Couple

Ils s'aiment envers et contre tous

Auteur : Coup de Pouce

Couple

Ils s'aiment envers et contre tous

Quinze ans d'écart

André Gagnon, 48 ans
Nathalie Morin, 33 ans

Lorsque la vie a mis Nathalie sur la route d'André en 2005, il était marié depuis près de 25 ans et père de trois enfants: Francis, 17 ans, Benoît, 19 ans, et Andrée-Anne, 21 ans. Il songeait depuis un certain temps à quitter son épouse, mais hésitait à déserter femme et enfants. «Je remettais à demain. J'espérais que les choses changent. Ce sont mes sentiments pour Nathalie qui ont tout déclenché.»

Alors en poste dans un nouveau bureau, André remarque tout de suite Nathalie. Au début, ils vivent une simple complicité entre collègues. Nathalie est encore dans la vingtaine et André refuse de la voir comme une amoureuse potentielle. Les mois passent et toutes les occasions sont bonnes pour eux d'être ensemble. C'est au-dessus d'un chocolat chaud, quatre mois après avoir fait sa connaissance, qu'il lui avoue penser à elle. «J'étais incertain parce que je ne reconnaissais pas mon sentiment. J'ouvrais là une porte restée fermée depuis longtemps! J'avais peur au fameux démon du midi.» Quand il a été sûr de lui, il a refusé de tromper tout le monde. «Le jour de mon anniversaire, j'ai annoncé à ma femme que je venais de rencontrer quelqu'un d'autre et que je la quittais.»

C'est là que s'élèvent vents et marées. Nathalie doit annoncer à ses parents que son prince charmant n'est pas encore divorcé et qu'il est père de trois adultes qui ne sont pas beaucoup plus jeunes qu'elle. André, pour sa part, doit faire face à l'incompréhension de ses enfants et assumer qu'il blesse cruellement leur mère. «Mon annonce, loin d'être libératrice, m'a causé plusieurs mois d'insomnie. J'avais peur, surtout, de la détresse que je causais à ma famille. Mais je ne pouvais pas faire autrement. J'étais amoureux d'une autre femme.»

Au travail, la patronne de Nathalie ne voit pas d'un bon oeil cette relation et ne se gêne pas pour le dire. Dans la rue, au marché, au resto, au café, les regards réprobateurs se multiplient. «Pour plusieurs, il était clair que Nathalie était une voleuse d'hommes pour les femmes plus âgées qu'elle, et moi, je passais pour un vieux vicieux. C'est très difficile à supporter quand ton seul péché, c'est d'aimer. Lorsque je parle de Nathalie à des gens qui ne la connaissent pas, j'évite de dire son âge parce que, dès que c'est dit, leur visage change.»

2006. Incapable de supporter plus longtemps les regards et la pression, Nathalie doit démissionner. André, de son côté, doit subir la douleur de sa fille. Depuis qu'il a quitté la maison, il ne l'a jamais revue. «J'ai attendu plusieurs années avant de partir, pensant que la maturité aiderait mes enfants à comprendre. Mais je constate que leur douleur n'est pas moindre. Au mieux, ils la cachent, mais on sent qu'ils souffrent. Ça fait mal.»

Le couple n'a pas encore fermé la porte à la venue d'un enfant. «J'entends déjà les gens: un vieux de 50 ans, père d'un bébé. Je les ai traités de grands-pères, dans ma tête, ces gars-là, et je suis confronté à mes propres jugements.» Nathalie ne met aucune pression. «Je n'ai pas un absolu besoin de maternité pour me réaliser. Si la fille d'André pouvait revenir dans sa vie, je pense que ce serait une bonne chose. Je me suis longtemps sentie coupable, bien que je ne sois pas fautive.» En attendant, André et Nathalie tentent de faire confiance à demain. «La plus grande leçon, conclut André, c'est d'essayer de vivre sans crainte. Nos peurs sont le plus grand frein au bonheur.»

La gestionnaire et le syndicaliste

Richard Landry, 53 ans
Anne Buongiorno, 49 ans

1988. À l'époque, Richard est prof au Cégep de Rosemont et leader syndical. Trentenaire, urbain, tombeur par excellence, il est à l'opposé de la banlieusarde rangée qu'il s'apprête à rencontrer. Sympathisant marxiste- léniniste, il se prononce haut et fort contre les banlieues, les bungalows, les piscines, la pelouse, le mariage, les enfants, l'amour, les promesses et, pire que tout, l'autorité! «Quand je suis arrivée dans sa vie, lance Anne, il vivait dans une garçonnière et croyait qu'il cuisinait parce qu'une fois par année il faisait des patates en poudre!»

La même année, au collège, un vent de changement souffle avec l'arrivée d'Anne au sein de l'équipe de gestionnaires. Ultra-féminine dans un monde d'hommes, perfectionniste et investie du désir de changer les choses, la jeune femme de 31 ans est vite promue et devient la patronne de Richard. Entre le leader syndical et celle qu'il baptisera ironiquement Madame B, la guerre est ouverte!

«Le jour où je lui ai retiré son bureau pour agrandir le parc informatique, j'ai compris qu'il voulait ma peau», se souvient-elle. En effet, rétorque Richard,«mon rôle était de circonscrire les droits de gérance d'un groupe dont Anne faisait partie. Ç'aurait été une autre, j'aurais mené la même guerre.» Lui est un brasseur d'idées; elle, une pragmatique qui doit tout concrétiser. Entre les deux, l'onde de choc est constante.

1992. Un soir où, pour la prendre en défaut, il lui fait remarquer qu'elle manque à son devoir d'assister à une fête pour les étudiants, elle s'y pointe, prend un verre et voilà celle qui ne boit jamais inapte à rentrer dans sa banlieue. «Il s'est senti responsable et est resté avec moi pour s'assurer que je ne prenne pas ma voiture, se rappelle Anne en riant On a marché quelques heures et on a fait connaissance, sans fusil. Je l'ai trouvé charmant.»

Les semaines passent, et le couple se voit en cachette. «À Noël, j'étais amoureuse, se souvient Anne, et ça n'a vraiment pas été facile. Richard fuyait toute forme d'engagement. Être vus en public, faire des plans pour le lunch du lendemain ou m'attarder chez lui, le matin...tout ça l'effrayait, et il réagissait en me rejetant. Chaque fois, c'était à recommencer.»

Pendant neuf mois, la relation bat de l'aile. Au même moment, Anne connaît de sérieux ennuis de santé. Au retour, sa vie au travail est affectée. Certains collègues lui cachent de l'information sur les négociations en cours avec le syndicat, sous prétexte que son amoureux négocie à Québec pour la partie opposée. De plus, elle le sait, une alliance entre cadre et syndiqué représente un grave problème aux yeux de Richard. «J'ai finalement quitté mon emploi en 1999 pour donner de l'oxygène à notre relation. À mes yeux, même ma carrière avait moins d'importance que Richard. Et c'est une carriériste qui parle.»

Entre-temps, Anne décide de taire son idée d'aller vivre avec Richard. Une fois la pression retirée, il commence à se détendre. «On a fini par emménager après deux ans, raconte-t-il. J'avais 40 ans, et c'était la première fois de ma vie que je vivais véritablement en couple.»

Anne a doucement amené la question des enfants. Richard a de nouveau pris peur. Mais ce qu'Anne veut, Dieu le veut, et c'est sans son homme qu'elle entreprend des démarches d'adoption. En cours de route, Richard ne résiste plus. Il vit donc avec elle l'attente, le désir, et finit par montrer à ses vieux chums la photo écornée d'un bébé chinois qui remplit ses yeux de buée! En Chine, c'est lui qui tenait la caméra en tremblant lorsqu'Anne a pris leur petite Mégane dans ses bras pour la première fois. Au retour, le couple se marie afin que Richard puisse adopter sa fille. «J'ai fini par saisir que l'engagement, loin de m'avoir tué, a fait de moi un homme meilleur. Je ne reviendrais jamais à ma vie d'avant.» La petite famille a désormais un bungalow, un chalet, une piscine...Richard est devenu un époux assumé et un papa épris qui ne manque jamais à ses promesses et qui sait désormais que, dans la vie, il y a bien mieux que les patates en poudre.

 

Le choc des âges et des cultures

Virginie Bernal, 37 ans
Raffaele Traglia, 30 ans

C'est en se rendant à un party de bureau organisé chez l'une de ses employées en 2007 que Virginie voit sa vie chamboulée. Ce soir-là, Raffaele est contacté en douce par son beau-frère: «Y'a des belles filles à la maison. Viens faire un tour.» À son arrivée, il remarque tout de suite Virginie. Elle le remarque aussi. «Il essayait de me charmer et j'adorais cela. Nous avons beaucoup échangé ce soir-là. Je pense qu'il était évident, aux yeux de tous, qu'on se plaisait.»

Une fois la soirée terminée, le gentleman offre à la belle de la raccompagner. Elle insiste pour qu'une de ses collègues, présente à la fête, soit du voyage. Logiquement, Virginie devrait être reconduite la première, mais Raffaele, qui sait ce qu'il veut dans la vie, n'hésite pas à faire deux fois le tour de la ville pour se retrouver seul avec elle dans la voiture. «Devant chez moi, raconte Virginie, il a voulu m'embrasser. Je lui ai dit: "Mais que fais-tu là?" Rien ne s'est passé ce soir-là, mais je l'ai trouvé charmant. Très charmant!»

Raffaele se souvient bien de ce que lui a dit sa soeur avant son départ de la fête: «Ne sois pas ridicule. C'est ma patronne!» Mais l'avertissement lui passe par-dessus la tête. Les courriels suivent, et Raffaele lance une invitation à Virginie. «Il m'a dit de prendre un jour de congé, ce que je ne faisais jamais.«Prends ce qu'il te faut pour dormir ailleurs», qu'il m'avait dit. «Mais tu es complètement gonflé!» que je lui avais répondu. Il est venu me chercher sans me dire où on allait. Il avait tout prévu: cueillette de pommes, puis petit pique-nique avec de l'excellente nourriture italienne, bouteille de vin, etc. Moment magique et romantique, dont je me souviendrai toute ma vie. Ce jour-là, nous nous sommes embrassés. Moins d'un mois plus tard, il m'a invitée à souper...chez moi.» Il est arrivé avec ses petites épices et n'est jamais reparti.

 «Accepter de tomber amoureux d'une femme plus vieille que moi a été tout un challenge, reconnaît du bout des lèvres Raffaele. C'est vrai qu'au début je ne disais pas son âge à mes amis. Et je comprenais que notre éducation et nos références étaient différentes. Sa carrière était déjà établie, la mienne débutait. C'était normal, j'avais 29 ans. Mais cela chatouille quand même l'ego d'un homme. J'aurais voulu être plus établi avant de la connaître, mais la vie en a décidé autrement. Virginie est un esprit libre, différente de moi, et je l'aime telle qu'elle est!»

Pour Virginie, les différences culturelles ont ébranlé ses repères. «Évidemment, on espère plaire à sa belle- famille. Moi, je suis immigrante, je n'ai pas de famille au Québec, je suis carriériste, je suis nulle en cuisine, je n'ai jamais rêvé de mariage, je parle anglais comme une vache espagnole et pas un mot d'italien, les deux langues principales parlées chez lui. J'admire beaucoup la famille de Raffaele, mais je reconnais nos différences. De plus, quand je l'ai rencontré, ça faisait 18 ans que j'étais partie de chez mes parents et lui y habitait encore!»

Au début, il est si clair pour eux que leur union ne durera pas qu'ils mettent cartes sur table: on n'en parle à personne et on se quitte demain. «Sauf que le lendemain, avoue Raffaele, je voulais toujours la revoir. C'est la seule réponse à toute notre histoire.» Raffaele avait toujours dit qu'il serait plus simple de marier une Italienne, question de valeurs communes. Mais c'est de Virginie qu'il est amoureux! Il vient d'ailleurs de lui demander sa main. Elle a dit... sì!

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