts pâturages.

Les grandes traditions religieuses ont depuis longtemps conseillé à leurs adeptes de faire preuve de discernement dans leur choix d'un guide spirituel. L'Église catholique, qui possède deux millénaires d'expertise dans la guidance spirituelle, écrit dans son catéchisme que: « l'âme qui veut avancer dans la perfection, doit, selon le conseil de Saint Jean de la Croix, "bien considérer entre quelles mains elle se remet, car tel sera le maître, tel sera le disciple; tel sera le père, tel sera le fils".» Et encore : «Non seulement le directeur doit être savant et prudent, mais encore expérimenté... Si le guide spirituel n'a pas l'expérience de la vie spirituelle, il est incapable d'y conduire les âmes que Dieu pourtant appelle, et il ne les comprendra même pas.»

Bien que s'adressant à des catholiques, cette sage directive peut être suivie par l'ensemble des chercheurs de vérité. Afin de discerner le bon grain de l'ivraie, il faut d'abord savoir reconnaître le gourou et le maître spirituel. Voici donc quelques traits caractéristiques de l'un et de l'autre pour ce départage qui peut s'avérer salutaire.

Pas de nuance avec les gourous

Commençons d'abord par le gourou. Ce mot est dérivé du sanskrit «guru» qui signifie «maître spirituel». Cependant, en Occident, gourou désigne une personne qui est à la tête d'une secte. Sa personnalité charismatique et sa forte conviction d'être le seul à posséder la vérité, ou du moins le seul à pouvoir la transmettre, lui attirent des fidèles. Il est également convaincu d'avoir été désigné par un être supérieur afin de guider l'humanité. Une de ses grandes forces est qu'il sait écouter, ce qui lui attire facilement les confidences de ses adeptes. Cette capacité à connaître les pensées de ses fidèles lui est très utile pour pouvoir ensuite les manipuler.

En plus de ces qualités, le gourou dit posséder les clefs de tous les mystères. Avec lui, la mort, la souffrance, la violence et le sens de la vie s'expliquent aisément. Le gourou voit le monde avec des lunettes à deux couleurs: le noir et le blanc. Dans sa vision de la société, le gourou sépare les bons des méchants. Les bons se retrouvent dans son groupe et les méchants sont à l'extérieur. Pour lui, la frontière entre le Bien et le Mal est clairement définie. Le gourou ne conçoit pas les zones grises, pour le particulier, pour l'exception. Les doutes n'existent pas dans sa tête. Par conséquent, il ne peut accepter que l'on remettre en cause sa parole. Il exige de ses adeptes une soumission totale.

Ces qualités sont renforcées par d'autres plus mystiques, voire carrément surnaturelles. Ainsi, le gourou prétendra être capable de guérir des maladies incurables, de prédire l'avenir, de lire dans les pensées, de contacter des êtres spirituels, etc.

Le guide spirituel et le libre arbitre

Passons maintenant au «guide» et à la direction spirituelle qu'il propose. Selon plusieurs experts en la matière, cette dernière ne doit pas remplacer la prise de décision personnelle. C'est donc dire que le guide doit respecter la volonté du disciple et garder une certaine distance pour ne pas empiéter sur sa liberté. Cela n'est possible que si le maître ne se considère pas meilleur ou plus parfait que le disciple.

Un prêtre catholique français écrit que pour lui, un guide spirituel doit toujours se rappeler qu'il est «un chrétien appelé à se convertir, à suivre Jésus Christ et à répondre librement à son appel.» Remplaçons chrétien par bouddhiste ou musulman, Jésus Christ par Bouddha ou Mahomet et nous avons là une vérité universelle. Certes, il possède une expérience et une science qui peuvent intéresser son interlocuteur, mais il demeure un être humain avec ses forces et des faiblesses. Il n'est pas la vérité incarnée. Il ne fait qu'en suggérer une.

La relation qui s'établit entre la personne et son «guide spirituel» doit être basée sur la confiance et le respect mutuel. Le disciple doit être libre de cesser cette relation. S'il s'avère que le maître erre dans certains conseils, la personne qui le consulte doit être en mesure de les refuser. Le disciple peut interdire au maître de s'aventurer dans certaines problématiques s'il n'est pas prêt.

En bref, le maître spirituel est tout autre qu'un gourou convaincu d'avoir la Vérité et qui l'impose. Il accompagne le disciple sur un chemin qu'il trouve sécurisant, tout en le laissant choisir son propre chemin pour y parvenir.

Lire aussi: Petit manuel du bon gourou

Sources

Catéchisme de l'Église Catholique, Conférence des Évêques catholiques du Canada, 1993, 676 pages, p. 545 (2690).

 

Serviteurs de Jésus et de Marie

 

Service des Vocations du diocèse de Paris

 

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