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Une chlamydia à 40 ans?

Une chlamydia à 40 ans?

IStock Photographe : IStock Auteur : Coup de Pouce

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Une chlamydia à 40 ans?

Depuis quelques années, on note une hausse des infections transmises sexuellement. Et, si la situation touche majoritairement les jeunes de 15 à 24 ans, même les femmes de 35 et plus n'y échappent pas. Le point sur ce qu'il faut savoir.

Attraper une ITS, ça n'arrive pas qu'aux autres. Chantal, 42 ans, n'a pas eu une dizaine d'amants dans sa vie. Cela ne l'a pas empêchée d'attraper la chlamydia l'an dernier à la suite d'une aventure d'un soir. Sortie avec une copine qui voulait depuis longtemps lui présenter un collègue, elle a eu une relation sexuelle non protégée avec lui. «Je me suis laissé charmer par le fait qu'il venait juste de se séparer après une relation stable de 10 ans et qu'il n'avait pas l'air d'un coureur de jupons. Résultat: j'ai baissé mes gardes concernant l'utilisation du condom.»

Isabelle, 40 ans, a contracté le virus de l'herpès génital à 33 ans. «Je venais de me séparer du père de mon enfant, confiet- elle. Je me sentais libre et j'avais le goût d'avoir du plaisir. En accord avec le premier gars que j'ai fréquenté, on est allés passer des tests de dépistage des ITS pour délaisser l'utilisation des condoms. Quelques mois plus tard, je ne me sentais pas bien, j'étais très fatiguée, et des boutons très incommodants sont apparus sur mes organes génitaux. Je me suis rendue à la clinique où on m'a confirmé que j'avais l'herpès de type 2.» Bien sûr, Isabelle a averti son partenaire. «En discutant avec lui, je me suis aperçue qu'il avait déjà des symptômes d'herpès génital avant qu'on cesse d'utiliser des condoms. Ses manifestations étaient cependant moins intenses que les miennes et il n'avait jamais cru bon d'aller consulter.»

 

ITS: la situation

Le Dr Marc Steben, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec, précise qu'il y a trois catégories d'ITS: celles causées par des parasites, comme la gale et les morpions; celles causées par des bactéries, comme la chlamydia, la gonorrhée et la syphilis; et celles causées par des virus, comme l'hépatite B, le VIH, l'herpès génital et le virus du papillome humain (VPH). Les deux ITS les plus courantes dans la population et chez les femmes de 35 ans et plus sont l'herpès génital et le VPH, des ITS non dépistables par des tests. Comme elles ne sont pas à déclaration obligatoire, il n'y a pas de statistiques sur le nombre de personnes infectées. «On sait par contre que 4 adultes sur 5 seront touchés par le VPH à un moment de leur vie et que, parmi eux, une personne sur trois aura une manifestation qui l'amènera à consulter, indique le Dr Steben, qui est aussi médecin à la nouvelle Clinique A rue McGill, spécialisée dans le dépistage des ITS et le counseling. Le virus se manifeste par des condylomes [aussi appelés verrues génitales]. On les détecte par un examen clinique et on peut les éliminer en les brûlant à l'azote liquide ou avec une crème qui aide à les combattre. La présence du VPH peut aussi être à l'origine de cellules anormales lors du PAP test et de plusieurs cancers, dont celui de l'utérus, de l'anus ou de la vulve.»

L'herpès génital est aussi très répandu. «On estime que 20 % de la population est infectée par l'herpès simplex de type 2, qui cause l'herpès génital», note le Dr Steben. Lors d'une poussée d'herpès génital, de petites ampoules douloureuses apparaissent sur la vulve, à l'anus, aux fesses ou dans le vagin. Il existe des traitements antiviraux oraux pour soulager les symptômes et réduire les risques de transmission, mais, une fois contracté, le virus reste dans l'organisme et peut se réactiver de temps à autre.

D'autre part, la chlamydia est l'ITS la plus signalée au Canada. Selon l'Agence de la santé publique du Canada, les taux ont augmenté de 80,2 % au cours de la dernière décennie. Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes et la très grande majorité (86,7 %) de celles qui sont infectées ont moins de 30 ans. Mais l'infection affecte aussi les femmes de 35 ans et plus. En 2009, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec comptait 1 211 cas de chlamydia déclarés chez les femmes de ce groupe d'âge. L'infection se dépiste par un prélèvement du col de l'utérus ou par un test d'urine. Elle se traite facilement par la prise d'antibiotiques. L'ennui, c'est que, dans 40 à 70 % des cas, elle ne présente pas de symptômes.

 

Des comportements à risque

Qu'est-ce qui explique cette hausse des infections transmissibles sexuellement et l'étalement des cas aux femmes de 35 ans et plus? Plusieurs facteurs. Il y a 20 ans, le sida faisait peur, et l'utilisation du condom était plus courante. «Depuis l'arrivée des traitements pour le VIH qui font que les personnes infectées ne meurent plus ou de moins en moins, on note un relâchement de la vigilance et une baisse de l'utilisation du condom dans la population en général», indique la Dre Johanne Blais, professeure titulaire à l'unité de médecine familiale de l'hôpital Saint-François-d'Assise à Québec.

Autre facteur: la sexualité des femmes s'est libérée. «Les femmes retardent la création d'une relation stable pour toutes sortes de raisons, observe le Dr Steben, et certaines peuvent avoir plusieurs partenaires occasionnels.» Elles voyagent aussi plus, pour le travail et pour le plaisir. Et les occasions d'avoir des relations sexuelles sont nombreuses. Mais la vraie question demeure: pourquoi avoir des relations non sécuritaires? À cette question, les deux médecins ont plusieurs réponses. «Le fait d'avoir moins peur de tomber enceinte peut jouer, dit la Dre Blais. De nombreuses femmes de 35 ans et plus ont déjà une méthode de contraception. Elles utilisent la pilule depuis longtemps ou sont porteuses d'un stérilet et elles oublient le condom. Quant aux femmes ménopausées de 50 ans et plus, n'ayant plus de craintes concernant la grossesse, elles peuvent négliger de se protéger contre les ITS.»

Beaucoup cèdent à la pensée magique. «Certaines femmes qui redeviennent célibataires se disent que ce n'est pas parce qu'elles couchent une fois avec un homme qu'elles vont attraper une ITS, ajoute la Dre Blais, alors qu'une seule relation sexuelle non protégée peut suffire.» Certaines, comme Chantal, se fient aux apparences et ont un faux sentiment de sécurité. Elles négligent d'utiliser un condom parce que leur partenaire est beau, fin et a l'air d'un bon gars. «On ne peut jamais se fier aux apparences, rappelle le Dr Steben. Ce partenaire a peut-être des aventures sexuelles non sécuritaires à répétition. Il peut aussi être honnête et avoir été dans une relation stable depuis sept ans, mais est-ce que son ex-conjointe a toujours été fidèle? On ne le sait pas.» Le médecin mentionne aussi le phénomène des femmes qui partent en voyage dans le Sud entre amies et y ont des aventures non sécuritaires parce qu'elles se croient dans un conte de fées. «Devant un magnifique coucher de soleil, elles ont l'impression que rien ne peut leur arriver!»

Le Dr Steben met aussi les femmes en garde contre la consommation d'alcool et de drogues. «Une femme de 120 lb qui enfile six shooters avec une bière et finit la soirée avec un partenaire réduit ses possibilités de négocier la sexualité sécuritaire.» Avoir les facultés affaiblies atténue notre vigilance face aux relations sexuelles protégées, il faut y penser.

 

MTS ou ITS?

Depuis quelques années, on ne parle plus de MTS (maladies transmissibles sexuellement) mais plutôt d'ITS (infections transmissibles sexuellement). «Ce terme est plus inclusif, explique le Dr Steben. En effet, quand on dit "maladies", on parle de gens qui ont des signes et des symptômes. Le terme ITS inclut aussi les personnes infectées qui n'ont ni signes ni symptômes. La nuance est importante puisque la grande majorité des gens qui ont des ITS sont asymptomatiques.»

 

Pour bien se protéger

Pour prévenir les ITS, il faut toujours utiliser le condom avec un nouveau partenaire. «Il n'est pas nécessaire qu'il y ait pénétration pour contracter une ITS, rappelle la sexologue Sophie Morin. Les ITS se transmettent par contact entre les organes sexuels et entre les fluides corporels. Ainsi, les relations sexuelles orales doivent aussi être protégées par un condom ou par une digue dentaire.» Cette dernière prend la forme d'un rectangle en latex qui s'applique sur la vulve. On en trouve dans les pharmacies et les boutiques érotiques. Pour Sophie Morin, exiger le condom est un geste d'affirmation dont les femmes devraient être fières. C'est prendre soin de nous et s'accorder la valeur qui nous revient. «Une relation sexuelle, c'est une relation entre deux personnes. Il faut que ça se passe dans des conditions qui nous conviennent à nous aussi. Les femmes doivent penser à leur plaisir et je ne pense pas qu'elles en aient beaucoup quand elles stressent à se demander si leur partenaire a une ITS. Si notre partenaire nous dit qu'il n'est pas confortable avec le condom, on peut lui répondre qu'on ne sera pas bien mieux avec une ITS!»

Mme Morin conseille de s'assurer d'avoir des condoms avec nous. «On prend le temps de lire les instructions du fabricant pour s'assurer de les utiliser correctement. On évite de les garder dans notre portefeuille ou dans tout autre endroit où ils pourraient être écrasés et s'abîmer. On ne les garde pas non plus à la chaleur: le coffre à gants de la voiture, ce n'est pas une bonne idée. Le lieu le plus sûr, c'est encore notre sac à main. On vérifie la date d'expiration et on fait attention à ne pas le percer avec nos ongles ou nos dents en l'ouvrant.»

Quand on a un partenaire stable et qu'on souhaite cesser d'utiliser des condoms, on passe tous les deux les tests de dépistage d'ITS. «Après, il faut s'entendre pour avoir des relations sexuelles exclusives, dit Mme Morin. Sinon, il faut toujours utiliser des condoms avec ses autres partenaires.»

Il restera toujours un risque en ce qui concerne le VPH et l'herpès génital, souligne toutefois le Dr Steben, car on ne dépiste pas ces deux virus en l'absence de symptômes. «Il faut accepter que le risque zéro n'existe pas avec ces deux ITS. Il faut discuter en couple de la part de risque qu'on est prêts à accepter.» Cela dit, le médecin souligne qu'on a établi l'efficacité du vaccin contre le VPH chez les femmes de 26 à 45 ans. «Ce vaccin protège bien les femmes contre les condylomes et réduit de façon importante les résultats anormaux de PAP test. À mon avis, une femme qui n'est pas engagée dans une relation stable devrait discuter avec son médecin de la possibilité de recevoir le vaccin.»

 

Faire face à une ITS

Recevoir un diagnostic d'ITS fait l'effet d'une douche froide. On se sent coupable, honteuse, irresponsable, etc. «Il ne faut pas se juger trop sévèrement, dit Sophie Morin. Culpabiliser n'apportera rien et ça ne nous fera pas guérir plus vite. Je conseille d'en tirer des leçons positives. Il faut s'assurer que ça ne se reproduise plus.» C'est un peu l'attitude qu'a eue Chantal après son infection à la chlamydia. «J'ai été choquée et gênée en apprenant le diagnostic. Mais au moment d'avertir le partenaire en question, je n'ai pas éprouvé de malaise, dit-elle. J'étais plutôt en colère contre lui. Je ne l'ai pas revu, je me sentais trahie. Mais depuis cette expérience, je prends mes responsabilités plus sérieusement en exigeant le condom.»

La situation est un peu différente pour les personnes infectées par l'herpès génital, comme Isabelle. Pour elles, il n'y a pas de guérison possible. Elles doivent apprendre à vivre avec le virus. «Quand j'ai reçu mon diagnostic, ç'a été assez dramatique, confie-t-elle. Je pensais que je n'aurais plus jamais de vie sexuelle, je me sentais comme une marchandise avariée.» Ce qui l'a le plus aidée, c'est sa rencontre avec deux autres filles aux prises avec le même virus dans un groupe de soutien. «On est devenues de bonnes amies et on a décidé en 2008 de lancer un blogue sur l'herpès (monpetitbobo.com). L'idée, c'est de parler du virus, de dédramatiser l'infection et d'échanger avec d'autres personnes qui vivent une situation semblable.» Sur leur site, les filles y vont de conseils concrets pour aborder des sujets comme la façon d'annoncer à son partenaire qu'on a l'herpès génital.

«Annoncer qu'on a l'herpès, c'est terrible, dit Isabelle. Ça nous place dans un état de vulnérabilité extrême, mais tout le monde a des squelettes dans le placard. Quand je l'ai annoncé à mon chum actuel, ça l'a amené à me confier un de ses grands secrets... et, au lieu de nous éloigner, tout ça nous a rapprochés.»

 

Des signes qui devraient nous alerter

Chlamydia ou gonorrhée: pertes vaginales anormales, plus abondantes qu'à l'habitude, un peu colorées; douleur en urinant; saignements vaginaux anormaux entre les menstruations; douleurs internes pendant les relations sexuelles.

Condylomes: petites bosses non douloureuses sur les organes génitaux, sur l'anus, dans le rectum.

Morpions ou gale: démangeaisons dans la région génitale (pubis).

Herpès génital: lésions douloureuses sur les organes génitaux ou à l'anus, qui apparaissent et disparaissent périodiquement.

Syphilis: un ou plusieurs ulcères non douloureux sur les organes génitaux, à l'anus ou dans la bouche, qui disparaissent spontanément, même sans traitement; par la suite, des rougeurs peuvent apparaître sur le corps et disparaître, mais l'infection est toujours présente dans l'organisme.

Dans tous les cas, on va consulter. La majorité des ITS se soignent avec des médicaments. «Si vous avez un nouveau partenaire ou plusieurs partenaires et que vous avez des relations non protégées, n'attendez pas les symptômes, prévient la Dre Blais. Allez faire les tests de dépistage.» Il ne faut pas oublier qu'une ITS non soignée peut entraîner des complications. Dans le cas d'une gonorrhée ou d'une chlamydia, par exemple, l'infection peut atteindre les trompes de Fallope, les bloquer et entraîner des problèmes de stérilité.

Source: ITS, mieux les connaître pour les éviter, MSSS.

 

Pour en savoir plus

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada
Clinique médicale L'Actuel;
Site d'information sur l'herpès génital
Site d'information sur le virus du papillome humain

 

 

À DÉCOUVRIR: Le Guide des infections sexuelles

 

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