Couple

Vivre avec un(e) bordélique

Vivre avec un(e) bordélique

  Photographe : Marie-Eve Tremblay / Colagene.com

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Vivre avec un(e) bordélique

Dans le couple, le désordre de l’un peut causer des frictions au quotidien. Comment faire pour éviter que cela dégénère? Notre journaliste, une bordélique assumée cherche des pistes de solution.

Après quelques mois de célibat, je redécouvre avec bonheur les premiers émois d’un amour naissant. Tout est nouveau, tout est beau! Les défauts et les irritants ne font pas encore partie du tableau. Mais je sais qu’ils ne sont pas très loin. Viendra un jour où il découvrira ma tendance à tout laisser traîner.

Tôt ou tard, il constatera que je ne fais pas mon lit le matin et que je ne lave pas toujours la vaisselle immédiatement après le repas. Oui, je l’avoue: malgré la meilleure volonté du monde, ma maison tient plus souvent du capharnaüm que des décors léchés épinglés sur Pinterest. J’aimerais rejeter la faute sur mes enfants, mais honnêtement, j’étais bordélique bien avant que mes filles débarquent avec leurs jouets, leurs miettes de biscuits et leurs bas en boule sous le divan. Quand le temps manque — et il manque souvent! —, le ménage est relégué au second plan. Cet amoureux en devenir sera-t-il prêt à accepter cette petite tare une fois la lune de miel passée?

De son côté, Caroline a réussi à faire fi de ce défaut. Depuis 10 ans, elle partage la vie d’un gars bordélique, un vrai! Le genre à cuisiner comme un chef, mais à transformer la cuisine en «zone sinistrée » ou à laisser traîner ses vêtements un peu partout. Si les conflits à ce sujet ne sont pas quotidiens, ils reviennent souvent sur le tapis. «La plupart du temps, je ne dis rien, j’accumule, puis, après quelques jours, je me fâche, raconte la jeune femme de 30 ans. Je ne suis pas maniaque, mais j’aime que tout soit rangé.» C’est d’ailleurs pourquoi la plupart du temps elle passe derrière lui pour tout ramasser, admet-elle. «Si j’attends qu’il le fasse, ça risque d’être long! Mais j’essaie tout de même de le lui rappeler poliment lorsqu’il oublie de ramasser ses affaires.»

Le ménage est un sujet de dispute courant au sein des couples, remarque François Saint-Père, psychologue et auteur du livre Le burnout amoureux (Les Éditions de l’Homme, 2015). «C’est un conflit récurrent parce qu’on y est confronté au quotidien, souligne-t-il. C’est un peu comme le supplice de la goutte d’eau. Avec le temps, celui qui subit les traîneries de l’autre peut présumer qu’il le fait exprès ou qu’il se fiche de lui.»

Dans les faits, les causes d’un tel comportement ne sont pas nécessairement liées à un manque de respect pour l’être aimé. La personne désordonnée peut avoir été élevée ainsi. Elle peut aussi considérer le rangement comme une perte de temps, ce qui est tout aussi acceptable. Il n’y a rien dans le Code civil qui nous oblige à être ordonné dans la vie. Mais il est vrai que dans la société actuelle, être désordonné est perçu négativement. «Dans certains cas, cela découle même d’un trouble neurologique. Par exemple, les gens qui ont un déficit d’attention ont de la difficulté à mettre les objets au même endroit ou à faire les choses selon une séquence précise», explique François Saint-Père.

Néanmoins, pour celui qui le subit, le désordre peut devenir une nuisance au point où son admiration pour l’autre prend un coup dans l’aile. De fil en aiguille, l’affection, la tendresse et le désir s’amenuisent. De son côté, celui qui subit régulièrement les reproches peut se sentir coupable, rabaissé et en vouloir à son conjoint. Cela dit, les divergences sur le ménage sont rarement la seule cause de rupture. Ajoutées à d’autres irritants, elles peuvent toutefois venir à bout du couple, constate François Saint-Père.

Il est possible de trouver un terrain d’entente si chacun y met du sien, assure le psychologue. Le plus ordonné du couple peut notamment développer une certaine forme de tolérance, quitte à ranger lui-même ce qui lui semble important plutôt que d’attendre que l’autre le fasse en lui rappelant constamment son désordre. Il est également bénéfique de se concentrer sur les valeurs et les qualités de son partenaire. Le moins ordonné des deux peut aussi faire des efforts, lorsque les attentes de l’autre sont bien établies. «Si celui qui est désordonné s’efforce de faire le lit le matin alors que l’autre espère plutôt qu’il range au fur et à mesure, ça ne donnera rien. Mais il ne faut pas non plus s’attendre à ce que le partenaire désordonné change complètement, ajoute François Saint-Père. Si le ménage n’est pas important pour lui, ça ne le deviendra pas du jour au lendemain. Néanmoins, il est essentiel que ses efforts soient soulignés et encouragés.»

Vivre avec un conjoint bordélique comporte, certes, son lot de conflits et d’exaspération, mais ce n’est pas pour autant une relation vouée à l’échec, assure Caroline. «Oui, c’est le plus gros défaut de mon chum, mais il a tellement de belles qualités que je suis quand même comblée à ses côtés, confie-t-elle. Je sais aussi qu’il essaie de faire attention et, ça, je l’apprécie!»

Catherine Mainville-M. est journaliste indépendante et maman. Si elle aspire à devenir un peu moins bordélique, son réel défi consiste à ne pas culpabiliser lorsqu’elle n’y parvient pas!

 

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