«Il y a quelques années, nos beaux-parents, qui venaient de vendre leur maison, nous avaient demandé de les héberger quatre mois, le temps que leur nouvelle maison soit construite, raconte Robert, 59 ans. Nous sommes partis en vacances pendant deux semaines, tout heureux d'avoir quelqu'un pour veiller sur notre demeure. Mais quelle ne fut pas notre surprise, au retour, de voir tous les meubles du salon déplacés! Ils écoutaient beaucoup la télé et trouvaient ce nouvel aménagement plus fonctionnel! » Robert et sa compagne ont dû expliquer à belle-maman qu'elle était la bienvenue mais... quand même pas chez elle.

Qu'il s'agisse de notre frère qui arrive toujours sans prévenir et fouille dans le frigo sans demander, de notre soeur qui a toujours besoin d'un coup de main, de notre mère qui appelle tous les jours à heure fixe pour s'assurer que tout va bien ou de belle-maman qui nous prodigue gentiment des cours de pédagogie... la liste des situations où l'on peut, à raison, se sentir envahie est longue.

Mais quand peut-on parler d'«envahissement», au juste? «On ne peut pas statuer dans l'absolu sur ce qui est acceptable ou pas», répond André Perron, thérapeute conjugal et familial. À chacune de le dire. Un mot affectueux pour l'un peut blesser l'autre. Des invitations répétées peuvent faire plaisir ou peser lourdement. Tout est question d'intensité de l'insistance, de chimie interpersonnelle et de seuil de tolérance.

Quelle que soit notre sensibilité personnelle à l'envahissement, une chose est sûre, si on se sent lésée par les agissements de notre mère, notre belle-soeur, notre cousin, peut-être, il faut rapidement annoncer nos limites. Pourtant, souligne la psychologue Michelle Parent, qui travaille auprès d'enfants et de familles, «il est plus facile de réagir au quart de tour quand on se fait vraiment marcher sur le pied. Au sens figuré, c'est moins évident. L'envahissement fait appel au respect de soi et à l'importance de mettre des limites.»

«La fatigue, la déprime, l'insomnie, les idées sombres sont des signes qu'une personne ne nous fait pas de bien. À l'inverse, après avoir vu une personne qui nous apporte de belles choses, on se sent apaisée, énergisée, ressourcée», fait remarquer Michelle Parent. Autrement dit, on reste attentive aux signaux de stress (boule dans la gorge, barre dans l'estomac, maux de dos, etc.) qu'on peut ressentir en présence de quelqu'un. Cependant, tout le monde n'a pas la chance d'être à l'écoute de soi ni d'être en mesure d'identifier le malaise. «Les gens envahis l'ont presque toujours été dès l'enfance ou l'adolescence. Le plus souvent par leurs parents, qui pensaient que leurs besoins étaient ceux de l'enfant. L'envahissement a été érigé en système: on baigne dedans, sans aucun recul», décode André Perron. Mais, attention, prévient le thérapeute: «Personne n'a le pouvoir de m'envahir sans mon consentement. Si je suis envahi, c'est que j'ai participé, consciemment ou non, à cet envahissement.» Le premier pas est donc de reconnaître ce qui se passe.