Pour Marie Portelance, les mauvaises relations entre soeurs sont le signe qu'une blessure s'est installée. Pour régler le conflit, il faut se parler. «Mais blâmer l'autre ne donnera rien, avertit la thérapeute. Il faut lui dire ce qu'on a ressenti, ce qui nous a éloignées et ce dont on a besoin.»

«Parfois, il n'y a pas d'événement précis lié à la dégradation de la relation, poursuit Maryse Vaillant. On s'est éloignées graduellement. Ce n'est pas la peine d'aller gratter: on peut juste reprendre contact pour démarrer une autre histoire. Notre soeur, c'est un peu une partie de nous-même. Lui pardonner permet de vieillir dans la sérénité.»

Mais si la relation avec notre soeur n'apporte vraiment rien de bon, il peut être nécessaire de couper les liens, soutient Vikki Stark. «Pour préserver notre santé mentale, le geste le plus sain est parfois de se retirer et de poursuivre notre vie.» À la fin de l'été dernier, Carole a rompu les liens avec une de ses soeurs avec qui elle a toujours eu une relation conflictuelle. «Elle est venue en voyage avec mon conjoint, ma fille et moi. L'expérience a été difficile. Elle passait des commentaires désobligeants sur mon couple, portait des jugements sur ma vie. J'ai compris qu'on n'était pas proches du tout. Cela m'a déçue, mais j'ai décidé que ça ne valait pas la peine d'investir dans cette relation. On a beau être soeurs, j'estime qu'elle ne me doit rien, et je n'attends rien d'elle non plus.»

Vikki Stark conseille toutefois de ne pas prendre nos distances de façon trop dramatique. «Pour ne pas empoisonner la vie de toute la famille, on peut participer aux rencontres même si notre soeur est présente, la saluer sans pousser la conversation. Autrement, on crée un malaise chez tous les membres de la famille, et c'est injuste pour eux.» Carole partage ce point de vue. «Je vais continuer à voir ma soeur dans les réunions familiales et agir avec politesse. Pour moi, couper les liens, cela signifie d'arrêter de m'investir dans une relation qui ne fonctionne pas.»

La thérapeute soutient en outre que réduire nos attentes peut souvent améliorer la relation. Il est possible que deux soeurs ne soient jamais proches simplement parce qu'elles sont trop différentes et n'ont pas d'intérêts communs. «On attend beaucoup de notre famille. Mais on ne la choisit pas comme des amis, et elle non plus. On doit faire de notre mieux pour avoir des relations correctes, sans exiger des liens intimes. À mon avis, côtoyer une personne très différente nous fait grandir. On apprend ainsi à s'adapter et à accepter nos différences.»

Des hauts et des bas
Renée et Annie Comtois, 30 et 28 ans
«Quand j'étais petite, ma soeur me dérangeait parce qu'elle prenait beaucoup de place, avoue Renée. Sa personnalité extravertie contraste avec mon caractère discret. Je l'ignorais dans la cour d'école, je ne voulais pas qu'on sache que c'était ma soeur.»

Annie reconnaît que la relation n'a pas toujours été facile. «Petite, je me voyais comme le mouton noir de la famille, dit-elle. Renée était proche de mes parents, et je les sentais tournés contre moi. À l'adolescence, on a connu des hauts et des bas, surtout parce que j'avais l'air plus vieille qu'elle.» «Elle a été la première à avoir des chums, confirme Renée. Je trouvais difficile de la voir vivre certaines expériences avant moi. En même temps, Annie me faisait connaître des gens et elle m'a aidée à sortir de ma timidité.»

À l'âge adulte, elles ont continué de vivre certaines frictions. «Surtout par rapport à nos orientations professionnelles, précise Annie. Renée n'approuvait pas mon choix de devenir chanteuse. Maintenant, elle réalise que je suis sérieuse et elle m'encourage, ça me fait plaisir. Malgré nos différences, on se parle tous les jours. Je la considère comme une de mes meilleures amies.» De son côté, Renée a nommé sa soeur marraine de sa fille. «Annie est l'une des personnes les plus importantes pour moi. Je sais qu'elle sera toujours là. On est heureuses dans nos vies, moi avec ma famille, elle dans le monde des arts. Cela rend nos relations plus harmonieuses.»