Psychologie

Écoute de séries en rafale: pourquoi est-il si dur de résister?

Écoute de séries en rafale: pourquoi est-il si dur de résister?

  Photographe : Illustrations Marie-Eve Tremblay/Colgene.com

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Écoute de séries en rafale: pourquoi est-il si dur de résister?

Elles nous captivent parfois jusqu'aux petites heures du matin... Comment résister à la tentation de passer au prochain épisode de notre série télé favorite?

Mes mauvaises habitudes d’insomniaque remontent à l’enfance. À l’époque, après minuit, je m’amusais à faire des additions et des soustractions sur ma calculatrice. L’enchaînement d’épisodes de séries addictives, c’est sans surprise sur ma tablette et dans mon lit que j’y ai succombé. Bien au chaud, sous ma couette, je m’évadais désormais en compagnie de Piper, de Orange Is the New Black, et je tremblais d’effroi avec Rick, dans The Walking Dead. Mais, ô surprise, me voici quelques mois plus tard prisonnière de ce passe-temps, avec l’impression d’avoir perdu le contrôle. Je me promets de décrocher, quitte à aller jusqu’au sevrage — sauf que ça rate à tout coup.

Pourquoi est-il si dur de résister? Selon Catherine Franssen, universitaire américaine spécialisée en neuroendocrinologie comportementale, blogueuse pour le Huffington Post et sériephile avouée, le fait de ne pas connaître la suite d’une histoire nous chicote à tel point que notre organisme se met à produire du CRH, une hormone du stress. «On devient en état d’alerte, ce qui fait qu’on n’a plus envie de dormir et qu’on poursuit le visionnement de la série», a-t-elle écrit dans son blogue.

Mes nuits avec mes héros préférés m’ont certes valu cernes et remords. Et je suis loin d’être la seule. Iza, une amie comptable, se plaint des veillées passées à regarder Suits. «Le lendemain, je dois me rendre au boulot, l’air moins glamour que les avocates de ma série chouchou», me confie- t-elle. J’ai aussi entendu une collègue, sur le point de commencer son congé de maternité, lancer: «Yé! Je vais “binge-watcher” jusqu’à l’arrivée du bébé.» Pure gloutonnerie? Selon les divers sondages menés par Netflix, un abonné met cinq jours à dévorer sa télésérie favorite. «C’est un peu comme le chocolat, compare Joe Flanders, psychologue et fondateur de la clinique MindSpace. Après deux ou trois bouchées, l’extase s’envole. On s’entête malgré tout à vouloir reproduire l’effet euphorisant, mais en vain.»

Malgré son côté diabolique, le binge-watching n’est pas le mal incarné. On peut en effet tirer plaisir à suivre une bonne série, affirme Joe Flanders. Lui-même, une fois les enfants couchés, se colle à sa conjointe sur le divan pour regarder un épisode. Le hic, c’est quand vient le moment de se convaincre d’éteindre pour faire autre chose: dormir, lire, jouer d’un instrument, ranger le linge... Il doit faire preuve d’une volonté de fer. Selon le psychologue américain Adam Alter, si on résiste difficilement à l’appel de l’épisode suivant... et du suivant, c’est parce que les illico, Netflix et Tou.tv de ce monde jouent sur nos cordes sensibles. «Sachant à quel point on carbure au suspense, Netflix a implanté la lecture automatique qui, en 10 secondes, permet de visionner le chapitre suivant et connaître ainsi le dénouement», a dit en conférence l’auteur du livre Irresistible. En utilisant des données qu’il compile à notre sujet, le service de vidéo sur demande nous propose aussi des séries qui sont davantage en mesure de nous plaire. Et, tel un ami qui nous veut du bien, il s’empresse de nous informer de l’arrivée d’un nouveau titre... pile au moment où on se jure de ne plus s’y laisser prendre!

Me désabonner? J’y ai pensé. Sauf que je veux ma récompense en fin de journée! Comment alors transformer cette dépendance en vrai plaisir bénéfique? «À mon avis, il ne s’agit pas de stopper net, mais plutôt d’essayer d’avoir pleinement conscience qu’on se fait manipuler et qu’ensuite on vivra de mauvais sentiments après deux ou trois heures de visionnement, dit Joe Flanders. C’est à nous de ralentir et de profiter des 10 secondes entre les épisodes pour décider nous-mêmes de la façon dont on veut occuper notre temps et notre esprit, et de ce qui nous procurera le plus de satisfaction.»

Même si la vidéo sur demande continue d’exercer son charme sur moi, je m’en tire en me rappelant la chanson Enjoy Yourself (It’s Later Than You Think), chantée par Louis Prima dans le dernier épisode de Dr House. La vie est courte, dit-elle, il faut en profiter. Au lieu de succomber à la tentation, je vais donc, sur la pointe des pieds, contempler mon petit garçon qui dort. De quoi me ramener à la douce réalité.

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