Psychologie

Témoignage: l'anxiété racontée

Témoignage: l'anxiété racontée

Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Témoignage: l'anxiété racontée

C’est comment, pour vrai, souffrir d’anxiété? Nadine, 40 ans, femme extravertie, dynamique, cadre dans une firme de services aux entreprises, nous raconte.

Ma première crise de panique a eu lieu au beau milieu de 100 000 personnes! Je n'avais même pas 18 ans. J'étais sortie avec mon premier chum. Nous étions au Festival de jazz de Montréal. Il était tôt. Nous marchions vers la scène. Soudain, je me suis retournée, j'ai vu la foule, et une terreur inexplicable m'a envahie.

À ce moment précis, j'ai cru mourir. J'ai eu exactement la même sensation que j'aurais eue si quelqu'un avait pointé son fusil dans mon visage. J'ai vraiment senti mon cœur cesser de battre. J'étais paniquée. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J'ai insisté pour qu'on quitte les lieux. Dur à comprendre pour le gars qui marche à tes côtés, qui n'a rien vu, rien senti, qui a hâte de voir le show et qui se voit annoncer qu'il faut partir... sans raison à ses yeux! C'est d'ailleurs un des grands malheurs des gens aux prises avec l'anxiété: rien ne paraît!

Dans la vie, je suis une fille très dynamique. J'ai une personnalité assez extravertie. Je sais faire rire les autres. Je donne l'image d'une femme qui a pleinement confiance en ses moyens. Le gros problème, c'est que ce qui nous mine est complètement invisible et impalpable pour le commun des mortels. C'est comme si on voyait un fantôme que les autres ne voient pas! Les gens me disent: «Toi, le clown, tu vis de l'anxiété? Tu me niaises!» Robin Williams aussi semblait heureux et il s'est suicidé. Le lien vous semble ténu? L'acteur vivait également de l'anxiété.

Après cette première crise, j'ai découvert, comme une épée de Damoclès, la peur d'avoir peur. J'avais peur de revivre ce sentiment de mourir. Ça me prenait aux tripes, sans avertisse- ment, et toujours pour des éléments imaginés! Doucement, ma vie allait devenir un petit enfer intérieur, que je tentais de cacher à mon entourage.

Par exemple, le premier matin où je me suis rendue dans les bureaux de l'entreprise au sein de laquelle j'avais décroché un emploi à la fin de mon bac, je me suis levée à 4h30 et j'ai quitté la maison à 6 h pour ne pas me retrouver dans un bouchon de circulation, une situation intenable pour moi. J'ai eu la chance de trouver un tout petit stationnement où il y avait de la place, une chose rare au centre-ville de Montréal. J'étais soulagée, même si j'ai dû attendre deux heures avant de faire mon entrée au bureau.

 

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Le soir, quand je suis revenue prendre ma voiture, le gardien m'a remis mes clés en m'in- vitant à aller chercher ma voiture... dans le garage sous-terrain. Je ne pouvais pas des- cendre là, mais il refusait d'aller la chercher pour moi. J'ai paniqué. J'avais si honte que, pour m'attirer son empathie, je lui ai raconté que ma sœur avait été attaquée dans un garage sous-terrain. C'était un pur mensonge pour expliquer ma peur.

Cette anecdote est une juste illustration du quotidien quand on vit des crises d'anxiété. Le moindre déplacement en voiture, pont à traverser, bouchon de circulation, foule dans les transports en commun rend la vie impossible. Il y en a tant de ces incontournables! Com- ment expliquer aux quelques personnes qui vous regardent, dans l'ascenseur, que, non, vous ne monterez pas finalement...

Ces crises d'anxiété ont aussi eu des répercussions sur mes amours. Combien d'invitations à sortir ai-je refusées, alors que les gars m'intéressaient! La seule idée de devoir faire la file pour entrer voir un spectacle me pousse à m'agripper au bras du gars... Gênant pour une première sortie! Même chose pour le resto: comment expliquer sa peur du plus inoffensif petit resto romantique? Aussitôt qu'il y a quatre ou cinq tables autour de la mienne, la panique s'empare de moi. J'imagine que je reste clouée au sol, alors que tout s'écroule. Là encore, impossible de rationaliser!

Bizarrement, c'est en pleine crise de panique que j'ai rencontré mon amoureux. J'avais 30 ans. J'étais allée dans un magasin à grande surface (en dehors des heures d'affluence), et sans que je m'en rende compte, la panique a commencé à s'installer. Je ne voyais plus les issues de secours. J'étais perdue. Figée sur place au rayon des bijoux, je me suis mise à haleter. Le client à mes côtés m'a demandé: «Qu'est-ce que je peux faire?» Il m'a rassurée, parlé doucement et, en prime, je n'ai jamais eu à lui expliquer ce que je vivais, car il l'a su dès le début. Et c'est ainsi que tout a commencé.

Phobies-Zéro m'a été d'une grande aide. C'est avec les gens de cet organisme que j'ai pu mettre un nom sur la cause de mon anxiété: l'agoraphobie. Mon angoisse est liée à l'idée de ne pas pouvoir quitter les lieux assez rapide- ment s'il arrive quelque chose. Les endroits comme le Centre Bell, la foule, les files d'attente, les aéroports et les espaces fermés comme l'avion ou un bus me sont difficilement sup- portables. Je dis «difficilement», car la nécessité de leur faire face fait partie de la solution quand on décide de guérir. Il faut bien connaître les éléments phobogènes, et il faut accepter de les affronter.

Plus facile à dire qu'à faire, je sais, mais ça vient tout de même de quelqu'un qui a 20 ans d'expérience avec son agoraphobie. Et j'avoue que j'en ai longtemps eu honte. J'ai toujours été une fille performante, et je me disais: «Comment ça se fait que la peur de quelque chose d'irréel - je sais que j'invente ce danger de mort - réussit quand même à prendre le contrôle de mon esprit?» À cela, ma seule réponse était le mot «faiblesse»... que j'ai maintenant changé pour «force»! La sphère dans laquelle je suis le plus épatée de mes performances? Les voyages, qui sont ma pire source d'anxiété. J'ai peur de vivre une angoisse incontrôlable. Une fois par année, je prends l'avion pour la combattre.

Dans les groupes d'entraide, j'en ai entendu de toutes sortes! Des gens qui n'ont pas dépassé les frontières de leur balcon pendant plusieurs années, des gens qui n'ont pas pris de transport... Ça a des conséquences! Les membres de la famille et les amis qui observent que tu ne les fréquentes jamais croient que tu les ignores. Les gens se fâchent, ou boudent, sans se rendre compte que tu es malade. C'est le lot des personnes vivant avec une maladie dite invisible. Mais l'anxiété n'est pas incurable! Et pour l'entourage, un conseil: répéter que ça va passer, car quand tu es en crise, ça fait du bien!

 

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