Je suis allée en Italie avec ma mère et ce voyage nous a transformés
Marie Waine
On a toutes nos façons de fêter les grands jalons de la vie. Pour ma mère, ses 65 ans méritaient bien plus que quelques bougies sur un gâteau.
Pour marquer ce passage symbolique, quoi de mieux qu’un voyage mère-fille en Italie? Dix jours rien qu’à nous, pour rire, papoter, s’émouvoir... et redécouvrir notre complicité.

Depuis qu’elle a soufflé ses 60 bougies, ma mère parle sans arrêt de ses 65 ans. Beaucoup de ses amis ont commencé à avoir des pépins de santé à cet âge-là, et ça l’a motivée à se concentrer sur sa santé et son bonheur. Depuis cinq ans, elle s’est mise à l’entraînement, consacre plus de temps de qualité à la famille et profite de ses amis. Ces changements intentionnels peuvent sembler anodins, mais ils transforment vraiment le corps comme l’esprit. Après avoir tant donné en élevant une famille, en gérant une maison et en accomplissant mille choses pour les autres, elle a enfin décidé de se choisir. C’est une étape méritée, et pour la célébrer, j’ai eu envie de lui offrir une aventure mère-fille en Italie.

Voyager en famille, chez nous, ce n’est jamais banal. Entre l’accident de voiture en Angleterre (côté gauche ou côté droit, on ne saura jamais!), les punaises de lit à Paris et mon frère malade en voiture (paix à mon chapeau préféré, transformé en sac de vomi...), disons qu’on a nos anecdotes. Mais cette fois serait différente: 10 jours, juste ma mère et moi. J’étais excitée... mais un peu nerveuse aussi. Nos vies bien remplies avaient pris le dessus et nous n’avions pas passé plus de deux jours seules ensemble depuis des années.

SE DÉCOUVRIR SOUS UN AUTRE JOUR
La semaine avant le départ, je sentais la pression monter. Je voulais que tout soit parfait et que chaque moment compte. Dans notre quotidien, on s’écrit des textos encourageants, on s’appelle vite fait, on se partage des vidéos de chats. Mais une fois sorties de notre zone de confort, serons-nous toujours complices? J’avais peur que notre relation soit mise à l’épreuve.
À peine arrivées à Rome, pas le temps de réfléchir: on est montées derrière deux guides sur leurs Vespas. Quatre heures à sillonner la ville, à découvrir des coins incroyables, à boire des Spritz et à manger notre premier gelato. C’était fluide, léger, zéro prise de tête. Le meilleur début de voyage possible.

Très vite, nous avons trouvé notre rituel. Vers 17 h, Spritz (parfois deux ou trois...), chips, olives et papotage... Et quand on passe autant de temps ensemble, il faut bien aller plus loin dans les conversations. Alors on s’est confiées. Ces happy hours sont devenus des moments de confidence. Ma mère, qui parle rarement d’elle, s’est livrée sur son adolescence agitée, ses parents, ses rêves, ses forces et ses fragilités. Je me suis aussi ouverte, partageant mes ambitions, mes peurs, et en osant poser des questions et dire des choses que je n’avais jamais eu le courage de prononcer (comme le fait que je n’ai pas prévu lui donner de petits-enfants tout de suite). On n’avait jamais parlé aussi franchement.
Je n’oublierai jamais quand elle m’a confié qu’elle aurait aimé vivre une telle expérience avec sa propre mère. J’ai alors réalisé que ma mère est aussi la fille de quelqu’un, avec ses incertitudes et ses questionnements, semblables aux miens... aux nôtres. Et ça, je crois que je ne l’avais jamais vu de cette façon.

Bien sûr, tout n’a pas été parfait. Il y a eu des moments plus tendus, comme quand j’ai réservé le mauvais jour pour notre traversier vers Ischia. Nous avons dû courir dans la gare de Naples avec nos énormes valises. Stress total, petites engueulades, mais aussi réconciliations rapides. Un voyage sans accrocs, c’est impossible!
À Ischia, on s’est posées dans un hôtel de rêve. Notre hôtel somptueux intimidait ma mère, peu habituée à tant de luxe. À mon âge, elle élevait déjà des enfants, rénovait une maison et comptait chaque sou. De mon côté, j’étais prête à savourer!

Je lui ai rappelé qu’un voyage est fait pour se détendre. Et là, miracle: elle s’est laissée aller, a lu au bord d’une crique turquoise et a même accepté son premier massage. Elle m’a avoué ensuite que ce séjour lui avait fait comprendre l’importance de prendre soin de soi. «Cette expérience m’a changée», m’a-t-elle dit. Et je l’ai tout de suite vue autrement, plus légère, plus ouverte, presque transformée. Aujourd’hui, je mesure ma chance.
Nous avons créé des souvenirs précieux que je chérirai toujours. Oui, l’Italie est magnifique, mais ce que je retiens vraiment, ce sont nos discussions, nos fous rires et cette complicité retrouvée.