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En équipe depuis 10 ans: deux policières parlent de leur métier

Deux policières parlent de leur métier

Auteur : Coup de Pouce

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En équipe depuis 10 ans: deux policières parlent de leur métier

Maryse Vaillancourt, de Saint-François-Xavier-de-Brompton, et Roxane Jetté, d’Ascot Corner, toutes deux policières dans la même auto patrouille depuis 10 ans, nous parlent avec passion de leur quotidien.

Nous avons rencontré Maryse et Roxane au Manoir Harvey à North Hatley lors de la soirée organisée dans le cadre de notre Tournée Coup de pouce pour le 30e anniversaire du magazine. En discutant avec elles, nous avons eu l'idée de leur proposer de participer en duo à notre chronique des métiers et de nous en dire plus sur leur vie de policières.

Comment vous êtes-vous rencontrées?

Maryse: Nous avons fait notre cégep en techniques policières à Sherbrooke ensemble. Nous étions de la même année, mais dans des groupes différents. C'est à ce moment que nous nous sommes connues, mais sans plus. À ce stade-là, nous étions seulement des connaissances.

Roxane: J'ai été admise à l'École nationale de police à Nicolet deux cohortes avant Maryse. Quand j'ai fait mon cérémonial à Nicolet, Maryse y faisait son entrée. Nous avons été embauchées à la même date, soit le 21 mars 2004 comme policières à la Ville de Sherbrooke. Bref, notre parcours est très similaire.

Comment avez-vous choisi votre métier?

Maryse: Le métier de policier m'avait toujours fascinée. Au départ, je faisais un DEC en techniques d'éducation spécialisée, je voulais devenir gardienne de prison. Je pensais que mes notes n'étaient pas assez élevées pour m'inscrire en techniques policières. À la fin de ma première année, à la blague, je m'y suis inscrite avec une amie. À ma grande surprise, j'ai été sélectionnée pour les tests physiques. Au total, ça m'a pris trois ans avant d'être acceptée. Quelle fierté et quelle persévérance!

Roxane: Malgré le fait que personne dans mon entourage ne soit dans la police, du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être policière. Dès la fin de mon secondaire, j'ai été sélectionnée pour les tests. Je les ai passés, mais je n'ai pas été retenue. J'étais dans les premières sur la liste d'attente et au mois d'août, j'ai finalement été appelée.

À quoi ressemblent vos journées de travail?

Maryse: Nous travaillons toujours ensemble dans le même véhicule patrouille et sur les trois relèves (jour-soir-nuit). Notre quart de travail débute toujours par un rassemblement d'environ 30 minutes au cours duquel nos officiers (1 lieutenant et 3 sergents) nous informent des interventions survenues durant les relèves précédentes, des surveillances que nous devons effectuer et des personnes d'intérêt (personnes disparues, en fugue, arrêtables ou recherchées par un mandat).

Roxane: Ensuite, nous allons chercher nos clefs de véhicule patrouille pré-assigné et une radio. Nous sommes prêtes à aller sur la route patrouiller le secteur que nous avions choisi en début d'année. Nous répondons aux appels destinés aux duos: plaintes de bruit, violences conjugales, bagarres, personnes suicidaires, accidents avec blessés, etc. Entre les appels, nous effectuons les surveillances demandées, des opérations sur le code de la sécurité routière. Bref, nous gérons notre temps. Nous terminons notre quart après 9 heures de travail. Notre horaire est régulier sur une période de 35 jours: 7 nuits, 5 congés, 4 soirs, 3 congés, 7 jours, 4 congés, 3 soirs, 2 congés et ça recommence...

Quelle satisfaction trouvez-vous à travailler en binôme? Est-ce parfois difficile?

Maryse: Nous entamons notre 4e année comme coéquipières. Plus les années avancent et plus nous nous complétons. Lorsque nous allons sur des appels, nous savons comment l'autre va intervenir. Nous avons de moins en moins besoin de nous parler pour aller dans la même direction. Ce qui est difficile, c'est le manque de sommeil, qui joue sur notre patience à la fin de la semaine de nuit ou de jour. Nous pouvons être un peu plus «à pic» l'une envers l'autre dans ces semaines-là.

Roxane: Le fait de travailler ensemble nous a permis de développer une belle amitié et une belle complicité. Nous faisons beaucoup d'activités en dehors du travail comme aller skier, participer à des cours de cuisine, aller au spa, essayer de nouveaux restaurants, souper les deux familles ensemble, aller s'entraîner au poste de police avec les enfants pendant nos congés, etc.

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Qu'est-ce qui vous passionne dans votre travail?

Maryse: C'est un travail qui n'est pas routinier. Nous sommes en quelque sorte boss de notre emploi du temps. C'est-à-dire que nous avons de la latitude concernant nos temps de patrouille. Nous effectuons nos surveillances lorsque nous le désirons durant le quart de travail. Le fait de pouvoir choisir notre collègue de travail pèse beaucoup dans la balance. Roxane est une grande source de motivation et d'enthousiasme pour rentrer travailler. C'est rassurant de toujours savoir avec qui on va travailler.

Roxane: Tu n'as jamais deux journées identiques. Les boosts d'adrénaline que certains appels procurent. Ma complicité avec ma partner Maryse fait en sorte que j'ai davantage le goût de travailler que lorsqu'elle est en congé et que je ne sais pas avec qui je vais travailler.

Vous êtes fières d'exercer ce métier?

Maryse: Oui. Pour moi, une police est une personne honnête, droite, avec de bonnes valeurs et en qui on peut avoir confiance. Et j'aime croire que les gens qui me connaissent et me côtoient me perçoivent ainsi.

Roxane: Oui je suis fière d'être policière. Encore aujourd'hui c'est un métier majoritairement d'hommes. Moi, en tant que femme orgueilleuse, je considère que je réussis à répondre aux appels de toutes sortes (individuarmé, intervention physique, etc.) au même titre qu'un duo d'hommes.

Qu'est-ce que les gens ne savent pas de votre métier?

Maryse: En travaillant de soir et de nuit, nous voyons l'envers de la médaille. Les itinérants, la prostitution, la toxicomanie, l'alcoolisme, les problèmes de santé mentale, etc., font en sorte que nous devons jouer un grand rôle de sur le plan psychologique.

Roxane: Malgré le fait que je sois fière d'être policière, que je sois une fille perfectionniste et que je donne le meilleur de moi-même sur tous les appels des citoyens, nous sommes encore perçus négativement par un haut pourcentage de la population parce que nous devons assurer leur sécurité routière en donnant des constats d'infraction.

Votre travail diffère-t-il de celui des duos masculins? Si oui, en quoi?

Maryse: Au service de police de Sherbrooke, il y a 239 policiers, tout domaines confondus, dont 57 femmes. Sur les 5 équipes de travail, il y a en tout 4 duos féminins, comparativement à 26 duos masculins.

Roxane: La façon d'intervenir entre un duo féminin et un duo masculin est différente. Comme nous sommes moins fortes physiquement, nous devons communiquer davantage et penser à utiliser nos armes intermédiaires (poivre de Cayenne et bâton télescopique) pour arriver à nos fins. Pour avoir déjà travaillé avec des hommes, l'intervention et l'approche féminine peuvent s'avérer suffisantes pour désamorcer des situations potentiellement explosives.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui voudraient faire ce métier?

Maryse: C'est un programme collégial extrêmement contingenté. Il faut être très persévérant. Ce qui veut dire avoir de très bonnes notes et être en forme physiquement pour pouvoir se démarquer. Il ne faut pas se le cacher, il a de moins en moins d'embauche, vu la moyenne d'âge de plus en plus jeune des corps policiers.

Roxane: Pour les filles, il faut être capable de vivre dans un milieu d'hommes. C'est-à-dire ne pas être susceptible et être capable de rire des blagues machos des collègues masculins. Il faut avoir un certain côté tomboy au travail et de laisser notre petit côté fifille à la maison.

Pour découvrir d'autres métiers, consultez notre dossier spécial Faites-nous découvrir vos métiers.

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