Psychologie

Trouver le psy qui nous convient

Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Trouver le psy qui nous convient

«La psychothérapie, c'est efficace. Et parce que c'est efficace, ça peut être dangereux, d'où l'importance qu'elle soit pratiquée par des professionnels compétents», explique Rose-Marie Charest, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec. «Pendant la thérapie, on a l'air de simplement jaser avec quelqu'un, mais les connaissances théoriques et pratiques du psychologue lui permettront de déterminer le type d'intervention à adopter pour régler tel type de problème. Ça prend donc plus qu'une bonne oreille pour pouvoir pratiquer la psychothérapie.» Alors avant d'appeler le premier psy qui figure dans les Pages Jaunes, on s'informe.

Je n'ai pas de problème grave. Est-il justifié de consulter un psychologue?

Il y a plusieurs raisons de consulter: une phobie, un deuil, un bris de communication dans le couple, un simple besoin de «ventiler» ses émotions, etc. Si, après avoir essayé différents moyens, la situation ne s'améliore pas, il peut être bon de recourir à une aide professionnelle.

Y a-t-il plusieurs sortes de thérapies?

Il existe quatre grandes approches en psychothérapie. Voici comment l'Ordre des psychologues du Québec les résume.

• Dans l'approche cognitive/comportementale, on considère que les difficultés psychologiques sont liées à des pensées ou à des comportements inadéquats qu'on a appris dans notre environnement quotidien. Le meilleur moyen de s'en débarrasser serait d'apprendre de nouvelles attitudes plus constructives. Pendant la thérapie, le psychologue nous aidera donc à prendre conscience de nos pensées et croyances et à les remplacer par des jugements plus réalistes. L'accent est mis sur le présent.

L'approche existentielle/humaniste est fondée sur la capacité de l'être humain à diriger son existence et à se réaliser. L'accent est mis sur le moment présent, sur notre capacité à prendre conscience de nos difficultés actuelles, à les comprendre et à modifier en conséquence notre façon d'être ou d'agir. Le psychologue facilite l'exploration de soi et l'expérimentation de nouveaux comportements. La personne qui consulte est sur un pied d'égalité avec le thérapeute.

• Fortement influencée par la psychanalyse et faisant appel à la notion d'inconscient, l'approche psychodynamique/analytique établit un lien entre les difficultés actuelles et les conflits refoulés et non résolus de notre histoire personnelle. On nous amènera à prendre conscience de l'influence de ces derniers sur notre comportement actuel afin de les comprendre et de les évacuer.

• Dans l'approche systémique/interactionnelle, on considère que les problèmes personnels sont causés par le genre d'interaction existant entre le patient et son entourage (famille, amis, collègues, etc.). L'objectif de la psychothérapie étant de modifier les relations problématiques, il arrive souvent que le psychologue rencontre des membres importants de l'entourage de son client. La thérapie familiale constitue un exemple de cette approche.
 

Les psychologues maîtrisent-ils toutes ces approches?

La majorité travaillent avec une ou deux approches, mais quelques-uns les utilisent toutes.

Y a-t-il une approche meilleure que les autres?

Selon le problème à régler, certaines façons de faire se révèlent plus fructueuses. «Dans le cas de phobies ou de troubles anxieux, je préconise l'approche cognitive/comportementale. En revanche, lors d'une thérapie de couple, je privilégie l'approche systémique, car il s'agit de régler les problèmes d'un individu à l'intérieur d'un système», explique le psychologue Mario Sirois.

Michel Croteau, psychologue d'approche psychodynamique/analytique, suggère un autre exemple: «Si, lors d'un conflit, une femme se sent toujours diminuée vis-à-vis de son conjoint, on peut aller voir ce qui s'est passé autrefois avec son père. Ce type d'approche demande toutefois au patient d'être très sensible aux sentiments qui l'habitent, ce qui n'est pas donné à tout le monde.»

La psychologue Jocelyne Bounadair rappelle toutefois que, selon certaines études, c'est la qualité du lien thérapeutique qui prime dans le succès d'une thérapie, peu importe l'approche. Si notre psy est chaleureux, empathique et accueillant, et que l'on se sent parfaitement à l'aise avec lui, on s'ouvrira davantage, ce qui assure de meilleures chances de réussite.

Est-il important de connaître l'approche du psychologue qu'on va consulter?

Selon Rose-Marie Charest, cela importe peu. «Ce qui est important, c'est de demander au psychologue de quelle façon il travaille; vous verrez si cela vous convient. Si vous avez déjà consulté dans une approche précise et que vous souhaitez répéter l'expérience ou, au contraire, vivre quelque chose de différent, mentionnez-le au service de référence de l'Ordre, qui vous guidera en conséquence.»

Comment trouver un psychologue qui me conviendra?

Notre choix dépend de la problématique pour laquelle on consulte. L'idéal est de se faire suggérer des professionnels par le service de référence de l'Ordre des psychologues du Québec. Chaque psy y est répertorié selon son âge, la région où il pratique et les problématiques qu'il traite. Ainsi, si on souhaite guérir un manque d'estime de soi et qu'on habite à Saguenay, le service de référence nous y recommandera deux ou trois spécialistes qui traitent ce genre de difficulté.

Que devrais-je demander aux psychologues qu'on m'a recommandés avant de prendre rendez-vous?

Voici quelques questions que l'Ordre des psychologues du Québec suggère de poser (on demande à parler au psy directement quand on appelle):

  • Quel est le montant des honoraires pour chaque entrevue et à quel moment doit-on les acquitter?
  • Combien de temps durent les rencontres?
  • Quelle est leur fréquence?
  • Les rencontres seront-elles totalement confidentielles?
  • Y aura-t-il un dossier sur moi? Que contiendra-t-il? Pourrai-je le consulter?
  • Que se passe-t-il quand on ne peut pas se présenter à un rendez-vous?
  • À quel moment les reçus officiels (assurances, impôts) sont-ils remis? On peut aussi se renseigner sur la façon dont travaille le psychologue. «La première fois qu'il téléphone, le client peut s'enquérir de mon expérience par rapport à tel type de situation ou me demander, par exemple, si je procède par exploration en parlant longuement du passé ou si je suis plus pratico-pratique», illustre Mario Sirois.

Si on a des demandes précises, on en parle lors de cette première conversation pour s'assurer que le psychologue pourra y répondre. «Par exemple, il y a des clients qui veulent parler beaucoup. À l'inverse, certains ont de la difficulté à formuler leurs sentiments et veulent qu'on les aide à verbaliser ce qu'ils vivent», ajoute Micheline Dubé, psychologue.

Combien ça coûte?

En milieu hospitalier ou au CLSC, on ne débourse rien puisque ce service est facturé à l'État. Cependant, si on veut en bénéficier, il se pourrait qu'on nous inscrive sur une liste d'attente pour quelques semaines ou quelques mois.

En clinique privée, il en coûte de 65 $ à 120 $ pour une séance de 50 minutes à 1 heure. Le montant des honoraires est remboursé, en tout ou en partie, par la majorité des contrats d'assurance de groupe.

À quelle fréquence devrais-je consulter?

Généralement une fois par semaine. Si cela nous semble exagéré, on peut toujours en discuter avec le psychologue.

Combien de temps dure une thérapie?

Cela dépend de plusieurs facteurs: la nature du problème, sa gravité, les objectifs visés, la fréquence des rencontres, la motivation du client, etc. La durée varie donc entre quelques semaines et plus d'une année.

Aurais-je avantage à aller voir un psychologue spécialisé?

Si notre problème est bien circonscrit, cela peut être une option. «Si une femme veut consulter pour un problème de violence conjugale, par exemple, il peut être bon de choisir un psychologue spécialisé dans les questions de violence, explique Micheline Dubé. Un psychologue généraliste ne verra peut-être pas toutes les subtilités de cette question.» On peut donc soulever ce point lorsqu'on téléphone au service de référence de l'Ordre.

Suis-je mieux de choisir un homme ou une femme psychologue?

De l'avis de tous, ce facteur n'a pas d'impact sur le succès de la thérapie. «Ce qui compte, c'est la qualité du lien thérapeutique. Toutefois, si une femme consulte à la suite d'une agression sexuelle, il se pourrait qu'elle soit plus à l'aise avec une psychologue. Ou, à l'inverse, peut-être que le fait d'arriver à se confier à un spécialiste lui permettra de surmonter sa peur des hommes», nuance Michel Croteau.

Lors de mon premier rendez-vous, comment savoir si c'est le psy qu'il me faut?

Dès le premier contact, on peut se faire une bonne idée de notre choix. Se sent-on à l'aise avec le psy? L'endroit nous apparaît-il accueillant? Bref, le courant passe-t-il?

Au cours des deux ou trois prochaines rencontres, on pourra vérifier si le spécialiste comprend bien ce qu'on vit, ce qui confirmera s'il nous convient. Rose-Marie Charest explique: «Le thérapeute vous livrera son diagnostic: "Voici ce que je vois chez vous. Oui, je vous suggère de faire une psychothérapie - ou non, je ne vous le suggère pas, car ce n'est pas approprié dans votre cas. Je vais vous expliquer comment je travaille. D'autres psychologues procèdent d'une autre façon." Si le psy conclut qu'il ne sera pas en mesure de vous aider adéquatement, ou si vous sentez qu'il ne vous comprend pas et que vous le lui dites, il a le devoir de vous référer à un collègue dont la façon de faire conviendra davantage à votre situation.»

Si le besoin s'en fait sentir, pourrai-je changer de psy en cours de route?

Selon Rose-Marie Charest, on n'est pas lié pour la vie à un psychologue. «Après un certain temps, on peut se demander si la thérapie évolue dans la direction souhaitée. Si la réponse est non, parlez-en, ne quittez pas par la porte d'en arrière. Le fait d'avouer que ça n'avance pas à votre goût peut parfois faire débloquer les choses.»

«Quand quelque chose de négatif surgit en cours de thérapie alors que le contact initial avec le psy était bon, il y a de fortes chances que ce ne soit pas dû à la situation thérapeutique proprement dite; cela peut signifier que quelque chose se réveille en nous ou qu'un pattern refait surface. D'où l'importance d'en faire part et de ne pas abandonner», ajoute Jocelyne Bounadair.

S'il advient un conflit, quels seront mes recours?

Si le psychologue fait partie d'un ordre professionnel, on pourra déposer une plainte et être entendue. «Il est primordial de s'assurer que notre psychologue est membre d'un ordre professionnel», souligne Micheline Dubé. «Tandis qu'une association veille à protéger ses professionnels, un ordre vise à protéger le public en imposant un code de déontologie à ses membres.»

Que doit-on penser des livres de psychologie qu'on trouve en librairie?

«C'est très variable, dit Rose-Marie Charest, mais ce n'est pas mauvais d'aller les feuilleter. Souvent, on trouve dans ces livres des mots à mettre sur ce que l'on ressent déjà. Cependant, on ne peut pas compter sur un livre pour trouver notre solution à nous, d'autant plus que l'auteur ne nous connaît pas personnellement. Le livre peut être une très bonne source d'inspiration, mais il reste qu'il ne se compare pas avec une psychothérapie puisqu'un élément très important de celle-ci, c'est la relation entre le client et le thérapeute.»

Psychologue, psychiatre, psychanalyste, psychothérapeute: comment s'y retrouver?

Le psychologue possède une maîtrise ou un doctorat en psychologie et est membre de l'Ordre des psychologues du Québec. Cet ordre n'admet que des professionnels qui possèdent, en plus de leur diplôme, une expérience pratique. Spécialiste de la santé mentale, le psychologue fait du suivi psychothérapeutique et peut référer son client à un psychiatre s'il croit qu'une expertise médicale est nécessaire.

Le psychiatre est d'abord un médecin qui s'est spécialisé en psychiatrie. C'est un spécialiste de la santé mentale qui traite autant les difficultés émotionnelles que les cas plus graves de maladies mentales. Seul le psychiatre peut administrer des médicaments ou recommander l'hospitalisation d'un patient. Le psychiatre n'assure pas un suivi hebdomadaire comme le fait un psychologue, et on doit être référé par un médecin pour pouvoir le consulter.

Le psychanalyste pratique la psychanalyse - la discipline fondée par Freud - et cherche à élucider la signification inconsciente du comportement. On suit une psychanalyse pour développer une connaissance approfondie de soi-même ou pour traiter des difficultés personnelles; c'est une démarche qui dure des années. Au Québec, le titre de psychanalyste n'est pas protégé, et il n'existe pas d'ordre professionnel. On recommande de s'assurer que notre psychanalyste est membre de la Société canadienne de psychanalyse, qui vérifie que ses membres ont reçu la formation donnée par l'Institut canadien de psychanalyse. Pour recevoir cette formation, il faut notamment être titulaire d'un baccalauréat (généralement en psychologie, en psychiatrie ou en travail social, mais pas exclusivement), avoir une expérience clinique et suivre soi-même une psychanalyse depuis un certain temps.

Enfin, n'importe qui peut s'improviser psychothérapeute: aucune formation n'est requise pour se prévaloir de ce titre. «Mais cette situation s'achève, précise Rose-Marie Charest. Un rapport a été déposé et, bientôt, seules les personnes qui possèdent les compétences requises pourront pratiquer la psychothérapie.» À noter: si le titre «psychologue» est protégé (c'est-à-dire que personne ne peut se l'attribuer s'il n'a pas les compétences requises), le mot «psychologie» ne l'est pas. Certains «spécialistes» peuvent ainsi jouer de ruse et se dire «intervenant en psychologie» ou «consultant en psychologie», ce qui ne garantit absolument pas qu'ils ont reçu la formation appropriée.

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