Grossesse

Fausse couche: la grossesse d'après

Fausse couche: la grossesse d'après

  Photographe : Illustration Anne Villeneuve

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Fausse couche: la grossesse d'après

Une grossesse sur quatre finit en fausse couche disent les statistiques. Comment vit-on le fait de retomber enceinte après cette expérience difficile à oublier? Notre journaliste raconte.

La première fois que j'ai vu le «+» sur le batônnet, la machine à scénarios s'est emballée. Je me voyais jogger avec ma poussette, allaiter mon petit glouton ou lui faire de jolis guili-guili. Un vrai feel good movie.

Mais 12 semaines plus tard, c’est par un curetage que mon histoire s’est terminée. Et c’est pendant qu’on me délivrait de mon fœtus que j’ai perdu ma naïveté. Comment avais-je pu tenir pour acquis que je la rendrais à terme, cette grossesse? 

Maintenant, je le sais: ce n’est pas parce qu’on tombe enceinte qu’on aura un bébé. Chaque année au Québec, quelque 20 000 femmes vivent ce drame. Ça représente environ une grossesse sur quatre. C’est énorme. Qu’importent les statistiques, la fausse couche demeure souvent une expérience difficile à oublier. Surtout lorsqu’on tombe enceinte à nouveau. Tout comme moi, pendant les grossesses qui ont suivi sa fausse couche, Josée Bournival, auteure, blogueuse et maman de quatre enfants, a vécu un stress immense. «J’interprétais chaque petite crampe comme le début d’une fausse couche; j’étais certaine que ça se terminerait en hémorragie, dit-elle. Et chaque fois que j’allais à la salle de bains, j’avais peur de trouver du sang sur le papier hygiénique.» 

Selon Manon Cyr, infirmière clinicienne et coauteure du livre Fausse couche, vrai deuil (Caractère, 2013), il est tout à fait normal d’éprouver de l’inquiétude pendant les grossesses qui suivent un tel malheur. «La plupart des femmes que je rencontre vivent neuf mois en stand-by, en attendant que le pire arrive. C’est épuisant émotivement, mais ça se travaille», soutient-elle.

Pour s’aider à vivre une grossesse la plus zen possible, Mme Cyr dit qu’on devrait avoir fait le deuil de notre enfant avant de retomber enceinte. «Ça ne veut pas dire de s’être complètement remise, parce que ça peut prendre beaucoup de temps, précise-t-elle. Mais on devrait être capable d’en parler sans trop pleurer. La peine d’avoir perdu un enfant et la joie de retomber enceinte, ça peut créer un cocktail d’émotions explosif.» L’infirmière conseille également, dans la mesure du possible, de bien «magasiner» notre médecin. «On essaie d’avoir quelqu’un de compréhensif qui acceptera, par exemple, d’écouter le cœur du bébé plus souvent et qui saura répondre à nos questions sans nous faire sentir comme une hystérique.»

Or, bien accompagnée ou pas, on ne peut pas faire grand-chose pour empêcher une fausse couche. «Le fait de n’avoir jamais pu identifier la cause m’a pourri la vie pendant mes autres grossesses, avoue Mme Bournival. Et même si je suivais toutes les recommandations du médecin, je ne pouvais rien faire pour m’assurer que ça fonctionne.» C’est ça, le drame: puisque la majorité des fausses couches sont dues à une anomalie chromosomique, on ne peut rien faire pour être totalement à l’abri. Pire: le fait d’avoir vécu une fausse couche ne nous immunise pas non plus. (Après ma troisième, je l’ai bien compris.) Mais comme le dit Manon Cyr, puisqu’on n’a pas le contrôle, mieux vaut travailler à chasser les pensées anxieuses pour se concentrer sur le bébé qu’on porte et apprécier le moment de la grossesse. Autrement dit, il faut lâcher prise. Quelque chose qui, de toute façon, nous servira souvent au cours de notre vie de maman. Je l’ai bien compris depuis que mes deux garçons sont entrés dans ma vie. 

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