Travail
22 mars 2010

Tannée d'être débordée?

Par Nathalie Vallerand

Auteur : Coup de Pouce

Travail
22 mars 2010

Tannée d'être débordée?

Par Nathalie Vallerand

Pour Esther, une infirmière de 52 ans, il n'y a jamais assez d'heures dans une journée. «Le travail, mon amoureux, mes amies, les courses, le ménage, les réunions du conseil d'administration de ma copropriété, ma mère de 86 ans que je visite toutes les fins de semaine... Quand je me couche, tout ce que j'ai à faire me trotte dans la tête. Et souvent, je suis frustrée parce que je trouve que j'aurais pu en faire davantage.»

Ce sentiment d'être débordée, de perdre le contrôle de notre emploi du temps, on est plusieurs à le ressentir. Marcia Pilote, qui a animé en 2006 à Canal Vie la série documentaire Superwoman... Ras-le-bol!, l'attribue à la pression sociale. «Les femmes en ont beaucoup sur les épaules. Traditionnellement, elles ont toujours été au service des autres: leur mari, leurs enfants, leurs parents vieillissants. C'est un conditionnement très fort. De nos jours, elles doivent en plus se réaliser sur le plan professionnel.» Sans compter la tyrannie des gadgets technos, qui nous incitent à être de plus en plus productives, mais qui nous submergent en même temps sous un flot incessant de tâches!

Il faut dire qu'être très occupée est généralement bien vu. «Cela sous-entend qu'on est populaire, en demande, efficace et qu'on travaille fort», observe Nicolas Chevrier, psychologue. C'est le cas de Mélanye, 33 ans, qui apprécie la valorisation qu'elle retire de ses multiples engagements. Cette maman de trois jeunes enfants, responsable d'un service de garde en milieu familial, fait du bénévolat auprès d'organismes sportifs et d'une maison de la famille, écrit un livre, suit des cours du soir et fait du spinning. Elle est aussi membre du conseil d'établissement de l'école de son fils et d'un conseil d'administration. «Même si je cours continuellement, je persiste à accepter les propositions qui suscitent mon intérêt», reconnaît-elle. Comme cuisiner et décorer 75 cupcakes en forme de ballon de soccer pour la fête de fin de saison de l'équipe de sa fille. On s'en doute, elle a eu un succès fou tant auprès des enfants que des parents. «Certains projets me font veiller tard, mais cela en vaut la peine, car ils me procurent une grande satisfaction personnelle.»

Le travail n'est donc pas le seul responsable de cette surcharge si répandue. D'autres facteurs entrent en jeu. «On a de la difficulté à poser nos limites, à dire non, et on a aussi un grand besoin d'être appréciée, remarque Mélanie Paquet, une psychothérapeute et conseillère d'orientation qui s'intéresse à l'épuisement professionnel. C'est pourquoi le sentiment de débordement peut toucher tout le monde, pas seulement les mamans de jeunes enfants sur le marché du travail.»

Yolaine, 20 ans, en est la preuve. Ses études universitaires, son emploi à temps partiel et son petit ami l'occupent déjà passablement. Mais si on lui propose une sortie ou une activité, il est rare qu'elle refuse. «C'est comme si je m'arrangeais pour avoir plein d'affaires à faire en même temps. Je ne veux rien manquer. En fait, j'ai de la difficulté à faire des choix.» Pour tout concilier, elle coupe ses heures de sommeil. «Dormir, c'est une perte de temps», tranche-t-elle.  

Débordée : quand la coupe est-elle pleine?
On peut toutefois être très occupée sans être débordée. Ainsi, même si elle n'arrête pas une minute, Mélanye n'est pas à bout de souffle. «J'adore aider les autres, donner de mon temps et de mon savoir. Je me réalise à travers cela. Et puis, je carbure aux projets. Si je n'en ai pas assez, j'ai l'impression de perdre mon temps.» Même chose pour Farrah, 30 ans. Cette mère de cinq enfants fait l'école à la maison, étudie à l'université et gère une petite entreprise en périnatalité à partir de son domicile. Ses journées en épuiseraient plus d'une. Pas elle. «Je prends le temps de relaxer le matin et de jouer avec les enfants jusqu'à 9 h, 9 h 30 avant de commencer l'école.»

 

Esther n'est pas aussi zen. «Je suis fatiguée, souvent impatiente. Je pense à tout ce que j'ai à faire et je deviens fébrile, angoissée.» C'est la perception qu'on a de notre degré de contrôle qui fait la différence, selon Nicolas Chevrier. «Si on a l'impression d'avoir perdu le contrôle, on se sent débordée.» Ce sentiment de débordement génère du stress. On est dépassée par les évènements. On ressent de la culpabilité parce qu'on néglige certains aspects de notre vie. On fait de plus en plus rarement les activités qu'on aime. On a de la difficulté à se concentrer. On est plus émotive, et même irritable. Évidemment, les relations avec notre entourage en sont affectées. Les disputes sont plus fréquentes. Insomnie, fatigue, oublis, sautes d'humeur sont autant de signes possibles qu'on est en déséquilibre. Au travail, on est moins efficace, on risque de faire plus d'erreurs, de prendre de mauvaises décisions.

Débordée : à la recherche des causes
Mais ce débordement, d'où vient-il? D'une liste interminable de choses à faire? Bien sûr. «Mais il découle surtout de nos attentes très élevées, de nos objectifs irréalistes et de notre perfectionnisme», répond le psychologue. Autrement dit, on place la barre trop haut, que ce soit en en prenant trop sur nos épaules ou en cherchant sans cesse la perfection. Évidemment, on n'y arrive pas toujours. Résultat: on est déçue, insatisfaite, on croit que c'est peine perdue... et c'est ce qui nous donne l'impression d'être submergée.

Notre dialogue intérieur serait donc en partie responsable de notre sentiment de débordement. Voilà pourquoi, dans une situation donnée, une personne est débordée tandis qu'une autre est au-dessus de ses affaires. La première espérait mettre les bouchées doubles, mais n'a pas réussi. La seconde a évalué plus réalistement ce qu'il lui était possible de faire. À la fin de la journée, elle est plus satisfaite. D'accord, tout n'est pas toujours aussi simple dans la vraie vie. Chacune de nous a son propre rythme. Certaines, comme Mélanye et Farrah, ont plus d'énergie que d'autres pour passer au travers de journées bien remplies, et elles en redemandent! Reste que changer nos attentes modifie l'évaluation qu'on fait de notre bien-être. «L'important, c'est de connaître nos limites et d'ajuster nos attentes et notre emploi du temps en conséquence, insiste Mélanie Paquet. Si on commence à se sentir stressée, c'est un signal d'alarme. On n'est pas en équilibre. Il faut ralentir.» Bref, on peut choisir de ne plus être débordée.

 

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