Santé

Le cannabis médical réduit la douleur chronique

Le cannabis médical réduit la douleur chronique

� iStockphoto.com Photographe : � iStockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

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Le cannabis médical réduit la douleur chronique

L’usage du cannabis médical atténue la douleur chronique d’origine neuropathique, améliore l’humeur et favorise le sommeil.

Le cannabis, ou chanvre indien, est utilisé comme plante médicinale depuis l'époque de l'Égypte ancienne, mais ce n'est qu'au milieu des années 1990 que le milieu médical moderne a commencé à s'y intéresser. Le Pr Raphael Mechoulam, de l'Université de Jérusalem, a découvert que l'organisme fabrique un analogue du cannabis, l'anandamide, qui est, entre autres, relâché dans le corps en réponse à la douleur.

Depuis, des études ont permis de démontrer les propriétés analgésiques du cannabis chez les patients atteints de douleurs chroniques résistantes aux traitements traditionnels, de même que ses effets bénéfiques pour soulager les spasmes liés à la sclérose en plaques ainsi que pour réduire les nausées chez les patients sous chimiothérapie ou atteints du sida et atténuer le manque d'appétit lié au sida ou au cancer. Les cannabinoïdes oraux, comme le tétrahydrocannabinol (THC), ont pour leur part montré une efficacité contre des douleurs neuropathiques, la polyarthrite rhumatoïde et la fibromyalgie.

Efficace contre la douleur neuropathique

Pour les patients souffrant de douleur chronique, le cannabis constitue souvent une solution de rechange de dernier recours aux traitements médicamenteux - oploïdes, antiépileptiques, antidépresseurs, anesthésiques locaux -, qui ne sont pas toujours efficaces et qui peuvent engendrer des effets secondaires indésirables. Les médicaments soulagent environ 10% à 20% de la douleur, et la thérapie et les approches cognitives, de 10% à 20% de plus, évalue le Dr Mark Ware, qui dirige les activités de recherche clinique au centre de la douleur du Centre universitaire de santé McGill.

Confronté à la difficulté à apaiser la souffrance de ses patients, le Dr Ware s'est intéressé à tout ce qui pouvait les soulager, dont les médecines douces et le cannabis. Dans une étude publiée dans le Canadian Medical Association Journal d'octobre 2010, il a démontré l'effet analgésique du chanvre indien chez les patients souffrant de douleurs neuropathiques.

«Nous avons découvert que 25 grammes de cannabis à 9,4% de THC (composé actif de la plante qui calme la douleur) administrés dans une seule dose fumée trois fois par jour pendant cinq jours procurent rapidement une réduction légèrement accrue de la douleur si on compare son effet avec celui d'un placebo à 0% de THC», indique le Dr Ware. Les patients ont aussi rapporté une meilleure qualité de leur sommeil à mesure que la concentration de THC de leur échantillon augmentait (0%, 2,5%, 6%, puis 9,4%).

Des chercheurs de l'Université de San Diego ont démontré, pour leur part, que «le cannabis fumé est généralement bien toléré et efficace pour réduire les douleurs chez les personnes qui ne réagissent pas à d'autres médicaments. C'est également le cas s'il est associé à un traitement antalgique chez des patients atteints du VIH et d'une polyneuropathie distale à prédominance sensitive.»

Effets secondaires

Les effets secondaires du cannabis, comme la somnolence, la confusion, la perte de mémoire et l'euphorie, sont connus. Certains sont même recherchés, notamment l'augmentation de l'appétit pour les patients porteurs du VIH ou atteints d'un cancer.  

Les effets secondaires indésirables du chanvre indien sont cependant peu marqués si on respecte les doses thérapeutiques, surtout si on les compare à ceux de médicaments qu'il remplace. L'équipe du Dr Ware rapporte des maux de tête, une sécheresse des yeux, une sensation de brûlure dans des zones de douleur neuropathique, des évanouissements, des engourdissements et de la toux chez certains participants. Une euphorie a été notée chez trois participants après la première dose d'un cycle, mais la quantité n'était pas suffisante pour induire l'effet recherché lors d'un usage récréatif, précisent les chercheurs, qui recommandent de poursuivre les études.

Des dangers pour la santé?

Il reste aussi à évaluer les conséquences à long terme de l'inhalation de cannabis sur les poumons et les fonctions cognitives. La marijuana comporte en effet des risques pour la santé et la sécurité de ceux qui l'emploient: perte de vigilance, de précision dans les mouvements, de coordination et de jugement. Dans le cas d'un usage régulier, on note des états de panique occasionnels, une inflammation chronique des bronches, la possibilité qu'apparaisse un cancer des voies respiratoires, des pertes de mémoire et d'autres fonctions cognitives, de la dépendance, la précipitation de rechutes chez les schizophrènes, et des altérations faibles, mais permanentes, de la mémoire et de l'apprentissage chez les enfants dont la mère consommait du cannabis pendant la grossesse. C'est pourquoi le Dr Ware et son équipe conseillent généralement à ceux qui ont des antécédents personnels ou familiaux de psychose d'éviter la marijuana thérapeutique.

De plus, les patients aux prises avec des douleurs chroniques ont souvent recours à d'autres médicaments (analgésiques, antidépresseurs). Combiné à ceux-ci, le cannabis, s'il est consommé sur une longue période, pourrait affecter l'efficacité de ces médicaments.

«Notre défi en tant que chercheurs est de continuer à mener des études cliniques sur l'usage médical du cannabis en tenant compte de paramètres stricts comme l'origine et le dosage, conclut le Dr Ware. Nous pourrons ainsi faire avancer le débat en fournissant des résultats scientifiques sérieux.»

Pas besoin de fumer le cannabis

L'avenir de l'usage thérapeutique des produits à base de cannabis passe, selon plusieurs chercheurs, par les cannabinoïdes purs administrés de différentes manières, notamment sous forme de vapeur.

Deux dérivés synthétiques de THC sont parfois utilisés pour traiter la douleur chronique: le nabilone (Cesamet) et un vaporisateur buccal à base d'extraits de cannabis (Sativex). Ce dernier est le seul médicament approuvé par Santé Canada qu'on peut employer dans le traitement de la douleur neuropathique chez des patients atteints de sclérose en plaques.

Le cannabis médical

Depuis 1999, les Canadiens peuvent prendre du cannabis thérapeutique s'ils obtiennent une recommandation de leur médecin et l'autorisation de Santé Canada. Le Ministère a confié à la société Prairie Plant Systems le mandat d'en produire à des fins médicales et de recherche.

Le saviez-vous?

Les personnes les plus susceptibles de faire un usage médical du cannabis sont celles qui souffrent de douleurs chroniques (25% d’entre elles y ont recours), de sclérose en plaques (22%), de dépression (22%), d’arthrite (21%) et de neuropathie (19%), selon une enquête sur la santé menée au Royaume-Uni en 2005.

Références

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