Grossesse

J'ai accouché à la maison

iStock Photographe : iStock Auteur : Coup de Pouce

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J'ai accouché à la maison

Donner naissance chez soi, n’est pas réservé aux futures mères qui rejettent la médecine interventionniste. Après deux accouchements à l’hôpital, j’ai accouché à la maison avec une sage-femme. Témoignage d’une expérience intense et merveilleuse.

Ma grand-mère était une femme formidable. Toute petite, elle m'amenait voir la maison où elle avait donné naissance à ses enfants et me parlait de ses accouchements en noir et blanc, du temps où les sages-femmes, les curés et les morts existaient encore. Dans son temps, c'était normal de souffrir, de naître et de mourir à la maison.

Pour ma mère, c'était différent. Elle a connu les accouchements en couleur dans des salles d'hôpitaux aseptisés. Les deux pieds dans les étriers, lavement et rasage intégral obligatoires, elle était déqualifiée dès ses premières contractions. Elle ne décidait de rien, comme si la déclarer incompétente était le prix à payer pour qu'une mère ne meure pas en couche.

Réussir mon accouchement

Ma génération est probablement la première de l'histoire à vouloir «réussir» ses accouchements. La première à ne plus percevoir la césarienne comme une victoire sur la mort, mais comme une faiblesse de la mère. À mon premier accouchement, j'ai moi-même eu très peur d'échouer, de ne pas être à la hauteur. J'espérais que tout se passe vite pour être capable de refuser l'épidurale et ne pas perdre la face.

Les conversations entre copines étaient terribles. Une collègue, une sainte, avait réussi à accoucher naturellement après 14 heures de travail. Une autre avait vécu une césarienne et vivait difficilement le «deuil de l'accouchement vaginal». Elle comptait se reprendre en réussissant son allaitement. Mon conjoint comparait nos échanges au jeu de celui qui pisse le plus loin. Il se payait notre tête en raillant que, lui aussi, s'il en avait l'occasion, il se ferait amputer à froid comme ses ancêtres. Pour vivre ce qu'ils ont vécu et être fier de lui!

Quand les douleurs de mon premier accouchement ont été insupportables, je me suis rappelé cette blague. Elle m'a permis d'assumer pleinement mon désir d'accoucher sans douleur. Mon amour pour la modernité s'est manifesté une seconde fois à la naissance de ma deuxième fille qui, elle aussi, a vu le jour avec l'épidurale.

Apprivoiser l'idée d'accoucher chez soi

Il m'a fallu vivre une profonde remise en question pour que l'idée d'accoucher à la maison avec une sage-femme me traverse l'esprit. J'ai vécu, lors de l'interruption médicale de ma troisième grossesse, le deuil d'un bébé mort-né. À ce moment, j'aurais pu gravir le Kilimandjaro, partir pour Saint-Jacques-de-Compostelle ou visiter un ashram en Inde. Mais c'est chez moi que j'ai décidé de me donner rendez-vous. Le bébé suivant allait naître à la maison.

Avec sa formation scientifique, convaincre mon conjoint n'était pas gagné. Or, la première rencontre à la maison de naissance a été concluante: les sages-femmes ne portaient pas de poncho, elles avaient suivi une formation universitaire de quatre ans et possédaient un sens de l'humour hors du commun. Nous étions séduits.

Au fil des rencontres, notre sage-femme a su accueillir notre peine d'avoir perdu notre troisième bébé, répondre à nos questions et atténuer les craintes que nous avions face à l'accouchement à domicile. Parce qu'accoucher chez soi, ce n'est pas seulement vivre un accouchement naturel. C'est aussi perdre la sécurité et l'encadrement psychologique que peut procurer une institution, qu'il s'agisse d'un hôpital ou d'une maison de naissance.

Dans mon cas, toute une préparation mentale a été nécessaire. Je lisais compulsivement le livre Une naissance heureuse d'Isabelle Brabant pour réaliser qu'il ne s'agissait plus de bien faire ou de réussir mon accouchement, mais plutôt de me découvrir. De développer mon intuition, voire même mes instincts, pour faire confiance à mon corps et l'écouter.

Pendant mes nuits d'insomnie, je doutais. Je réveillais mon conjoint pour lui raconter mes angoisses. Je m'imaginais souffrir dans une maison en désordre, au milieu des jouets et des cabanes en couvertures de mes grandes. J'embarquais agonisante dans une ambulance pour subir une césarienne d'urgence. Et si le bébé mourait par manque de soin? L'horreur.

Accoucher à la maison

Puis un beau matin, sans que je ne sache trop pourquoi, j'étais parfaitement sereine à l'idée d'accoucher chez moi. Lorsque les premières vraies contractions ont commencé, ma mère est venue prêter main-forte à mon conjoint pour faire souper les enfants. Pendant le travail, nous prenions un café, faisions la vaisselle et regardions la télé. Mon conjoint a couché nos grandes filles au sous-sol, tandis que ma mère et moi ramassions les jouets qui traînaient avant l'arrivée de la sage-femme.

Les contractions étaient beaucoup plus faciles à prendre dans le contexte quotidien de ma vie familiale. J'étais libre de mes mouvements. Mon homme qui, à l'hôpital, ne pouvait détacher les yeux du moniteur de surveillance électronique se fiait maintenant à mes réactions pour connaître l'intensité des contractions.

Nos filles étaient déjà dans les bras de Morphée quand la sage-femme a frappé à notre porte. Mon conjoint et moi formions un duo du tonnerre dans la gestion des contractions. La sage-femme a préféré rester à l'écart pour ne pas briser la belle complicité qui nous unissait. Deux heures plus tard, notre petite chérie se pointait le bout du nez. Nos filles se sont réveillées pour rencontrer leur nouvelle soeur et nous avons pris une collation tous ensemble au beau milieu de la nuit!

Mettre notre enfant au monde dans la douceur de notre foyer a été un moment si merveilleux et intense que nous l'avons répété deux ans plus tard. Notre petite dernière a été plus longue à venir et la douleur beaucoup plus intense, mais j'ai ressenti cette même satisfaction, ce même bonheur de l'avoir vu naître parmi les siens, à la maison.

Aujourd'hui, je peux affirmer que l'accouchement à la maison avec une sage-femme m'a révélé à moi-même et m'a peut-être fait découvrir une voie mitoyenne entre les vécus des deux générations de femmes qui m'ont précédée. Une avenue à la fois sécuritaire et humaine.

  

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