Psychologie

Apparence et estime de soi : non à la quête de la perfection!

Auteur : Coup de Pouce

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Apparence et estime de soi : non à la quête de la perfection!

«Je n'aime pas mon cou trop long ni ma bouche trop grande. Et je me trouve grosse. Bref, moins il y a de miroirs dans mon environnement, mieux je me porte», avoue Brigitte, dans un éclat de rire qui dissimule une certaine gêne à parler de son physique. Malaise d'autant plus incompréhensible que toutes les femmes voudraient lui ressembler: ses 5 pi 10 po pour 135 lb, ses longs cheveux bouclés, sa peau de pêche et ses yeux verts attirent invariablement le regard. Pourtant, lorsqu'on la complimente, elle insiste sur ses cuisses qu'elle trouve un peu fortes. Décourageant pour les autres!

Brigitte est loin d'être la seule dans son cas. À la suite d'un sondage mené auprès de 3 200 femmes en 2004, la compagnie Dove révélait que seulement 2 % des répondantes se trouvaient belles. Au Canada, ce chiffre serait de 1 %. «Il y a tellement de femmes qui ne se trouvent pas belles, dit la psychologue Brigitte Hénault. Les belles filles ne se trouvent même pas jolies, il y a toujours quelque chose qui cloche. C'est que les femmes ont un réflexe de comparaison: même les mannequins, en en voyant arriver une plus jeune, ont tendance à se comparer à elle, à se trouver moins belles.»

On part de loin!

Ce triste constat résulterait d'un long processus. Danielle Bourque, auteure de À 10 kg du bonheur et enseignante au département de psychologie du Cégep de Sainte-Foy, souligne l'importance de certains phénomènes qui ont mené à cette étrange relation de la femme avec son corps. «Au début du siècle, on a vu apparaître une conception plus scientifique de l'alimentation, avec des principes de saine nutrition. Les diététistes se chargeaient alors d'éduquer les ménagères à cet effet. Le corps de la femme est graduellement devenu la preuve de sa compétence comme ménagère.»

L'apparition du prêt-à-porter y est aussi pour quelque chose. «Avec l'apparition de la haute couture, les couturiers ont dû créer un style afin de se démarquer, poursuit l'auteure. Petit à petit, cette tendance a introduit l'idée que le corps de la femme devait se conformer au vêtement. Puis, avec l'arrivée du prêt-à-porter dans les années 20, on a commencé à recréer les styles des designers, mais avec des tailles standardisées, question de permettre la production de masse.» Aujourd'hui, le fait que les femmes doivent payer pour faire effectuer des retouches - alors que celles-ci sont généralement offertes gratuitement aux hommes - envoie un message inquiétant: si la femme ne peut se conformer aux standards de l'industrie de la mode, c'est sa faute à elle.

Enfin, on a toujours attribué à la femme une valeur décorative. Contrairement aux hommes, les femmes sont souvent jugées en fonction de leur apparence: on se rappelle l'arrivée de Belinda Stronach et de Rona Ambrose en politique, alors que les analystes y allaient tous de leurs commentaires sur leur beauté! Dans le cas d'un politicien ou d'un homme d'affaires, c'est une tout autre histoire: les médias feront plutôt état de son pouvoir, de son efficacité et de son autorité.


Une norme culturelle unique... et inatteignable

La promotion de la beauté par les médias n'est pas un phénomène nouveau. On n'a qu'à penser aux photos des pin up dans les magazines il y a plus de 50 ans, ou encore à la frénésie entourant les Marilyn Monroe et Jayne Mansfield, sex-symbols du grand écran. Le plus grand problème, aujourd'hui, c'est peut-être le resserrement des critères de beauté: l'éventail de modèles proposés a rétréci comme peau de chagrin.

De fait, les modèles de beauté contemporains sont très peu représentatifs de la population féminine: seules 1 % à 5 % des femmes répondent naturellement aux normes de beauté véhiculées dans les médias. En moins d'un siècle, l'icône de la belle fille a maigri de 22 lb, tout en grandissant de 4 po. Quant aux mensurations «idéales», elles sont passées de 37-27-38 en 1894 à 35-24-34 en 1975, selon Danièle Bourque.

«Il y a toute une industrie qui a avantage à valoriser un modèle inatteignable pour la plupart des femmes, tout en leur laissant croire que, avec un peu d'efforts, elles pourront devenir ce modèle», explique Lise Goulet, du Réseau québécois d'action pour la santé des femmes. «Ainsi, si une femme, tout au long de sa vie, vise à atteindre l'idéal que lui proposent les médias, elle se trouvera inadéquate et dépensera une fortune en petits pots de crème, en régimes, etc.»

«Ça m'enrage, car, lorsque je vois de la crème antirides annoncée par une femme dans la trentaine, je ne suis pas dupe: je sais que ce qu'on me propose n'est pas conforme à la réalité. Pourtant, je me sens interpellée et je me dis que, malgré mes 60 ans, peut-être que je pourrais être belle, moi aussi...» confesse Suzanne.

Mais d'où nous vient cette difficulté à prendre du recul et à porter un oeil critique sur la publicité? «Même si on ne lit pas les magazines de mode et qu'on ne regarde pas Mademoiselle Swan, on ne se rend plus compte à quel point cette influence est omniprésente, car c'est devenu une véritable norme culturelle, explique Lise Goulet. À titre d'exemple, une de mes collègues, qui porte ses cheveux gris naturels, s'est fait dire par son fils de 11 ans qu'il préférait qu'elle n'aille plus le chercher au service de garde: les autres enfants croyaient qu'elle était sa grand-mère, et il en était gêné. C'est tout dire! Même si on refuse les teintures et les régimes, si notre conjoint ou notre enfant nous fait comprendre qu'il nous trouverait plus belle avec quelques kilos ou cheveux gris en moins, on ressent une pression, une certaine crainte de perdre l'affection d'un proche.»

Un cercle vicieux

Cette préoccupation concernant l'apparence est-elle superficielle? Est-il si important de se trouver belle? Réponse des psychologues: oui, c'est important. «Pour de nombreuses femmes, il y a une relation entre l'estime de soi et l'apparence. Et cette corrélation est plus forte et répandue chez les femmes que chez les hommes», note Olga Favreau, professeure au département de psychologie de l'Université de Montréal.

Ainsi, une femme qui ne se trouve ni belle ni attirante manquera possiblement de confiance en elle - socialement et personnellement -, ce qui pourrait l'amener à ne pas respecter ses propres besoins. «Elle se contentera de ce qu'on lui offre, même si ça ne fait pas son affaire, pensant qu'on lui fait la charité», explique Brigitte Hénault. Ce regard négatif peut aussi nous empêcher de développer pleinement notre potentiel. «Si, dans le miroir, je vois une femme que je ne trouve pas belle, est-ce que je vais vouloir la propulser vers le succès, tant dans ses relations sociales que dans le domaine professionnel?» interroge Germaine Beaulieu, psychologue. À l'inverse, si on croit qu'on est une personne intelligente et intéressante, «il y a plus de chances qu'on ne la trouve pas si mal, la femme qu'on voit dans la glace», poursuit la psychologue.

Une quête qui en cache une autre

Et si cette quête de la beauté cachait autre chose? «Plusieurs de mes clientes sont persuadées que leur vie serait différente et plus facile si elles étaient belles», confie Brigitte Hénaut. Les jolies femmes qu'on nous montre dans les films et les publicités sont souvent auréolées de succès, elles semblent très populaires et prisées des hommes. Comment s'étonner, alors, qu'on en soit venues à associer beauté et bonheur? «Dans leurs réflexions, les femmes prennent souvent un raccourci: si elles deviennent belles, tout leur réussira, et elles seront enfin heureuses. Tout le monde cherche le bonheur, mais personne n'est prêt à investir temps et efforts dans une thérapie. On veut que ce soit rapide et facile, et on croit que la beauté est la solution. C'est une erreur! Même les mannequins dont on admire l'apparence ont dû travailler fort.»

Malgré tout, n'oublions pas que, même avec toutes les petites crèmes et les chirurgies possibles, la beauté reste éphémère. «Il y en aura toujours une plus belle et plus jeune que nous, conclut Brigitte Hénault. Pour cette raison et pour bien d'autres, je crois que les gens qui ont une saine confiance en eux et un quotient émotionnel assez solide sont mieux placés socialement pour aller où ils veulent et obtenir ce qu'ils désirent.»

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