Nutrition

Aliments sains: de grands écarts de prix et d’accessibilité

Aliments sains: de grands écarts de prix et d’accessibilité

iStockphoto Photographe : iStockphoto Auteur : Coup de Pouce

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Aliments sains: de grands écarts de prix et d’accessibilité

Bien manger n’est pas possible pour tous les Canadiens. Une étude de la Fondation des maladies du cœur du Canada montre de grands écarts en matière de prix et d’accessibilité des aliments sains. Dans certaines régions, il faut payer de deux à six fois plus cher qu’ailleurs pour le même produit.

Selon l'endroit où elles habitent, certaines personnes doivent payer de deux à six fois plus cher que d'autres pour les mêmes aliments sains de base, note la Fondation des maladies du cœur. Et étonnamment, ce n'est pas dans les régions éloignées que les prix sont les plus élevés. Des noms comme Calgary, Winnipeg et Fort McMurray (Alberta) figurent au tableau des villes affichant les prix les plus élevés aux côtés de communautés comme Rankin Inlet, au Nunavut, et Dawson, au Yukon. En outre, la proximité du lieu de production des denrées fraîches n'est pas non plus un facteur garantissant des prix abordables.

La Fondation a demandé à des bénévoles de 66 régions canadiennes d'acheter les mêmes produits composant le chariot à provisions de Santé Canada entre le 15 et le 25 octobre 2008. Ils ont privilégié les chaînes d'alimentation nationales ou régionales et les produits des grandes marques nationales pour faciliter les comparaisons.

Jusqu'à six fois le prix

Les différences entre les prix colligés par la Fondation sont importantes. Le coût de six pommes moyennes varie de 1 $ à Toronto à 7,64 $ à Rankin Inlet, au Nunavut, et un sac de 2,7 kg de pommes de terre qui se vend 1,50 $ à Toronto coûte 3,49 $ à Montréal et Jonquière et 6,95 $ à Yellowknife, dans les Territoires-du-Nord-Ouest.

En ce qui concerne les produits céréaliers, les écarts peuvent atteindre de quatre à six fois le prix le plus bas observé. Ainsi, un paquet de pâtes de blé entier qui se détaille 2 $ à Barrie, en Ontario, se paye 3,18 $ à Jonquière et 8,38 $ à Kelowna, en Colombie-Britannique.

Le coût moyen du lait 1 % (4 litres) et du cheddar (520 g) dans les cinq collectivités aux prix les plus élevés est plus du double de celui des villes où l'on retrouve les prix les plus abordables. Même chose pour les viandes et substituts. Les produits étalons - le bœuf haché maigre (1 kg) et le beurre d'arachides (1 kg) - se vendaient à certains endroits plus du double du prix moyen qu'il en coûte dans les collectivités aux prix les plus bas. Le Québec est représenté dans les deux extrêmes, alors que le même kilogramme de viande passe de 4,74 $ à Montréal à 9,02 $ à Chibougamau et à 9,10 $ à Rimouski.

Pour visionner la vidéo L'étiquette sur les aliments expliquée

Des écarts inexpliqués et inquiétants

La Fondation s'explique mal cette disparité des prix des aliments sains entre les diverses régions alors que ceux des boissons gazeuses, des croustilles et des biscuits sont relativement stables.

«On se demande pourquoi plusieurs gouvernements provinciaux réglementent le prix des boissons alcoolisées alors que celui des aliments sains fait l'objet de variations importantes. Et pas seulement dans les régions les plus éloignées du pays; c'est aussi le cas dans certains centres urbains importants», souligne Lise Bertrand, porte-parole de la Fondation des maladies du cœur ainsi qu'agente de planification et de recherche et nutritionniste à la Direction de santé publique de Montréal.

Trop chers pour en manger

Pour la Fondation, ces différences ont des conséquences directes sur les choix alimentaires des Canadiens. «Cette situation ne peut qu'encourager les comportements alimentaires malsains, qui entraînent à leur tour l'obésité et les facteurs de risque associés aux maladies du cœur», soutien le Dr George Honos, porte-parole de la Fondation des maladies du cœur et chef du département de cardiologie du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Les résultats d'un sondage mené auprès de 1400 personnes tendent à confirmer ces craintes, alors que 47 % des répondants ont dit se passer de fruits et de légumes frais, de produits laitiers, de produits à grains entiers, de viande maigre ou de poisson en raison du prix trop élevé de ces derniers. Un ménage sur cinq (19 %) signale devoir renoncer à un type particulier d'aliments en raison du prix presque chaque fois qu'il fait des emplettes. Près du quart des ménages (23 %) se passe occasionnellement de viande maigre et de volaille, et une personne sur cinq (20 %) renonce aux fruits et aux légumes.

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L'accessibilité, un enjeu important

L'étude de la Fondation des maladies du cœur montre également que les aliments sains ne sont pas accessibles à tous. Les légumineuses séchées et les épinards congelés, par exemple, n'étaient pas offerts dans près du tiers des épiceries visitées. Un magasin sur cinq ne vendait pas de poisson congelé sans panure, et on ne trouvait pas de cuisses de poulet fraîches dans plus de 10 % des commerces.

La situation est encore plus grave chez les Premières Nations et les Inuits du pays. Les données provenant de la réserve ont d'ailleurs été exclues parce que certains produits y étaient extrêmement chers ou étaient tout simplement absents.

Autre donnée inquiétante: les produits à meilleure valeur nutritive coûtent systématiquement plus cher. Par exemple, un paquet de riz blanc se détaille en moyenne 4,71 $ alors que la même quantité de riz brun coûte 5,09 $. Un pot de margarine contenant des gras trans se vend 2,79 $ contre 3,29 $ pour la version sans gras trans.

Aliments - Moyenne nationale    

Choix sain pour le cœur - Moyenne nationale

Pâtes: 3,77 $

Pâtes de blé entier: 5,39 $

Riz: 4,71 $

Riz brun: 5,09 $

Margarine contenant des gras trans: 2,79 $

Margarine sans gras trans: 3,29 $

«La saine alimentation est un élément essentiel de la prévention des maladies du cœur, et ce Bulletin de santé devrait nous réveiller quant au fait qu'elle est menacée de devenir inabordable pour bien des ménages canadiens, un problème qui ne peut qu'empirer avec les difficultés économiques actuelles», prévient le Dr Honos.

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Les solutions de la Fondation

Inquiète de la situation, la Fondation demande entre autres aux gouvernements d'exercer une surveillance et de publier des rapports sur le prix des denrées de base afin de donner une chance égale à la population et à tous les intervenants de la chaîne alimentaire d'explorer les inégalités signalées dans les coûts et les promotions d'aliments entre les diverses localités canadiennes. Aux entreprises alimentaires, détaillants en alimentation et offices de commercialisation, elle demande d'afficher des prix et promotions plus équitables dans les diverses collectivités du pays.

La Fondation cofinance une chaire de recherche nationale en santé publique sur les enjeux liés à la saine alimentation avec les Instituts de recherche en santé du Canada. Elle procède actuellement à un appel de propositions auprès des chercheurs intéressés à mener une étude internationale sur les preuves que les subsides agricoles, les politiques de prix et les mesures fiscales incitatives ou dissuasives affectent le prix des divers types d'aliments ainsi que leur impact sur la santé.

Saviez-vous que?

Dans l'ensemble, les fruits, légumes et produits laitiers représentent presque 40 % du prix du chariot à provisions à peu près partout au pays, à l'exception du Nunavut et des Territoires-du-Nord-Ouest, où ils constituent près de 50 % de la facture d'épicerie.

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Lire aussi: Une saine alimentation n'est pas forcément coûteuse

Source

Bulletin de santé 2009 des Canadiens et Canadiennes, de la Fondation des maladies du cœur

Carte interactive sur les prix des aliments sains de base selon les régions du Canada

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