Loisirs et culture

Rencontre avec Catherine-Anne Toupin

Laurence Labat Auteur : Coup de Pouce Crédits : Laurence Labat

Loisirs et culture

Rencontre avec Catherine-Anne Toupin

À la télévision, on l'a d'abord vue dans Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin, où elle incarnait la malicieuse Mélissa. Elle joue présentement les déséquilibrées (Nancy Grimard) dans Mémoires vives et les délinquantes perturbées (Shandy Galarneau) dans Unité 9. Pourtant, la fille assise devant moi est visiblement bien dans sa peau. Même si elle aime dire d'elle-même qu'elle est une angoissée finie!

Naissance d'une passion

«Ma soeur et moi, on a été aimées comme c'est pas possible, affirme Catherine-Anne. Ploguées sur le 220 par deux parents qui auraient fait n'importe quoi pour qu'on soit heureuses.» Encore aujourd'hui, quand elle se rend visiter ses parents, sa mère peut leur faire de grandes déclarations d'amour, à elle et à sa soeur Sophie. «Disons que, quand on est aimées de même, c'est dur d'être en manque!»

Pour bien des comédiens, le métier qu'ils pratiquent vient d'un besoin sans fond d'être aimé, mais Catherine-Anne ne recherche pas ce genre de lumière. En devenant comédienne, sa seule ambition, c'était de créer, de jouer. «Ça me vient peut-être de ma grand-mère, raconte-t-elle. Elle était folle du cinéma américain des années 50 et elle m'a transmis sa passion. Pendant que mes amies tripaient sur les vedettes de l'heure, moi, je me fascinais pour Audrey Hepburn, Humphrey Bogart ou Clarke Gable. J'avais 5 ans et je savais que je voulais pratiquer ce métier.»

À la maison, sa mère nourrit sa passion, l'amène au théâtre et lui fait découvrir Corneille, Racine, Molière. Née à Ottawa - son père est passé de fonctionnaire fédéral à provincial, ce qui explique qu'elle ait grandi à Cap-Rouge, en banlieue de Québec -, le bilinguisme s'est vite imposé. Et cette richesse culturelle lui ouvre des portes. «Vers 19 ans, je suis allée me faire voir chez les anglophones pour comprendre que le Québec avait tout à m'offrir. Revenir fut un choix. J'ai voulu bâtir ma carrière ici, parce que je trouve notre vie culturelle et notre potentiel créatif nourrissants, riches.»

 

 

L'intellectuelle en elle dit ça, mais la terre-à-terre affirme du même souffle qu'on n'a pas besoin de se prendre la tête à deux mains et s'obliger à comprendre une oeuvre hermétique qui ne nous parle pas pour se reconnaître. Celle qui monte sur les planches chaque année depuis 14 ans, qui écrit pour le théâtre et pour la télévision, qui a co-fondé sa propre compagnie de théâtre (Ni plus ni moins) et qui écrit des pièces diffusées ici mais aussi traduites en allemand et en italien, se réjouit de voir des classes entières venir voir du théâtre, son dada. «Je donne beaucoup de poids au métier que je pratique, dans le sens où je crois que le monde en a besoin. Je crois fondamentalement que l'art dans une vie est d'une importance capitale. La capacité de se raconter, c'est une invention encore plus importante que la roue!»

Succès et amour

C'est d'ailleurs au théâtre qu'elle a rencontré son homme. C'était il y a sept ans, alors que tous deux étaient de la distribution de la pièce Appelez-moi Stéphane. Le grand ami de Catherine-Anne en était le metteur en scène, et lorsqu'il lui a dit à l'oreille qu'Antoine était un gars pour elle, elle n'a pas saisi tout de suite son propos! Tous ceux qui veulent entendre - et s'amuser - des détails de cette rencontre peuvent visionner, sur tou.tv, l'épisode 6 de l'actuelle saison de Prière de ne pas envoyer de fleurs, où Antoine assiste à son hommage posthume. Catherine-Anne y partage avec beaucoup d'humour cette étonnante rencontre. Humour, et émotion, aussi.

«J'ai trouvé très touchant de me faire dire publiquement que dans mes moments les moins sexy - le soir, en bobettes, étendu sur le divan - elle me regardait et me trouvait beau, avoue Antoine Bertrand. On a de la chance de vivre ça, Catherine et moi. Et on essaie de rester discrets, parce que l'amour, ce n'est pas une chose facile dans tous les couples. Mais nous, nos plus grosses chicanes, c'est quand je lui offre un verre d'eau et qu'elle me dit: "Non, merci." Je l'ai avertie, déjà: des malentendus de la sorte, je ne pourrai pas vivre avec ça encore très longtemps!» Où est le psy qui a dit que l'amour ne durait que deux ans?

Je l'observe, elle, au-dessus de l'assiette de tapas qu'on partage sans façon et je me dis qu'il n'est pas étonnant qu'elle célèbre une telle percée populaire. Trentenaire, peut-être, mais avec énormément de métier! «Alors que je travaille sans relâche depuis 10 ans, bien des gens croient, à tort, que je viens de commencer», dit-elle en faisant allusion au battage médiatique dont elle a été l'objet, l'an dernier, lorsqu'elle a remplacé son amie, la comédienne Suzanne Clément, dans Unité 9. Ce qui fait dire à son amoureux qu'il se sent un peu comme Monsieur Toupin, ces derniers temps. Et que ça le rend tellement content!

 

«Foncer, malgré toute la pression qu'il y avait autour du remplacement de ce rôle-là, c'était difficile. Ma blonde a du cran! Et quand je la vois réussir, je ne peux qu'être fier d'elle, et fier pour elle!» Mais ce succès qui la met soudain dans la mire est loin d'être instantané. D'abord, à sa sortie du Conservatoire, la belle a dû aller de l'avant, créer une compagnie de théâtre et se mettre à l'écriture pour se créer du travail. À date, au sujet de sa carrière, deux faits s'imposent: elle n'a rien eu tout cuit dans le bec et, même avant d'être hyper médiatisée, elle bossait régulièrement.

Avec Boomerang, à TVA, elle partagera la vedette avec son bel Antoine dans une comédie romantique qu'elle a elle-même créée. «Quand j'étais adolescente, mon père travaillait beaucoup. Lorsqu'il était à la maison, on le voyait souvent sérieux, soucieux, aux prises avec ses dossiers. Mais nous écoutions ensemble des sitcoms et des comédies. J'ai des souvenirs précis d'être avec mon père, devant la télé, et de le voir rire aux éclats. C'était tellement rassurant. Et bon! J'ai pensé à ces moments en créant Boomerang. Et j'espère sincèrement les faire vivre à d'autres.»

Mais pour le moment, elle savoure une victoire bien plus récente. Catherine-Anne Toupin n'en était pas à son premier tour au bâton avec sa série. Elle a vu trois de ses projets mourir au chantier. Ça représente des années de travail. Parfois, elle se décourageait; toujours, Antoine la remontait. Elle est capable d'avouer qu'elle en a sué un coup. Catherine-Anne n'est pas du genre à jeter de la poudre aux yeux. Sans fard, la vedette québécoise est à des années-lumière des paillettes et des ego des stars. Le chapeau en tweed qu'elle porte ce jour-là, avec une fleur en appliqué, sur le côté, lui donne plutôt des airs seventies. Femme fatale ou fille des bois? Mains dans la pâte ou nez dans les livres? Essayez de mettre Catherine- Anne Toupin dans une case, juste pour voir...

«C'est vrai que, dans certaines entrevues, je me suis décrite de manières assez différentes, avoue-t-elle. Ça peut paraître contradictoire. Je suis une fille qui est bien dans l'action. Sur un plateau ou dans une salle de répétition, je suis toujours enjouée. C'est dans l'action que la fille de gang prend toute la place. Là, je peux me montrer énergique, drôle, dynamique, audacieuse, même. En équipe, je suis comme un poisson dans l'eau. Je suis une team player

Par contre, avant ou après l'action, dans les périodes de préparation d'un nouveau projet, ou après une période intense de travail, lorsque le calme revient, elle se sent différente. «C'est dans ces moments-là que mon côté plus cérébral, plus introspectif, plus angoissé apparaît. Et comprenons-nous bien, ce n'est pas quelque chose de négatif. Au contraire, ce sont des périodes où je plonge en moi pour refaire le plein. Ce sont des périodes où j'ai besoin de plus de solitude, de silence, d'introspection. Ce sont des moments où je doute davantage de moi, aussi, où mon humour devient plus sombre.» Mais l'autre, dans le couple, veille au grain, s'occupant de lui rappeler qu'elle est son petit rayon de soleil. Et elle s'illumine.

Les plaisirs de Catherine-Anne

1. Raquette. Je peux partir pendant deux heures, toute seule, dans le bois, l'hiver. L'été, je pars marcher. Je n'attends pas après les autres. Je suis autonome.

2. Entraînement. J'ai besoin d'activité physique intense. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour mettre mon cerveau à Off. Je fréquente Mario chez Energie Cardio. Ça fait 8 ans que je poursuis cet entraînement, en faisant de petites pauses. D'ailleurs, tiens, il faut que je m'y remette. Aussitôt que j'arrête de travailler 14 heures par jour, j'y retourne!

3. Vélo. Je suis la porte-parole du Tour de l'île de Montréal. Et à Montréal, je me déplace en BMX. J'ai un permis, mais je ne conduis pas; je suis beaucoup trop dangereuse!

4. Le cinéma d'après-midi. Comme je n'ai pas les mêmes horaires que les autres, j'aime me réfugier dans une salle à moitié vide, un mardi après-midi. Privilège et bonheur incroyables!

5. La forêt, le chalet. Habillée en mou, loin du rat race. Wow... Aussi souvent que possible!

6. Un bon thriller. L'un des derniers que je recommanderais à un ami? Gone Girl, de Gillian Flynn, c'est ben ben ben bon. Et pour ceux qui n'ont pas peur du glauque - et le mot est faible! -, je dirais Department Q, de Jussi Adler-Olsen.

Échange de coups

Coup brutal. Ma première grande peine d'amour. Ça m'a jetée à terre et ça m'a pris des mois pour m'en remettre. Heureusement, la vie avait d'autres projets pour nous deux, car aujourd'hui, cet homme est encore dans ma vie, c'est même mon meilleur ami.

Coup d'audace. Me rendre toute seule à TVA avec mon projet de télé sous le bras. J'étais tellement terrorisée à l'idée de présenter mon concept aux dirigeants du réseau, je pensais que j'allais m'évanouir. Mais j'ai osé et j'en suis très fière.

Coup de balai. Ça, il faudrait que j'en donne un plus souvent... Disons que je ne suis pas une fée du ménage.

Coup de chapeau. À Fabienne Larouche. Elle a été d'une immense générosité avec moi quand j'ai repris le rôle de Shandy dans Unité 9. Elle n'a jamais cessé de m'encourager et de me soutenir dans cette aventure. Je lui dois beaucoup. Merci, chère Fabienne.

Coup de coeur. Un long week-end à New York. Deux fois par année, je pars 4 ou 5 jours à New York pour voir du théâtre et pour faire du shopping. Ces courtes escapades me rendent follement heureuse!

Coup de couteau. La truffe. Je capote sur la truffe. J'en mettrais dans tout.

Coup de dés. Un projet artistique! Il réside un grand mystère autour du succès d'une oeuvre artistique. Chaque fois qu'on plonge dans un nouveau projet, on ne sait jamais si ça va marcher ou non. C'est un saut dans le vide. Des fois, même en réunissant plein d'artistes talentueux, le gâteau ne lève pas. Il n'y a tout simplement pas de recette pour créer une grande oeuvre. Et chaque fois que je participe à une pièce de théâtre ou à une série télé qui connaît un immense succès, j'ai l'impression de faire partie d'un petit miracle!

Coup de soleil. J'en rêve! Voyager, c'est ce que je préfère. Chaque fois que je pars loin, j'ai l'impression de me redécouvrir. C'est fou comme on se sent libre et vivant lorsqu'on est loin de tous nos petits tracas quotidiens.

Coup inattendu. Ma rencontre avec mon amoureux, Antoine Bertrand. Ça faisait trois ans que j'étais célibataire et que je ne fréquentais que des «adulescents». Inutile de préciser que des gars dans la trentaine qui ont envie de s'engager, il n'y en a pas beaucoup sur le marché. J'avais presque abandonné l'idée de rencontrer, un jour, l'âme soeur. Et voilà que Mister Bertrand est arrivé sur ma route... Je souhaite à toutes les femmes qui cherchent l'amour de rencontrer un homme comme Antoine. Ça change une vie!

Coup pendable. Quand j'étais jeune, ma soeur et moi faisions des coups de téléphone. On enregistrait nos victimes sur un vieux magnétophone et on les faisait écouter à nos amis dans l'autobus scolaire. Je suis un peu gênée de dire que c'était une de nos activités préférées après l'école et j'étais particulièrement redoutable en la matière. Mais on a ri! Mon Dieu qu'on a ri!

Cliquez ici pour découvrir la vidéo des coulisses de la séance photo

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