Cela dit, «faire des listes peut aussi nous donner l'illusion qu'on contrôle les choses, prévient Céline Lafontaine, professeure au département de sociologie de l'Université de Montréal. Aujourd'hui, il y a l'idée que tout est possible et que, si on n'arrive pas à faire tout, c'est parce qu'on est mal organisé, qu'on gère mal notre vie. D'où les listes et tout un mode de gestion qui se met en place pour profiter le plus possible de la vie en multipliant les activités.»
Des listes pour s'organiser
Une des façons les plus courantes d'utiliser la liste, c'est pour détailler des tâches à accomplir, à la maison ou au boulot. Un outil sans pareil, à condition de l'utiliser judicieusement. «Certaines personnes se font des listes longues et irréalistes. Forcément, elles n'arriveront pas à tout faire dans la journée. Cela risque de créer de l'anxiété et d'engendrer un sentiment d'incompétence», explique Danny Gagnon, psychologue. Une mise en garde que fait aussi la coach d'affaires Lyne Talbot: «Plusieurs de mes clients ont tellement de listes un peu partout qu'ils ne savent plus où donner de la tête.»
Pour éviter ce piège, Lyne Talbot suggère une règle de trois: «On couche sur papier tout ce qu'on veut faire. Puis, on extrait de cette liste trois éléments, qui seront nos priorités réalistes de la journée. On cache le reste de notre liste. Elle ne s'envolera pas, alors, inutile de l'avoir toujours en plein visage pour se stresser. Le lendemain, on la ressort, on biffe ce qui a été fait, on y ajoute d'autres points, si nécessaire, et on sélectionne trois nouvelles priorités.» Selon la nature de la liste, on peut aussi quantifier le temps qu'on compte accorder à chaque activité, poursuit Lyne Talbot. «Cette façon de faire me permet de voir si j'évalue correctement mes activités ou, sinon, de mesurer l'écart entre la réalité et mes projections. Cette quantification aide à cerner les problèmes (par exemple: si on déborde, cela vient-il d'une mauvaise évaluation du temps requis ou du fait qu'on a procrastiné?) et à dresser des listes plus réalistes.» L'objectif, c'est que la rédaction de la liste demeure un outil et ne devienne pas une tâche en soi. «Pour certains, faire des listes dépasse le simple désir d'être bien organisé et efficace, dit Danny Gagnon. Ils passent tellement de temps à faire et à refaire de très longues listes - qu'ils revérifient souvent au cours de la journée - que cela entrave leur vie plutôt que de les aider. Ce n'est plus eux qui gèrent leurs listes, mais plutôt elles qui les contrôlent.»










