Psychologie

Ce que je célèbre cette année

Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Ce que je célèbre cette année

Annie Curran, 35 ans
J'ai perdu 81 lb

«J'étais chez le médecin et je pleurais. C'était en mars 2007. Elle venait de m'apprendre que je faisais de la haute pression et que mon poids faisait de moi une personne obèse. J'avais honte. J'étais défaite. Je pesais 236 lb! Je n'étais plus en contact avec moi. Je ne me regardais plus depuis longtemps. J'étais résignée. Et je mangeais. Je me laissais aller. Les calories, c'était le dernier de mes soucis. J'absorbais des portions énormes. Mon entourage me laissait faire, sachant très bien que l'idée de maigrir ne pouvait venir que de moi. Pour la première fois, quelqu'un m'obligeait à faire face à la réalité. Ce médecin me disait froidement que ma pression menaçait ma santé. Je suis rentrée et j'ai mangé.

«Pourtant, ma mère m'avait appris à bien m'alimenter. À l'adolescence, elle m'avait amenée voir un médecin pour m'aider à surveiller mon poids. Elle m'avait inscrite à un gymnase. L'été de mes 13 ans, grâce à ce soutien, j'avais perdu 45 lb. Mais, dès que je me suis retrouvée seule en appartement, j'ai arrêté de faire attention, j'ai recommencé à engraisser et j'ai fermé les yeux. C'est en octobre 2007 que je me suis vraiment réveillée. J'étais en randonnée en montagne avec mon copain et ses amis et, après 15 minutes, à bout de souffle, je ne pouvais plus avancer. Une femme d'environ 65 ans m'a dépassée. Elle a fait l'aller-retour en courant. Le lendemain, j'ai regardé les autres partir et je suis restée sur place. C'est là que j'ai décidé de faire quelque chose. C'est moi qui ai fixé mon objectif. Mon poids santé se situe entre 118 et 158 lb. J'ai décidé de descendre à 145. Internet a été un outil précieux. J'ai acheté des poids, un vélo elliptique et un ballon d'exercice, j'ai imprimé des recettes minceur et j'ai pris connaissance de la teneur énergétique de tout ce que je mangeais. J'ai contrôlé mes quantités, j'ai banni les chips et je me suis mise au jogging et à la musculation. J'ai tenu un journal www.mycaloriescounter.com dans lequel j'ai tout noté.

«Un matin, après avoir perdu ma 50e livre, j'ai vu le regard d'un inconnu se poser sur moi dans le métro. Wow! J'étais tellement fière! Toute ma vie, j'avais vu mes amies se faire regarder... Le désir, ce n'était jamais pour moi! J'ai eu envie de le remercier, même s'il avait probablement des pensées croches! «Neuf mois plus tard, je suis pétante de santé! J'ai confiance en moi. J'ai obtenu une augmentation de salaire, que j'ai moi-même demandée, je sors, je m'achète toutes sortes de vêtements, je me sens sexy, énergique, belle. Je capote! Mais mes plus grandes transformations sont intérieures.

Avant, j'avais la déprime facile et je voulais disparaître quand les autres me regardaient. Dans le bus, personne ne voulait s'asseoir près de moi. Maintenant, mon chum me dit que je suis hot et je souris! Je suis heureuse et je mords dans la vie.

«Ma perte de poids n'est pas reliée à un régime, mais à un changement de vie. Je savais que j'avais ce pouvoir, mais je refusais de l'admettre, car cela m'aurait obligée à faire face à la montagne de travail qui m'attendait. Je refusais de donner raison à une société qui dit que le surplus de poids n'est pas attrayant. Pour m'opposer, j'engraissais! Cela m'apportait une victoire bien illusoire. Maintenant, les gens me disent que je suis une inspiration! Mon chum, qui était là quand j'étais grosse, ne cesse de me dire combien il est fier de moi. Je ne savais pas que je pouvais être aussi heureuse. Désormais, le regard des autres n'est plus une attaque, c'est un baume.»Linda Harvey, 37 ans
J'ai construit ma maison

«Je suis hygiéniste dentaire. François, mon conjoint, est voiturier au Casino de Montréal. De notre ancienne maison dans un quartier où les jeunes familles ne sont pas légion, on rêvait d'une belle grosse demeure dans un quartier rempli d'enfants, mais on était persuadés qu'on ne pouvait pas se l'offrir. Chaque fois qu'on visitait nos amis à Blainville, je rentrais en rêvant d'un cottage avec une salle de jeux pour Mathis et Laurie-Anne, un salon qui n'aurait pas l'air d'une salle de jeux, des chambres, du rangement, de l'espace! Mais, à moins de prendre chacun un second emploi, de travailler 90 heures par semaine et de pratiquement faire élever nos enfants par les autres, c'était inaccessible.

«François me proposait depuis longtemps de bâtir nous-mêmes, mais j'avais peur. Au fond, je manquais de confiance en nous. Un soir, j'ai lâché prise. J'ai fait confiance. À François, à notre couple, à notre famille et à la vie! En une semaine, notre maison s'est vendue, alors qu'en toute une année, même avec un agent d'immeuble mandaté, rien n'avait bougé. Le profit, ajouté à nos économies, nous a permis d'acquérir un terrain. J'étais terrifiée. Notre entourage nous avait mis en garde contre l'effet destructeur d'un tel projet sur le couple. On s'est quand même lancés, et on s'est découvert des talents inconnus. J'ai posé du plancher de bois franc, du pavé uni, de la céramique. Chaque moment libre était consacré au chantier. Les soirs, les week-ends, le mois de vacances de mon chum... En quatre mois, la maison était montée, elle avait un toit et on pouvait y dormir.

«Pour nous, ç'a été une expérience formidable. On recommencerait demain matin! Et on a évité les chicanes. Quand on n'était pas d'accord, on s'écoutait et on trouvait des solutions. Pour mieux travailler, on mettait de la musique. On emmenait une jeune gardienne sur le site pour s'occuper des enfants. Mathis avait ses petits outils, et tout était prétexte à un bricolage pour Laurie-Anne. On a impliqué les enfants dans le projet. Dans les magasins bondés, quand les petits étaient fatigués, j'ai parfois acheté la paix avec des bonbons. Personne n'en est mort! On a opéré selon la méthode "un problème, une solution". La famille et les amis s'en sont mêlés; on peut dire que cette maison a tissé des liens et en a resserré d'autres.

«François tenait les cordons de la bourse de main de maître. S'il me donnait 5 $ ou 10 $ le pied carré pour acheter de la céramique, il était entendu que je laissais tomber celle à 7 $ ou à 14 $. J'ai dû renoncer à certains coups de foudre, avec le résultat miraculeux qu'on a respecté notre budget. On est allés en vacances en République Dominicaine en famille, l'hiver dernier, on sort, on mange au resto, on jouit de la vie... et notre hypothèque est identique à celle de notre première maison. Il n'y a que notre bonheur et notre satisfaction qui ont augmenté. Tant qu'on a peur, on stagne. C'est incroyable, tout le pouvoir que l'on a sur nos vies dès le moment où on prend une décision! Cette année, on fête Noël dans une maison qui continue de nous faire rêver, sauf que le matin, au réveil, elle fait bel et bien partie de notre réalité!»Christine Locas, 35 ans
J'ai tout quitté pour faire ce que j'aime
«À la fin de mes études en communication, j'ai été embauchée aux affaires corporatives chez Hydro-Québec. En 10 ans, j'ai travaillé avec les gros noms de l'entreprise. J'ai vite rempli des mandats internationaux. J'ai été nourrie et valorisée par ce que les autres pensaient de moi. Je répondais à la demande, je "performais". Puis, sont venues les premières sensations d'étouffement, le stress continuel, l'insomnie, les larmes. Je me suis retrouvée au bord de l'épuisement professionnel. J'ai pris une première pause de deux mois, et j'ai entrepris une psychothérapie. Par intérêt, j'ai aussi commencé une formation en massothérapie shiatsu, une technique inspirée de la médecine chinoise traditionnelle.

De retour au bureau, il m'a fallu un an et demi pour constater que j'avais besoin d'une plus longue réflexion. J'ai alors pris un congé sans solde de 9 mois et je suis partie pour 40 jours de marche à Compostelle avec mon père de 75 ans. Sur cette route, j'ai compris bien des choses. Notamment, que je voulais des enfants et que je menais une vie qui ne laissait aucun espace à ce projet. Que je devais participer activement à la réalisation de mon destin. Pendant cette introspection, j'ai nourri le rêve d'une vie différente. Quand je suis retournée au travail, un mardi de juillet, j'avais changé. Je voulais réinventer ma vie. Après quatre jours au bureau, j'ai demandé à Martin, mon conjoint, de sortir le fichier Excel. "Je veux connaître notre situation financière si je lâche ma job!" Il m'a assuré qu'on allait se débrouiller. Ce changement s'imposait. Il venait de l'intérieur. Hydro avait beau être un bon employeur, m'offrir de prolonger mon congé, de me soutenir, je savais que la réponse à mon bonheur était ailleurs. Dans ma tête, j'étais déjà partie. Il me fallait agir. Je devais démissionner. À l'annonce de mon départ, j'ai reçu des encouragements, et non des jugements. Les gens me félicitaient. Certains m'enviaient. Je ne voulais pas échanger mon bonheur contre un fonds de pension béton. J'avais décidé que le shiatsu serait mon nouveau métier. Pour faire le saut, j'ai dû accepter l'idée de prendre des risques et, donc, de me tromper, moi qui ne m'étais jamais accordé cette permission. C'est le soutien total de mon conjoint, allié à l'apprentissage, à l'intégration et à l'application de l'approche shiatsu (qui favorise le contact avec soi-même), qui m'a amenée à faire des choix qui me convenaient. Le shiatsu implique un processus de transformation pour le thérapeute. L'écoute du corps est à la base de cette technique. J'ai souffert de stress. Il m'importe maintenant de tendre la main à ceux qui en souffrent.

Je veux mener une vie à la mesure de mes désirs, et non un tracé imposé. Je n'ai pas assassiné la professionnelle en moi: je fais autre chose, autrement. Je mets mes qualités, mes atouts et mon expérience au service d'un autre dessein. Surtout, je vis en accord avec mes valeurs profondes. C'est le cadeau d'une vie.»Lise Paradis-Pharand, 64 ans, et Rachel Bruneau-Moreau, 63 ans
On fête 50 ans d'amitié
Lise «En septembre 1958, quand Rachel est arrivée pensionnaire au couvent d'Hochelaga à Montréal, je l'ai tout de suite remarquée. Déjà, elle savait ce qu'elle voulait. Elle avait confiance en elle. Elle n'a pas changé. J'avais envie d'être son amie. Pendant plusieurs années, on a eu l'habitude d'aller marcher sur le mont Royal. On se racontait nos vies, nos rêves. Après, on allait manger une crêpe bretonne sur la rue de la Montagne. Ce souvenir me rend nostalgique. On était jeunes, on avait la vie devant nous. «On s'est mariées, on a eu des enfants, puis des petits-enfants. Une vie similaire, même si Rachel a passé 30 ans à l'étranger avec son mari diplomate. Mais jamais je n'ai senti la distance s'installer. Au moindre problème de santé qui m'affectait, elle s'informait, elle était là. Elle m'écrivait de longues lettres dans lesquelles elle me confiait chaque événement. Elle partageait ses moindres sentiments. Il y a une quinzaine d'années, alors que Rachel vivait à Chicago, j'ai subi une chirurgie. Elle me téléphonait toutes les semaines! Encore aujourd'hui, je ne saurais exprimer ce que ce coup de fil représentait pour moi. Elle était là. On est différentes sur plusieurs points, mais on sait que notre amitié est sincère et indéfectible. Ensemble, on ne s'ennuie jamais. On a les mêmes goûts pour la cuisine, la décoration, la musique, la lecture, les voyages et l'art en général. On est encore capables de rigoler comme au temps de notre adolescence. Je ne connais pas le secret pour que l'amitié résiste au temps. C'est peut-être simplement la volonté de continuer.»

Rachel «Quand j'y pense, tout se déroule comme un film, dans ma tête. Je nous revois, toutes jeunes. Elle et Gilles, son mari, en voyage à Paris. Gaétan et moi, qui habitions Londres et qui les rejoignions pour partager nos vacances. On s'était donné rendez-vous à Dijon. À notre arrivée à leur hôtel, on s'apprêtait à monter à leur chambre et voilà Lise qui se penche dans la cage d'escalier depuis le 5e étage et qui me crie: "Rachel, Rachel, je suis enceinte!" Entre nous, une bonne nouvelle ne pouvait jamais attendre bien longtemps!

Lise, c'est ma 3e soeur! C'est elle qui m'a proposé de fêter nos 50 ans d'amitié. On était au restaurant d'un musée, à Montréal, un midi de l'été dernier, et elle m'a dit: "On est en quelle année, Rachel?" Vous voyez, ce genre de devinette! "Et on fête quoi, cette année?" Je savais bien que ça faisait près de 50 ans, mais voilà, elle est si précise, si organisée! Elle avait tout calculé! Elle me proposait trois manières de souligner cet anniversaire: une journée dans un spa, un long week-end à l'extérieur de la ville ou une semaine à Paris au printemps prochain. Je n'ai pas été trop longue à me décider! Paris ensemble! Ça va être extraordinaire! Je ne pense pas que Lise et moi, on s'est choisies. Je crois plutôt qu'on s'est trouvées. Ma confiance en elle est totale. Elle me rassure, elle m'apaise. Elle me rappelle que, malgré le temps qui passe, la jeune fille qu'on a été reste toujours en nous.»Isabelle Boyer, 37 ans
J'ai complété ma famille
Au printemps dernier, je suis devenue la plus comblée des femmes en adoptant Marion, ma deuxième petite puce. Dix ans d'essais, de traitements en clinique de fertilité et de déceptions ont ponctué notre vie de couple avant que mon conjoint et moi adoptions Laurie. Elle avait 8 mois et demi; elle a 5 ans maintenant. Dans le cas de Marion, une fois notre demande déposée, on a dû attendre 27 longs mois avant de recevoir la proposition d'adoption. C'est comme une grossesse de plus de deux ans!

L'adoption de Laurie était un projet de couple; celle de Marion, un projet de famille. Laurie est venue en Chine avec nous pour chercher sa petite soeur. Stéphane et moi tenions à ce qu'elle vive ces événements. Tout était très positif pour elle jusqu'à ce que Marion devienne une réalité. Le lendemain de l'adoption, en route vers le bureau du notaire, Laurie m'a dit qu'elle se sentait seule. J'avais le coeur gros, mais les bras pleins. Je lui ai juré que Maman avait fait la même chose pour elle, soit la rassurer, la cajoler, la protéger et lui donner le temps de nous adopter, nous aussi. Pour une petite Chinoise, un humain à la peau claire et aux yeux bleus peut paraître effrayant. Notre odeur, notre timbre de voix... tout est si étranger. Alors que Laurie avait mis cinq minutes à nous sourire, Marion a mis deux jours à nous accepter! «Une fois à la maison, quand Laurie a compris que sa soeur était un bébé de 11 mois qui pleure, qui prend ses jouets et qui dérange sa vie d'enfant de 4 ans, elle m'a dit: "Maman, j'aimerais qu'on retourne Marion en Chine." Je lui ai expliqué que nous étions sa famille, que nous nous aimions et que nous n'allions jamais nous séparer. Je lui ai demandé si elle aimerait être renvoyée en Chine. Elle avait les yeux ronds devant une telle improbabilité, mais l'idée lui a permis de comprendre que notre famille s'était transformée, que j'aimais Marion comme je l'aimais, elle, et que cela n'allait jamais changer. À partir de ce moment, Laurie a accepté de devenir la grande soeur de Marion, de la protéger, de l'aimer.

Je vois parfois dans le regard de certaines personnes qu'elles ne comprennent pas notre amour. En adoption, dès qu'on reçoit la photo de l'enfant qui nous est destiné, on enregistre sa binette dans notre coeur. On est déjà sa mère, mais on est prise à l'autre bout du monde. Viennent alors les angoisses et les questions. Est-elle bien traitée? en santé? Vais-je l'aimer? Combien de temps à attendre? Va-t-elle vouloir de moi? Quand j'ai tenu pour la première fois mes enfants dans mes bras, je n'ai plus douté. Je ne douterai jamais plus. «Mes filles ne sont pas de mon sang, mais elles sont ma vie. Quand elles me font un gros câlin en me donnant de petites tapes dans le dos et en me disant "maman", je me répète, la gorge serrée, que la maternité est la plus belle chose qui me soit arrivée. On me dit parfois qu'elles sont chanceuses d'être "tombées" chez nous. Moi, je sais que je suis privilégiée d'avoir été choisie par la vie pour devenir la mère de ces filles-là. À Noël, cette année, nos plus beaux cadeaux passeront la nuit du réveillon en pyjama.»
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