Grossesse

Bébé ou boulot?

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Auteur : Coup de Pouce

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Bébé ou boulot?

Aujourd’hui, de nombreuses mères se demandent si elles devraient rester à la maison plus longtemps, auprès de bébé. Deux spécialistes de l’enfance élucident le sujet.

Le Québec vit un baby-boom depuis 2001. Confrontées à un accès difficile aux services de garde et à différentes études sur l'éducation, les mamans se demandent de plus en plus si elles devraient rester plus qu'un an à la maison avec bébé, pour toutes sortes de raisons, dont le développement de l'enfant. Comment trancher? Comment décider ce qui est mieux pour bébé et puis... ce qui est mieux pour maman? Bien des femmes semblent vouloir rester deux ans à la maison. Est-ce LA solution ou est-ce malgré tout du cas par cas?

L'importance de l'attachement dès la naissance
Les premières années de la vie sont fondatrices et déterminantes pour le développement de la personne. Comme l'explique Caroline Bouchard, professeure en éducation à la petite enfance, psychologue du développement de l'enfant et auteure du guide pédagogique Le développement global de l'enfant de 0 à 5 ans en contextes éducatifs, « le développement de l'enfant est comme un casse-tête qui comprend différentes pièces : il y a les développements neurologique, moteur, socio-affectif, cognitif et langagier et ces cinq morceaux s'intègrent l'un dans l'autre de manière à former le tout qu'est la personne ».

Dès la naissance, il est primordial de développer avec l'enfant une relation d'attachement sécurisante en répondant à ses besoins, en lui parlant, en le touchant, en le berçant, etc. Cette base affective permettra à l'enfant d'être plus autonome par la suite. « S'il développe un modèle interne sain dans sa relation d'attachement, l'enfant sera bien avec les autres personnes qui l'entourent, réussira mieux à l'école et vivra de meilleures relations en tant qu'adulte ».

 

La garderie après 18 mois
Le pédiatre Jean-François Chicoine, que l'on connaît notamment pour son essai Le bébé et l'eau du bain, prône la garde à la maison en bas âge : « avant l'âge de 18 mois si l'enfant ne voit pas son parent pendant quelques heures, il ne s'en souvient plus et deviendra inquiet. À partir de 18 mois par contre, il est capable de se rappeler son parent ce qui lui évite de se sentir abandonné si on le place en garderie, il est plus autonome et plus individualisé. »

L'idéal est donc, selon lui, que d'un à deux ans, l'enfant soit le plus souvent possible avec son parent pour développer sa sécurité affective. « Plusieurs enfants seront insécurisés par des services de garde, car ils y seront trop longtemps dans un moment important de leur développement. Si l'on trouve le bon service, ça peut être quelque chose de formidable, mais si la structure n'est pas adéquate, il vaut mieux garder l'enfant à la maison » nous explique le Dr Chicoine.

L'influence de l'amour de maman
À partir de différentes études, Caroline Bouchard précise que cela dépend de l'enfant lui-même, de la qualité de son service de garde et de « la sensibilité de la mère qui favorise chez l'enfant un sentiment de sécurité. Si la mère est sensible à son enfant, à ses besoins, qu'elle est là pour lui, cela influencera l'attachement de son enfant plutôt que la fréquentation ou non d'un service de garde dans la première année de sa vie. »

Les clientèles tirant avantage d'un service de garde

 

Avant de décider de rester un an ou deux de plus à la maison, certains critères sont à considérer.

Les familles isolées ou aux prises avec des problèmes économiques, ne bénéficiant pas d'un réseau de soutien ou vivant une réalité de couple difficile ont intérêt à faire appel aux garderies plutôt que d'exposer leurs enfants à certaines lacunes et certains stress. « Un service de garde de qualité procurera de nombreux avantages à un enfant dont la maman est en détresse, que ce soit psychologique ou pécuniaire, qui vit du stress ou de l'anxiété, qui est en chômage, qui n'a pas un haut degré de scolarité ou qui fume » affirme le Dr Chicoine.

 

Et qu'en est-il des mamans qui, sans présenter ces critères, préfèrent retourner sur le marché du travail après le congé gouvernemental d'un an?

Selon les deux spécialistes, c'est le bien-être de la mère qui prime, car celui-ci aura un impact direct sur son enfant. Une mère heureuse qui revient à la maison pleine d'énergie, car elle aime son travail, sera favorable à l'enfant plus qu'une mère qui se sent lésée de rester à la maison. Comme le souligne Caroline Bouchard, « si la relation avec la mère est sécurisante et positive, l'enfant pourra reproduire ce modèle de fonctionnement avec son éducatrice, notamment lorsque cette relation est de qualité et surtout si on l'intègre graduellement au service de garde ».

L'évolution de l'enfant pourra donc être aussi bénéfique en service de garde qu'à la maison si celui-ci se retrouve dans un environnement chaleureux, stimulant et qui respecte ses besoins et ses champs d'intérêt.

Comment bien évaluer un service de garde?
Pour évaluer si un service de garde est favorable au développement, Caroline Bouchard nous donne quelques pistes:

1- La santé et la sécurité:
  • Est-ce que l'environnement est adapté aux petits?
  • Les repas contiennent-ils tous les groupes alimentaires?
  • Est-ce que les horaires et les heures de sommeil sont adaptés aux enfants?
  • Les enfants jouent-ils dehors?
  • La qualité et la disposition de l'environnement sont-elles adéquates; les chaises sont-elles au niveau de l'enfant, est-ce qu'il y a des jouets, des livres de qualité et en quantité suffisante?

 

2- Le service de garde respecte-t-il le programme éducatif « Accueillir la petite enfance » du Ministère de la Famille (MFA, 2007)?

 

3- Relation avec les éducateurs: la qualité de la relation et la communication avec l'éducatrice est-elle bénéfique? Le parent qui communique avec son éducatrice l'aidera à mieux intervenir tout comme l'éducatrice qui communique avec le parent permettra aussi au parent de mieux connaître ce que vit son enfant.

 

Chacun sa réalité
Chaque famille vit une réalité différente tant au niveau de ses moyens financiers, de ses ressources, de son groupe de soutien que par la nature et le comportement des différents bambins. Pour chaque enfant, des solutions distinctes s'imposent. Que le parent reste à la maison plus longtemps ou que l'enfant soit placé en service de garde comme 43 % des petits Québécois d'un à deux ans, l'important est surtout de rester à l'écoute de son enfant et de sa réalité particulière.

 

Un peu plus sur le sujet:
  • Le Bébé et l'eau du bain: Comment la garderie change la vie de vos enfants, Dr Jean-François Chicoine et Nathalie Collard, Québec Amérique, 2006.
  • Le développement global de l'enfant de 0 à 5 ans en contextes éducatifs, Caroline Bouchard, Presses de l'Université du Québec, 2008.
  • Site gouvernemental du Ministère de la Famille  

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