Mais une fois qu'on s'est confiés, qu'on en a discuté, il faudra, à un moment donné, prendre une décision: rester ou partir? Malheureusement, il n'existe pas de questionnaire standard qui mène à la bonne décision. Une foule de facteurs entrent en ligne de compte: la durée de notre relation, la présence ou non d'enfants, la qualité de la relation, la gravité de l'infidélité, le remords exprimé par l'autre... Même si la colère nous habite toujours, on doit absolument passer par-dessus pour arriver à analyser la situation avec un peu de recul. Pour s'aider, on peut regarder la relation dans son ensemble. Est-ce qu'on a l'impression que nos besoins - et les siens - ne sont jamais comblés? Est-ce que l'infidélité est la seule trahison qu'on a vécue avec lui? À ce stade-ci, il est important d'évaluer si la relation peut survivre, mais aussi si on peut nous-même survivre à ce type de difficulté.

On pourra décider sur le coup que c'est terminé, s'installer chacun de son côté, histoire de laisser retomber la poussière, puis choisir de retourner ensemble. Et ce n'est pas parce qu'on décide aujourd'hui qu'on ne peut pas se donner le droit de changer d'idée.

Si on reste
Dans ce cas, il faut attacher sa tuque! Il est clair que personne, à commencer par nous, n'oubliera jamais. «La première exigence, c'est que le partenaire termine sa relation et en fournisse la preuve ("Je veux que tu l'appelles pendant que j'écoute sur l'autre ligne"), relate François St Père. Malheureusement, malgré la preuve, la personne trompée peut continuer à avoir des doutes et la méfiance peut perdurer des mois, voire des années.» Pendant deux ans, Claude a exigé de son époux qu'il passe toutes ses soirées à la maison. Finis, les prétendus cours d'informatique ou les 5 à 7 entre vieux potes du cégep. «Je ne voulais pas l'enchaîner à la maison, mais la confiance, ça met du temps à se regagner», dit-elle pour sa défense.

Certaines auront même l'impression de devenir un peu paranoïaques: au moindre retard, elles sauteront aux conclusions et seront persuadées que leur chéri s'est remis à courir la galipote. Pourtant, si on décide de rester, c'est qu'on choisit de lui refaire confiance. Cela ne signifie pas nécessairement qu'on lui pardonne. On peut rester en disant «Je ne te le pardonnerai jamais», mais il faut impérativement tirer un trait sur l'affaire dans notre tête, en faire réellement un dossier classé et ne pas ramener le sujet sur le tapis à la moindre querelle. «Ce qui permet d'atténuer le doute, c'est la transparence et le fait de sentir que notre partenaire regrette, qu'il nous préfère, poursuit François St Père. Plus il nous montre qu'il nous aime et qu'il ne veut pas nous perdre, plus il y a de chances que le couple retrouve son intimité d'avant.» Bien souvent, le premier pan de notre relation amoureuse à écoper lors d'une infidélité, c'est l'intimité sexuelle. Il peut arriver que, durant l'infidélité (ou avant), les relations aient diminué ou qu'elles aient pris une forme plus routinière, par exemple. «On doit réapprendre à se séduire, à se surprendre, ajoute Denyse Cusson, sexologue, criminologue et psychothérapeute. Si on veut revenir ensemble, il faut absolument épicer sa vie sexuelle, retrouver un grain de folie. En changeant notre vie sexuelle, on lui donne un nouveau départ. Mais il ne faut pas se cacher que refaire l'amour après une infidélité, c'est extrêmement difficile.»

Anne-Marie s'en faisait même une montagne. «Je ne suis pas une pin-up et j'étais sûre que "l'autre" était beaucoup mieux roulée que moi. Quand j'ai fini par voir une photo d'elle, mon estime personnelle a grimpé de quelques jalons. En comparaison, j'étais une bombe. Mais je voulais tellement performer au lit que je n'arrivais pas à être naturelle. En plus, j'étais obsédée par des images de Jean-François la serrant contre lui. C'est long avant de pouvoir oublier. Même si ça fait cinq ans, j'y pense encore. Mon meilleur conseil, c'est de profiter de l'instant présent, de se faire confiance et de ne pas se sous-estimer. Sinon, il ne serait plus là.»