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Antidépresseurs: oui ou non?

Antidépresseurs: oui ou non?

Auteur : Coup de Pouce

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Antidépresseurs: oui ou non?

Ils font peur à certains, d'autres y voient le bonheur en pilule. On fait le point sur les antidépresseurs.

Qu'est-ce qu'un antidépresseur?

Les antidépresseurs sont des médicaments qui agissent sur la chimie du cerveau. «Ce sont des substances chimiques qui modulent la transmission des neurotransmetteurs dans le cerveau», explique le Dr Martin Tremblay, psychiatre, codirecteur de la clinique Expertise Neurosciences et porte-parole de la Fondation des maladies mentales. Ils visent essentiellement à atténuer les symptômes associés à la dépression et aux troubles anxieux, comme l'humeur dépressive, l'anxiété, la diminution de l'intérêt ou du plaisir, l'insomnie ou l'hypersomnie, la fatigue et la perte d'énergie, les difficultés de concentration, les idées noires, etc.

Comment agissent-ils?

Notre cerveau contient d'innombrables neurones qui communiquent entre elles par l'intermédiaire d'agents chimiques appelés neurotransmetteurs. Ceux-ci permettent de faire circuler des messages (pensées, souvenirs, sensations, émotions, etc.) entre les différentes parties du cerveau. On a observé, chez les gens qui vivent un épisode dépressif, une baisse de la concentration de certains neurotransmetteurs reconnus pour leurs effets sur l'humeur, dont la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine. «Les antidépresseurs visent à rétablir l'équilibre du niveau de neurotransmetteurs dans le cerveau», résume le Dr Brian Bexton, président de l'Association des médecins psychiatres du Québec.

Pourquoi prescrit-on des antidépresseurs?

Depuis la fin des années 50, on les utilise pour traiter les épisodes dépressifs moyens à sévères. Depuis une douzaine d'années, ils sont également employés pour soulager les troubles anxieux. «En effet, la dépression et les troubles anxieux présentent des symptômes similaires: anxiété, fatigue, insomnie et manque de concentration», explique le Dr Martin Tremblay. Les antidépresseurs sont aussi prescrits pour traiter des maux physiques comme la douleur chronique, la ménopause et l'andropause, les troubles alimentaires et le trouble dysphorique prémenstruel (dépression temporaire avant les menstruations). L'un d'eux (le Zyban) s'emploie même comme traitement pour le sevrage du tabac.

Pourquoi en existe-il différents types?

«En gros, chaque classe ou famille agit sur différents neurotransmetteurs, explique Geneviève Duperron, pharmacienne. Certains agissent sur un seul neurotransmetteur, d'autres sur deux ou plusieurs.» Autre différence: chaque famille - et même chaque médicament - provoque des effets secondaires différents.Quels sont ces effets secondaires?

Ils varient grandement d'un médicament à l'autre. «Les plus courants sont: insomnie, nausées, maux de tête, étourdissements, tremblements, bouche sèche, constipation ou diarrhée, agitation, anxiété, changement au niveau de l'appétit et diminution de la libido, explique Geneviève Duperron. Certains patients y sont très sensibles, d'autres ne les ressentent pas du tout.»

Bien souvent, ils apparaissent dès la prise du médicament, alors que les effets bénéfiques, eux, ne se font sentir que deux à six semaines après le début du traitement. «Cela pousse certaines personnes à abandonner le traitement, constate la Dre Lajeunesse. Mais on devrait faire l'effort de les tolérer au moins pendant les deux premières semaines, car ils s'atténueront et plusieurs disparaîtront avec le temps. De son côté, le médecin évalue toujours la progression des symptômes. S'ils s'aggravent pendant le traitement, on change de médicament.»

Santé Canada fait toutefois une mise en garde concernant certains antidépresseurs: ils pousseraient certaines personnes à commettre des actes dangereux pour eux-mêmes et, parfois, pour les autres. «C'est un phénomène extrêmement rare, dit le Dr Tremblay, mais il est réel. Dans de rares cas, les antidépresseurs peuvent donner l'énergie et l'impulsivité nécessaires pour commettre un acte suicidaire. D'où l'importance d'assurer un bon suivi. On mentionne toujours ces risques au patient. Si ce dernier sent que les symptômes de dépression s'aggravent fortement et que les idées suicidaires s'accentuent dans les premières semaines, il doit arrêter le traitement et prendre rapidement rendez-vous chez le médecin, qui prescrira alors un autre médicament.»

Comment savoir quel antidépresseur nous convient?

«Lorsqu'un patient est devant nous, il n'y a pas vraiment de moyen spécifique de savoir quel neurotransmetteur est perturbé, explique le Dr Tremblay. Alors, on choisit selon les symptômes du patient et selon les effets secondaires connus du médicament.» Ainsi, on sait que la sérotonine influence l'humeur, l'anxiété et les pensées obsédantes; que la noradrénaline joue sur l'énergie, les pensées négatives et les idées noires; et que la dopamine agit sur le plaisir et la concentration. «On choisit donc un médicament qui agit sur tel ou tel neurotransmetteur », note le Dr Bexton, mais on tient aussi compte de ses effets secondaires: s'il a tendance à causer de l'insomnie, on évitera de le prescrire à une personne qui souffre de troubles du sommeil.

Les antidépresseurs rendent-ils heureux?

«On a longtemps parlé des antidépresseurs comme des pilules du bonheur, mais ils ne procurent pas en soi de plaisir, de débordement d'énergie ou de bonheur! Ils ne guérissent pas la dépression non plus. Ils permettent simplement d'en contrôler les symptômes le temps que la crise passe. Et pas toujours parfaitement non plus», répond le Dr Tremblay. En fait, avec un bon traitement, les antidépresseurs permettent d'augmenter la capacité de réaction. «Généralement, on réagit aux événements: on est joyeux, on est triste, on a du plaisir, etc. Une personne dépressive est toujours effondrée et triste, explique le Dr Bexton. Les antidépresseurs lui permettent de devenir plus réactive et de ressentir différentes émotions.» Ils ne rendent ni amorphe ni euphorique - même si certaines personnes peuvent ressentir, au début, un léger ralentissement ou de l'agitation (des effets secondaires).

Sont-ils vraiment efficaces?

«Malheureusement, ils ne fonctionnent pas pour tout le monde, explique le Dr Bexton. Environ trois personnes sur quatre répondent aux antidépresseurs.»

Devrait-on envisager une psychothérapie même si on prend des antidépresseurs?

La psychothérapie est reconnue comme traitement efficace de la dépression. Même chez ceux qui répondent bien aux antidépresseurs, elle est souvent nécessaire afin de favoriser une rémission complète.Comment se déroule un traitement?

Généralement, il dure au moins un an, parfois plus longtemps si la dépression persiste (deux ou trois ans, dans certains cas). On introduit le médicament tranquillement afin de prévenir les effets secondaires, et on augmente la dose graduellement. Il faut attendre quelques semaines avant de ressentir les premiers effets bénéfiques et quelques mois pour se sentir vraiment mieux.

Par contre, si les effets secondaires sont trop intenses ou que les effets bénéfiques tardent à se faire sentir, il se peut que le médecin décide de changer le médicament ou de le combiner avec un autre pour le rendre plus efficace. «Un épisode dépressif a un cycle naturel d'entre dix mois et un an et demi. C'est pourquoi, afin de prévenir les rechutes, même si le patient va bien après quelques mois, on poursuit le traitement», explique le Dr Bexton. Par la suite, la dose est réduite graduellement sur une période d'un mois ou plus afin d'éviter le syndrome de retrait.

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