0-5 ans

Quand bébé commence-t-il à parler?

� Istockphoto.com Photographe : � Istockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

0-5 ans

Quand bébé commence-t-il à parler?

On sous-estime souvent l'importance de la première année de vie dans le développement du langage. On croit souvent à tort que bébé commencera à parler après son premier anniversaire. Et pourtant!

Qu'est-ce qui se passe pendant la première année de vie qui soit si pertinent au développement linguistique?

Zéro à un an: la période prélinguistique

Pendant les 12 premiers mois de la vie, l'enfant apprend les mécanismes de base de la communication et de la conversation à un niveau non verbal. C'est que l'on nomme la période prélinguistique. Le bébé réalise très rapidement que la plupart de ses cris et de ses pleurs provoquent l'apparition de l'adulte. Le langage n'est pas la parole. Le langage est un code de communication. La parole est l'acte moteur qui permet l'un des modes de communication: la communication verbale. Le langage est aussi fait de gestuelle, de graphisme. Il est porteur de signifiants, de liens entre l'émetteur et le récepteur.

De 0 à 2 mois

Le nourrisson produit des cris réflexes et des pleurs pour indiquer la faim, l'inconfort, l'ennui, son malaise ou le besoin d'être changé.

Les pleurs sont un bon moyen de communication. Décoder les variantes de pleurs apporte beaucoup de satisfaction aux parents qui exercent ainsi leur sentiment de compétence. Parfois, le bébé criera juste pour le plaisir de s'entendre. Mais il s'arrêtera de pleurer en s'écoutant pleurer sur un enregistrement de ses propres pleurs.

L'enfant sursaute aux bruits violents dès les premières heures. Il discerne la voix humaine, discerne les sons qui appartiennent ou non à une langue en particulier. Il faut dire qu'il a pris un peu d'avance en les étudiant avec beaucoup d'intérêt durant la vie intra-utérine. D'ailleurs, dès la naissance, il reconnaît bien la voix de sa mère et tourne son regard vers elle.

De 2 à 6 mois

Le bébé apprend qu'il exerce une maîtrise sur l'environnement par ses pleurs. Le sourire apparaît au départ comme un signe de satisfaction physique, puis comme manifestation sociale. Accompagné du contact visuel, il est le premier mode de communication.

Le gazouillis, surtout relié au plaisir, surgit vers 3 mois et est constitué de sons répétés, prolongés, mélodiques («eee, ggg, aaa») majoritairement constitués de voyelles. Le bébé découvre alors de quoi il est capable.

Vers 4 à 5 mois

À travers ses vocalises de plus en plus diversifiées, l'enfant établit les bases de la conversation. Il comprend l'intonation et le faciès de l'adulte fâché. Il accorde une valeur sémantique à quelques objets familiers, parents, biberon, son chien, son jouet musical. Il commence à comprendre le principe du «chacun son tour», à la base de tout échange verbal.

De 6 à 12 mois

Avec la venue des consonnes dans le vocabulaire du bébé, le babillage apparaît. Ce répertoire se constitue de chaînes syllabiques («bababa», «gueguegue») qui se modèleront de plus en plus sur la couleur phonétique de la langue maternelle, et ce, à partir de 8 mois. À 9 mois déjà, le bébé chinois a donc des intonations typiques de mandarin ou de cantonnais, le bébé français, des intonations de français.

Graduellement, l'enfant va démontrer par plusieurs indices qu'il s'aperçoit que les mots sont porteurs de sens. L'enfant commence aussi à utiliser un langage gestuel pour se faire comprendre, tendant les bras pour se faire prendre par l'adulte. Il aura également appris que le fait de secouer la tête en disant «non» renforce le message. On note ensuite une augmentation sensible de séquences de syllabes plus complexes et d'intonations variées, reproduisant les modulations d'une conversation.

Vers la fin de ce cycle, le premier mot est émis, un des premiers pas importants dans le monde symbolique. L'enfant dit «papa» ou «maman». La compréhension se limite au contexte des routines quotidiennes: repas, bain, coucher, etc.

Vers le 12e mois, quelques mots peuvent cependant être identifiés en présence du signifié : «maman, lait, dodo». Les mots peuvent ne pas être dits dans le contexte approprié. Ça viendra.

Bébé peut comprendre son nom et «non». À remarquer que l'enfant comprend toujours un peu plus vite qu'il ne parle.

De 12 à 18 mois

De 12 à 18 mois, l'écholalie d'apprentissage, le fait de répéter les mots ou les fins de phrase comme un écho, conduit à l'émergence des 10 à 50 premiers mots, environ 5 à 6 mois donc après les premiers mots. Ce répertoire comporte principalement les noms et verbes de la vie courante. Au départ des objets et des personnes, puis ensuite des actions. Les mots qui contiennent des «r» sont réputés plus difficiles. L'enfant utilise des onomatopées pour signifier des objets qui bougent ou qui font du bruit: «vroum-vroum, wouf-wouf».

L'enfant utilise aussi parfois des mots à valeur de phrase: «auto» pour «je veux aller en auto». Au terme de cette période, ou un peu au-delà pour certains enfants, la juxtaposition de deux mots commence. Elle est émise occasionnellement: comme «non dodo, encore jus, auto papa, parti Fido». Le jargon-babillage prédomine. Les gestes primaires suppléent ou accompagnent l'expression orale: indique du doigt, fait non de la tête, fait bye-bye, tend les bras.

La compréhension s'effectue sur un mode uniquement concret et verbo-contextuel et demeurera quasi absolument dépendante du contexte familier jusqu'aux environs de 2½ ans. Ainsi, bébé comprend «viens dans le bain, on s'en va dehors, viens manger», etc.

À cette époque, les différences peuvent être grandes d'un enfant à l'autre. Les parents doivent s'en souvenir.

Pour favoriser le développement du langage

Voici quelques conseils pour favoriser le développement du langage du très jeune enfant.

Au cours de la première année de vie, l'enfant apprend à communiquer à un niveau pré-linguistique. C'est en communiquant avec l'enfant de toutes les façons possibles et en utilisant aussi bien les sons que les gestes, les mimiques faciales et les attitudes corporelles qu'on prépare le langage.

Dès les jours qui suivent sa naissance, il faut entrer en contact avec l'enfant en lui parlant, le touchant et le caressant. Il ne faut pas toujours prévenir ses désirs mais bien l'amener à les exprimer. Ainsi, on peut stimuler l'enfant à tendre les bras pour être porté plutôt que le prendre dans les bras avant qu'il en ait manifesté le désir.

Dans le dernier tiers de la première année, on favorisera l'organisation de la «conversation» en prise de paroles successives et rapprochées en verbalisant dans les intervalles laissés libres par l'enfant et en le stimulant à intervenir à son tour.

Vers la fin de la première année, on favorisera la compréhension de quelques mots familiers en établissant aussi clairement que possible devant l'enfant la relation entre le mot et l'objet, la personne ou l'événement désigné.

Vers l'âge d'un an, l'enfant commencera à dire ses premiers mots. Il faut répéter souvent pour que l'enfant enregistre fréquemment les mêmes mots. Il est bon de parler lentement, en exagérant un peu l'articulation.

On dira qu'un mot est une séquence de sons, mais un mot a aussi un sens, un contenu. Il ne faut pas être trop exigeant en matière d'articulation car on risque de bloquer le développement communicatif de l'enfant. Il vaut mieux que l'enfant exprime 20 ou 30 mots avec une articulation approximative que 10 mots avec une articulation parfaite.

Un bon environnement linguistique pour l'enfant qui apprend le langage est celui dans lequel le langage adressé par l'adulte à l'enfant est adapté au niveau expressif et réceptif de ce dernier. Le niveau de complexité du langage adulte change avec l'évolution linguistique de l'enfant.

Ainsi, le langage de l'adulte doit toujours être un peu plus complexe que celui de l'enfant à qui il s'adresse.

En effet, si le décalage entre les deux niveaux de langage est trop important, le progrès linguistique de l'enfant s'en trouvera ralenti. Si au contraire, le décalage entre le langage de l'adulte et celui de l'enfant est trop faible, l'enfant se trouvera dépourvu d'un modèle linguistique suffisamment évolué, ce qui risque de freiner son développement linguistique. Un décalage moyen est sans doute optimum pour favoriser le développement langagier de l'enfant.

À noter aussi que la maîtrise de la parole peut être retardée, de quelques mois à un an, chez l'enfant dont les deux parents ne parlent pas la même langue.

Source

Chevrier Muller, C., Nargona J. (1996). Le langage de l'enfant: aspects normaux et pathologiques. Masson, Paris, 1996.

 

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