Loisirs et culture

On rencontre France Beaudoin

On rencontre France Beaudoin

Auteur : Coup de Pouce

Loisirs et culture

On rencontre France Beaudoin

Il faut se lever de bonne heure pour réaliser une entrevue avec France Beaudoin. D'abord parce que son horaire est bien plein, mais surtout parce qu'elle s'intéresse autant à vous que vous, à elle. De fil en aiguille, elle vous questionne et, comme elle est affable, vous vous sentez confortable, vous vous confiez... et rapidement, vous vous retrouvez dans la peau de l'intervieweur interviewé! Heureusement, elle donne aussi.

Ceux qui la suivent depuis longtemps se souviendront peut-être d'un segment à l'émission Deux filles le matin, à TVA, où, pour une rare fois, l'animatrice ne s'était pas impliquée. Le sujet: la famille recomposée. On savait pourtant que c'était sa réalité. Par respect pour son entourage, France Beaudoin était restée à l'écart.

C'est connu, elle est mariée à Vincent Graton, qui, lui, est père de deux enfants dont la maman est la comédienne Geneviève Rioux. Vincent et France sont ensuite devenus les parents de Juliette, adoptée en Chine, puis de Théo, dont France est devenue enceinte alors que la petite Juliette arrivait à peine au sein du clan. «La famille recomposée, ce n'est pas simple, concède-t-elle. On multiplie les intervenants et les horaires. C'est costaud! Mais je peux aussi dire que c'est une aventure extraordinaire.»

Loin de laisser entendre que tout a été facile pour sa gang, elle saisit du bout des doigts ce sujet délicat et encourage l'ouverture. «Si on pouvait au moins dire que c'est difficile pour tout le monde, il me semble que ça enlèverait un poids. La famille reconstituée est un modèle qui fait de plus en plus la norme. Pourtant, on parle peu des immenses défis qui s'y rattachent. Il y a beaucoup d'éléments dont il faut tenir compte.

Par exemple, la loyauté à laquelle s'obligent les enfants envers les deux familles qui les entourent. Les jeunes se mettent une telle pression sur les épaules pour essayer de plaire, ou de ne pas déplaire! Je n'ai pas honte de le dire: on s'est fait aider pour faire fonctionner notre gros navire. Une psy est venue à la maison observer notre dynamique et je dois dire que oui, elle a mis le doigt sur certains bobos. Moi, par exemple, si j'avais nommé mes besoins clairement, ça aurait été plus simple pour tout le monde... Tu penses aider quand tu t'effaces. Or, c'est le contraire qui se produit. Il faut être clair et émettre ses besoins. On ne peut pas s'excuser d'exister.»

Si elle arrive à nommer les défis rattachés à la famille recomposée, c'est peut-être qu'elle et sa gang les ont relevés, justement. «Les deux plus vieux ont 16 et 20 ans. Avec la blonde et le chum, on est souvent huit à la maison; c'est une véritable PME. Mais le plus difficile est maintenant derrière nous. Les liens sont créés, et ils sont forts. Quand je vois les petits avec les grands ensemble sur le divan, je sais sans l'ombre d'un doute que notre famille, c'est une grande richesse.»

Parcours avec virages

France Beaudoin est une fille qui aime être là où on ne l'attend pas. Par exemple, après 12 ans chez TVA, elle a surpris tout le monde en démissionnant. Son plan? Aller adopter sa fille Juliette en Chine et s'offrir une année sabbatique. «À l'époque, j'avais dit à mon patron, Philippe Lapointe, que je me sentais comme une fille qui a besoin de partir vivre en appartement. Chez TVA, on m'avait laissé entendre que je serais prête à animer un talk-show dans cinq ans. J'avais alors 36 ans. Je respectais ce point de vue, mais j'avais besoin de sentir que je volais de mes propres ailes. Je suis partie en pleurant...»

Rentrée chez elle, la future maman n'a pas le loisir de prendre l'année sabbatique qu'elle reluque. Elle a à peine le temps de se rendre à la rencontre de Juliette que la télévision d'État lui propose une chose qui la bouleverse: l'animation d'un gros talk-show de fin de soirée, avec horaire aménagé, soit une saison estivale raccourcie, des vacances en juillet et un horaire de quatre jours qui lui laisse du temps pour s'occuper de son bébé. Dans le milieu, ça ressemble à du jamais vu. En prime, et la chose a tristement été rendue publique, on lui offre le double du salaire qu'elle touchait à TVA.

Pourtant, le mot «oui» n'a pas été si facile à prononcer. «Vincent m'a donné son plein soutien, ce qui a toute son importance. C'est ma soeur Josée qui allait écrire mes textes, ce qui me rassurait immensément. Ça fait 15 ans qu'on travaille ensemble; elle sait comment je parle et je parle comme elle écrit! Restait ce dilemme de nouvelle maman qui repart travailler. Ma mère m'a dit: "Si tu restes à la maison, c'est un choix sans reproche. Mais en allant travailler, tu permets aussi à ta fille d'envisager d'avoir le choix quand son tour sera venu." Et puis, elle a ajouté: "On va t'aider."» À l'évocation de ces paroles pleines d'amour et de solidarité, le regard de France s'embue. «À ce compte-là, je n'ai presque plus de mérite», lâche-t-elle avec l'humour qu'on lui connaît.

Mère et femme d'affaires

Aujourd'hui, en plus d'animer, France Beaudoin produit, en collaboration avec La Presse télé, l'émission En direct de l'univers, et sa compagnie, Pamplemousse, qu'elle dirige avec deux autres actionnaires, produit Dis-moi tout.

«Quand je suis devenue enceinte de Théo, mes patrons m'ont permis des aménagements. J'ai accouché en décembre et en janvier, j'ai annoncé que jamais je n'allais faire une quatrième saison de Bons baisers. Ma patronne, Dominique Chaloult (désormais à Télé- Québec), a répliqué: «Tu es en baby blues! Prends le temps et rappelle-moi dans deux mois!» J'ai bel et bien trouvé une structure, et on a pu aménager une vie de famille et une vie professionnelle. Ce n'est qu'au bout de six ans que j'ai senti que c'était assez pour moi. J'en tire un apprentissage: la conciliation travail-famille, ça demande un effort des deux côtés.»

Forte de cette expérience, France Beaudoin se sent une meilleure patronne. «Dans mon équipe, les gens ont tour à tour la possibilité de travailler de la maison et ceux qui disent que c'est moins productif ont tort! Quand tu fais confiance aux autres, ils font tout pour en être dignes. Élever une famille, ce n'est pas un caprice; c'est une décision que j'essaie d'encourager. Dans les milieux de travail, je trouve qu'il y a trop d'éléments que les patrons refusent de remettre en question. Des exemples? Toutes ces voitures sur les ponts à la même heure ontelles vraiment besoin d'y être en même temps? C'est un mode de gestion plus facile, mais pas conçu pour accommoder la famille. Dans ma peau de femme d'affaires, je mise avant tout sur des gens. Alors, je prends mes responsabilités pour que ces gens soient bien. S'il y a une façon de faire mieux, j'essaie de rester ouverte à l'entendre. » Il en résulte une équipe stable autour d'elle depuis quatre ans. Comme une seconde famille. En télé, c'est beaucoup. Entre le bureau et la maison, France Beaudoin n'est peut-être pas à la tête de deux familles. Mais dans son coeur, là, peut-être...

Les plaisirs de france

1. Faire jouer les autres Trompette, clarinette, batterie, piano, guitare... nommez-en! Je viens d'une famille de musiciens. Je ne joue pas, mais j'adore faire jouer les autres. Si vous venez à la maison et que vous grattez d'un instrument, soyez certain que vous allez jouer avant la fin de la veillée!

2. Lire J'aime les bonnes biographies. Mais ces temps-ci, je lis des bouts du Grand Livre du bonheur (Les Éditions de l'Homme). Ce sont des historiettes - un chapitre, une histoire - et les intervenants viennent de tous les pays. C'est comme un morceau sur le bonheur, chaque soir avant de s'endormir...

3. Être dehors J'aime faire du vélo, mais attention: je ne porte pas le kit de Lycra, je suis habillée dépareillée et je n'ai pas les pieds fixés aux pédales, vous voyez le genre? L'été, au chalet, on nage, on pédale, on fait des barbecues et on vit dehors.

4. L'hiver, on danse On est sur la Wii, Vincent, les enfants, les chum et blonde et moi... On a chacun une manette et on rit comme des fous. À huit, dans le salon, chez nous, on danse...

 

Coups en série

Coup double Avoir adopté Juliette, 8 ans, et être tombée enceinte de Théo, 6 ans.

Sacré coup La perte de mon père.

Coup de nostalgie Les 24 décembre, à l'épicerie familiale, quand les clients passaient derrière le comptoir. Cette ambiance-là, je ne l'ai jamais oubliée.

Coup de ciseaux Toutes ces confidences de femmes, échangées sur la chaise de maman, qui était coiffeuse. Je rentrais de l'école, et j'écoutais leurs conversations...

Coup pendable Enfant, j'avais attaché ma soeur au sous-sol avec une ceinture de robe de chambre... et je l'ai oubliée là. Elle m'en veut encore, quand ça fait son affaire. Elle a toujours revendiqué des excuses publiques. Les voici: «Josée, je m'excuse!»

Coups répétés Quand j'étais à CKAC et que j'ai quitté mon poste, à 19 ans. On m'avait alors laissé entendre que jamais plus je n'aurais une telle chance. Depuis, chaque fois que j'ai quitté un job, on m'a laissé entendre la même chose. Chaque fois.

Coup roulé Ça fait au moins 15 ans que je veux travailler avec les enfants. J'avais le concept de Dis-moi tout dans mes poches depuis le temps de Deux filles le matin. Oui, j'ai risqué que quelqu'un d'autre y songe, et j'ai eu peur à une ou deux reprises... Ç'aurait été un coup fatal!

Coup de fatigue On ne la nomme pas assez souvent, celle-là. Elle est pourtant responsable de bien des maux au sein de la famille. Quand c'est plus difficile, dormir s'avère souvent une solution oubliée... mais combien efficace!

Coup de sagesse Il suffit d'un seul saut en bungee pour savoir qu'on y survit. Certaines décisions font peur, mais, avec le temps, on comprend qu'on n'en meurt pas. L'important, c'est ce qu'on apprend. On ne joue jamais sa vie. Il faut cesser de voir nos décisions comme des finalités, ce ne sont que des passages.

Coup d'espoir Laisser la liberté à mes enfants de partir, le moment venu, et les encourager. C'est ce que j'ai reçu, et ce que j'aimerais leur donner.

Coup de crayon J'ai conservé toute la correspondance entre mon chum et moi. Nos débuts, notre histoire, tout y est. Ce sont des fax, mais j'ai même des mots d'amour écrits sur des écorces de bouleau.

Coup de pinceau «Si on se donnait le droit d'être librement heureux, et si on n'était pas l'otage de nos peurs, et si on allait au bout de nos rêves...», une citation d'Alexandre Jardin qui a longtemps orné un mur, à la maison.

 

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