15 urgences psychologiques
- Par
- Annie Richer ,
- Publié:
- 24 novembre 2008
- Mise à jour:
- 26 juillet 2010
Quand on se blesse au bras, on nettoie la plaie et on met un pansement. Mais quand c'est notre coeur ou notre tête qui est atteint, on fait quoi? Voici une trousse de premiers soins pour 15 urgences psychologiques.
Mon chum est en retard d'une demi-heure. Je suis certaine qu'il a eu un accident et j'angoisse.
On dissocie les faits et nos pensées. Ce n'est pas la situation qui crée notre angoisse, mais plutôt la pensée qu'on y associe, explique le Dr Jean-Marc Assaad, psychologue spécialisé dans les troubles anxieux à PsyMontréal. Par exemple, dans cette situation, trois personnes pourraient avoir trois pensées différentes: l'une, que son chum l'a oubliée, ce qui la rend triste; la deuxième, qu'il a fait un détour pour lui acheter des fleurs, ce qui la rend joyeuse; la troisième, qu'il a eu un accident, ce qui l'inquiète.
On applique la technique du double standard. Que dirait-on à notre meilleure amie dans la même situation? «Il y a de fortes chances qu'on chercherait à la rassurer en lui disant: Il est peut-être simplement coincé dans la circulation et ne peut pas t'appeler parce que la pile de son cellulaire est déchargée», illustre Jean-Marc Assad. On se tient le même discours en se parlant à voix haute.
On dresse la liste des pour et des contre de ce genre de pensées. Dans une colonne, on note les avantages de ruminer ce scénario catastrophe (je serai mieux préparée si jamais ça s'avère) et, dans une autre, les inconvénients qui y sont reliés (c'est mauvais pour ma santé mentale, ça me draine beaucoup d'énergie, je perds un temps précieux, etc.). En comparant les deux colonnes, il y a des chances qu'on décide de passer à autre chose!
Si on est une habituée des scénarios catastrophe, on y voit. «Si ça interfère avec nos relations interpersonnelles, que ça cause des problèmes avec nos proches ou au travail, ou si ça nous cause un inconfort suffisamment grand pour affecter notre bonheur, il faudrait consulter un médecin ou un psychologue», conseille Jean-Marc Assad.
J'ai craqué sous la pression et engueulé une collègue. Tout le monde a entendu, et maintenant, je me sens super mal.
On reprend nos esprits. «On prend quelques minutes pour faire tomber la pression. On va faire un tour dehors ou on va se chercher un verre d'eau», suggère Estelle Morin, professeure titulaire aux HEC Montréal et membre du Consortium de recherche sur l'intelligence émotionnelle appliquée aux organisations (CREIO).
On déculpabilise. On est rongée par la honte et le remords? C'est normal, mais il faut passer outre et retrouver nos moyens. On se rappelle qu'on est humaine et que même les plus zen ont leurs moments de frustration.
On répare notre erreur le plus tôt possible. Il n'y a pas 36 solutions: on s'excuse à la personne qui a fait les frais de notre saute d'humeur. «On le fait assez rapidement. Si on attend ou, pire, si on essaie de se cacher, cela nourrira notre sentiment de honte et de culpabilité, en plus d'alimenter la colère de l'autre», ajoute Estelle Morin. On choisit un moment approprié (lorsque la personne est seule et disponible) pour aller la voir et reconnaître qu'on s'est mal conduite: «Je ne sais pas ce qui m'a prise. J'ai sauté les plombs. Je m'excuse, j'ai très mal agi.» Et ça s'arrête là. «On ne s'éternise pas à essayer de trouver des explications», conclut Estelle Morin. J'étais certaine d'obtenir ce poste, mais, après l'entrevue, on m'a dit que je n'étais pas assez compétente. Depuis, je me sens nulle.
On prend de la distance par rapport à l'événement. Cela atténuera notre déception. Pour y arriver, Alain Samson, motivateur, auteur et conférencier spécialisé dans le domaine du travail, suggère de commenter la situation à la façon d'un bulletin de
nouvelles: «Aujourd'hui, Michèle n'a pas obtenu la promotion qu'elle convoitait. On rejoint notre correspondante, qui nous explique ce qui s'est passé...» «Dépersonnaliser l'événement ainsi nous permet de le ramener à ses justes proportions», soutient Alain Samson.
On évite de le prendre personnel. «On se rappelle qu'on n'était pas le seul candidat en lice et que d'autres, au même titre que nous, repartent aussi déçus et que ça fait partie des règles du jeu, dit Alain Samson. Même si on considère que les patrons n'ont pas pris la meilleure décision, il reste que c'est la leur et ils avaient sûrement leurs raisons, même si on ne les connaît pas.»
On fait appel à nos alliés. «On demande à une amie proche de nous remémorer nos accomplissements passés et de nous rappeler ce qu'on vaut, propose Alain Samson. Si on le fait soi-même, on peut avoir l'impression de se raconter des histoires. Quand ça vient de quelqu'un qui nous connaît bien, ça prend une autre ampleur.»
On se donne du pouvoir... en agissant. On n'a pas été choisie à cause du test de français? On s'inscrit à un cours. Si on identifie certaines faiblesses qu'on a le pouvoir d'améliorer, on passe à l'action. Cela nous donnera plus d'emprise sur l'avenir et on sera mieux équipée pour la prochaine fois.» Si, au contraire, on sait que nos compétences ne sont pas en cause, on retrousse nos manches et on poursuit nos recherches.
Je viens d'apprendre que mon poste est supprimé. Assise sur le trottoir, ma boîte d'effets personnels à mes pieds, je suis anéantie.
On laisse libre cours à nos émotions. «Soyons réaliste: ce n'est pas là qu'une bonne tape dans le dos va nous aider», lance Lyne Talbot, coach d'affaires. S'il est des moments où on doit refouler nos émotions, il en est d'autres où il est approprié de les exprimer. Alors, si on a envie de pleurer un bon coup, on ne se gêne pas.»
On relativise. «On fait le bilan de ce qui se passe présentement dans notre vie. On a perdu notre boulot, soit, mais côté coeur et famille? On a toujours un chum et des enfants qui nous aiment. Et sur le plan santé? Ça va aussi. Cela nous permettra de constater que, si une partie de notre vie s'écroule, le reste va tout de même bien», dit Lyne Talbot.
On dissocie l'événement de nous. Pour minimiser les dommages à notre estime de soi, on se répète que ce qui vient de se produire ne diminue pas notre valeur personnelle. On n'a qu'à penser aux politiciens et autres personnalités publiques qui subissent congédiements et revers majeurs aux yeux de tous. Leurs défaites n'altèrent pas leur valeur et ils parviennent rapidement à se repositionner. À plus petite échelle, c'est pareil pour nous.
On prend le temps de vivre notre deuil. «Quand un tel événement survient, la tentation est forte de s'engourdir dans l'action en se lançant dans un méga-ménage ou une grosse séance de magasinage», témoigne Lyne Talbot. Mais il faut résister et se donner le temps de faire le deuil de cet emploi perdu en prenant bien soin de nous pendant quelques jours.
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