Je rêvais de découvrir l'Ouest canadien en train. C'est donc avec beaucoup d'émotion que j'attendais le Rocky Mountaineer à la gare de Banff ce matin-là, prête à partir à la conquête de l'Ouest, bercée par le cliquetis des roues. Il n'était que sept heures, mais déjà, je ne tenais pas en place sur le quai, fixant l'horizon pour apercevoir le nez de ce fameux train que plusieurs magazines américains (y compris le National Geographic) classent parmi les excursions les plus excitantes au Canada. Bien qu'il emprunte les voies du Canadien Pacifique et du Canadien National, le Rocky Mountaineer est un train touristique qui propose entre autres trois itinéraires de deux jours, notamment «Le Premier passage vers l'Ouest» (First Passage to the West), qui débute à Calgary ou à Banff et qui se termine à Vancouver, après une escale d'une nuit à Kamloops. Le parcours se fait donc uniquement dans la journée et permet aux passagers de ne rien manquer des paysages - avec raison!

Une heure après avoir quitté la gare de Banff, ma découverte de l'Ouest débute en beauté, avec un mimosa et un copieux déjeuner chaud servis dans la salle à manger du wagon Goldleaf. Le décor est élégant et intimiste et les œufs bénédictine, tout à fait à mon goût. L'imposante silhouette de Castle Mountain défile, suivie de près par la station touristique de Lake Louise, dominée par le mont Victoria. Impossible de rester assise: je me précipite dehors sur la passerelle pour mieux faire corps avec toute cette nature, sentir l'air frais des montagnes et tendre le cou pour apercevoir leurs sommets qui se perdent dans les nuages du matin...

Même si le nom du train laisse supposer le contraire, les véritables Rocheuses n'occupent que les premières heures du trajet (surtout entre Banff et Lake Louise). C'est une petite déception, bien vite balayée par une foule d'autres paysages extraordinaires et, surtout, beaucoup plus variés que je ne le pensais. Comme cet itinéraire emprunte le parcours du premier train transcontinental canadien, j'ai l'impression d'entrer dans un livre d'histoire. Que de frissons en voyant tous ces ponts perchés au-dessus des canyons, le tunnel Connaught long de 8 kilomètres ou encore le fameux site de Craigellachie, où l'on a posé le dernier crampon du chemin de fer le 7 novembre 1885. Je comprends pourquoi on qualifiait à l'époque de «véritable épopée» la construction de ce chemin de fer... Le journal de bord (disponible en français) et les guides nous apprennent également une foule d'anecdotes sur l'histoire, l'économie, la faune et la flore locales. Captivant!