Psychologie

Vous souffrez peut-être de dysmorphophobie

Vous souffrez peut-être de dysmorphophobie

La dysmorphophobie est une distorsion dans la perception qu'a une personne de certaines parties de son corps. Auteur : Coup de Pouce

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Vous souffrez peut-être de dysmorphophobie

Responsable du Service de psychologie au Cégep de Trois-Rivières, Marc Bournival définit la dysmorphophobie comme étant une «distorsion dans la perception qu'a une personne de certaines parties de son corps. Ce peut être ses organes génitaux, ses cheveux, son nez, sa peau, sa taille, etc.» Ceux qui en souffrent sont persuadés que leur corps - ou du moins une de ses parties - est difforme et que les autres personnes ne voient que ça. Pourtant, règle générale, leurs défauts sont totalement imaginaires ou, s'ils existent, le complexe qu'ils engendrent est totalement démesuré.


La dysmorphophobie est un trouble rare qui affecte autant les hommes que les femmes et s'installerait habituellement de façon progressive. Les adolescents et les jeunes adultes seraient les plus touchés. Il est difficile d'établir les causes de la dysmorphophobie, puisque cette maladie n'est pas très connue et rarement diagnostiquée. Dans sa pratique, Marc Bournival observe toutefois qu'il y a presque toujours une souffrance derrière le symptôme: «C'est une souffrance intérieure que la personne a cristallisée autour d'une partie de son corps. C'est pour cette raison qu'avant de traiter le symptôme, il importe de trouver la source de cette souffrance», explique l'intervenant.

Les répercussions de la dysmorphophobie

La vie des personnes souffrant de dysmorphophobie tourne souvent autour de leur «défaut imaginaire». La plupart passent plusieurs heures par jour à s'examiner de façon compulsive devant tous les miroirs qu'ils croisent: dans l'espoir de réduire leur anxiété, ils ne font cependant que l'accentuer. D'autres vont au contraire tenter d'éviter tout miroir. «Ces personnes sont très préoccupées par leur image. Il s'agit d'une obsession. Plusieurs en parlent à leur entourage, mais ça ne fait pas de sens pour les autres. On peut essayer de rassurer ces personnes sur leur « défaut », mais l'idée est tellement ancrée en elles que c'est peine perdue», poursuit Marc Bournival.

Certaines personnes vont même aller jusqu'à éviter les contacts sociaux et à s'isoler. Autres répercussions possibles du trouble: consommation d'alcool ou d'anxiolytiques, sommeil excessif et automutilation. Dans les cas extrêmes, il peut même mener à la dépression et au suicide. Dans tous les cas, celui-ci génère beaucoup de souffrance.

Le traitement de la dysmorphophobie

Contrairement à ce que croient bien des personnes souffrant de dysmorphophobie, la chirurgie esthétique n'est pas la solution. La raison est que le défaut n'est pas réel, mais imaginaire. L'opération n'aurait pour effet que de déplacer l'obsession sur une autre partie du corps. Il est possible de guérir de la dysmorphophobie, mais il est difficile d'y arriver sans l'aide d'un psychologue. «Il importe d'abord de trouver la source de la souffrance intérieure de la personne. Ensuite, on pourra travailler les perceptions que celle-ci a de son corps», précise Marc Bournival.

Dysmorphophobie: le témoignage de Leslie

Leslie connaît bien la dysmorphophobie. Celle-ci s'est ancrée dans sa vie vers la fin de son adolescence. Elle accepte aujourd'hui de témoigner, elle qui continue de lutter contre cette image erronée qu'elle a de son corps.

«Ma dysmorphophobie porte sur deux parties de mon corps: mes jambes et mon visage. Vers 18 ans, alors que j'étais danseuse, la peau de mes jambes s'est asséchée et s'est mise à craqueler, ce qui fait que j'ai en permanence des rougeurs, des taches et des cicatrices dues aux poils qui poussent sous la peau. Je ne montre jamais mes jambes totalement nues. Même mon partenaire ne peut voir mes jambes ni les toucher», confie Leslie. «Quand j'avais environ 16 ans, j'ai pris beaucoup de poids. Je me souviens que j'avais de grosses joues que je détestais. Par la suite, j'ai perdu ce poids, mais je suis restée obsédée par mon visage. J'avais un besoin quasi permanent de le toucher pour être sûre d'être normale, mais aussi de me regarder dans le moindre reflet pour être sûre que mes grosses joues n'étaient pas revenues.»

C'est en parlant avec ses parents, et en particulier avec sa mère, que la jeune femme a pu mettre un nom sur ses obsessions corporelles. Toutefois, Leslie admet que sa dysmorphophobie, même si elle est connue de son entourage, est difficile à vivre. «La plupart des gens ne comprennent pas. Ils pensent qu'il s'agit d'un complexe, alors que c'est bien différent d'un complexe. Mon problème, c'est que j'ai dans la tête une image erronée de mon visage.»

Même si sa dysmorphophobie est source de souffrance, la jeune femme ne compte pas suivre de thérapie pour essayer de guérir. «J'essaie de m'en sortir par moi-même, en discutant avec d'autres personnes qui souffrent de ce problème. Pour m'aider, j'ai des amis photographes qui m'ont prise en photo. Je réussis maintenant à m'aimer un minimum. Aujourd'hui, je vais mieux, même si mon visage et mes jambes m'obsèdent encore par moments», conclut-elle.

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