Psychologie

Survivre à une tentative de meurtre, à l'anorexie...

Survivre à une tentative de meurtre, à l'anorexie...

Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Survivre à une tentative de meurtre, à l'anorexie...

Manon Bonin, 36 ans

Elle a survécu à la mort de son conjoint

Manon avait 33 ans. Elle était à la maison avec Naomie, 2 ans et demi, et Noah, 5 semaines. Marco était allé aider des amis à déménager. À midi, il lui a téléphoné. «J'arrive. Je t'aime.» À 13 h, des policiers ont sonné à sa porte. Marco avait eu un accident de voiture. Il ne reviendrait jamais à la maison. «J'ai cru que ma vie s'arrêtait. Après 10 ans de vie commune, nous étions au summum du bonheur. Nous étions mariés, nous avions les enfants, la maison, des projets. Nous étions encore jeunes et amoureux. Je me suis fait voler mon homme, mon bonheur, ma vie.»

Très vite, elle allait réaliser qu'elle devait rester debout, au nom de ses enfants. À l'époque, Manon trouve du soutien auprès de son frère Stéphane. «Sept ans avant la mort de Marco, en accouchant de leur troisième enfant, la femme de Stéphane est décédée, ainsi que le bébé. Il est resté seul avec deux enfants de 3 et 5 ans.

Même si on a envie de se recroqueviller, on trouve beaucoup d'empathie auprès de ceux qui savent exactement ce qu'on traverse. Les enfants et moi sommes allés vivre chez lui pendant 9 mois. J'ai vu un psy pour savoir quoi dire aux enfants. J'ai appris qu'il valait mieux laisser venir leurs questions, mais éviter de mentir. "Non, papa ne reviendra jamais. Il est au ciel, et dans ton cœur. Tu peux lui parler, il t'entend. Maman lui parle tous les jours."»


Pendant quelques mois, Manon ne fait que survivre. Plus rien n'a de sens. «Pendant des mois après sa mort, j'ai attendu de me réveiller du cauchemar. J'ai espéré que la douleur cesse.» Puis, une nuit, elle rêve à Marco, enfin. Il est au téléphone et lui dit qu'il faut acheter ce terrain, celui avec un long chemin... «Le lendemain, j'étais décidée. Je savais qu'il fallait briser nos habitudes. Naomie, qui attendait son papa tous les soirs à la fenêtre. Moi-même, qui avais toujours l'impression de voir Marco arriver.» C'est dans l'action que Manon allait trouver une forme de rédemption. Avec l'aide de ses parents, elle a fait construire une maison, selon les projets qu'elle partageait avec Marco. Elle s'y est installée il y a plus de deux ans. Elle a tout liquidé, sauf l'équivalent de deux caissons d'objets personnels qu'elle destine, un jour, aux enfants.


Manon admet que construire une autre vie est difficile, car cela signifie accepter que Marco n'y est plus. «J'ai reconstruit une vie parce que mes enfants ont droit au bonheur. Ils ont droit à une existence sans peine, avec des partys de Noël et une confiance sans limite en demain. Je n'ai pas le droit de leur transférer ma peine. Ils n'ont pas mes blessures et n'ont pas à en souffrir.» Le temps pourra-t-il tout cicatriser? «Je ne suis pas rendue là», répond-elle simplement, trois ans après le drame. Jusqu'à présent, j'ai agi. Je suis même retournée aux études et j'ai laissé Steve entrer dans notre vie. Mais je pense que la douleur va toujours être aussi intense. J'apprends simplement à vivre avec. C'est dur pour mon entourage, parce que ça en prend beaucoup pour me toucher!

Les enfants savent que Papa est au ciel et dans leur coeur. Ils savent aussi que Steve veille sur eux et sur moi. Mais il n'y a rien à apprendre d'un tel drame, sinon que ça peut faire partie de la vie et qu'on possède des ressources insoupçonnées pour continuer à vivre.»  

Karine Gauthier, 37 ans

Elle a survécu au cancer et à l'abandon


Ça faisait longtemps que Karine songeait à subir une augmentation mammaire. Un soir de brouille avec son mari, elle se décide. Le lendemain, elle est sur la table d'opération pour une nouvelle paire de seins. À l'examen de routine post-chirurgie, le plasticien décèle une anomalie, mais lui dit que ce n'est rien. «J'avais envie de le croire. Mais mon instinct - et l'infirmière présente - me disaient d'investiguer», se souvient Karine. À la Clinique du sein Ville-Marie, le diagnostic est immédiat: carcinome invasif. Elle a 29 ans. Elle subit deux chirurgies en 10 jours, dont une mastectomie partielle puisque le cancer est déjà métastasé. «L'implant a propulsé la masse, la rendant ainsi palpable, explique Karine. Sans augmentation mammaire, je serais peut-être morte aujourd'hui!»


Entre 2002 à 2005, pendant qu'on la soigne, son père meurt d'un cancer, sa mère reçoit un diagnostic de cancer du sein, sa sœur jumelle décède à 32 ans d'une anomalie cardiaque. Karine tient le coup, ne sachant quoi dire à tous ceux qui lui demandent comment elle fait pour ne pas craquer. «Je pense que la résilience est innée», dit-elle simplement.


Après trois ans de rémission, alors qu'elle croit le pire derrière elle, Karine apprend avec horreur que son cancer n'était que la pointe de l'iceberg. Au département de génétique de l'université McGill, on découvre qu'elle porte un gène défectueux, susceptible de provoquer d'autres cancers au sein, aux ovaires ou à l'utérus. Elle est la seule en Amérique du Nord à porter ce gène. La solution? La castration chimique. «Nous avions déjà un fils, Karl, et, de toute façon, quand ta vie est en jeu, la réflexion est plutôt rapide. À 32 ans, j'abordais donc ma ménopause, et je commençais à combattre des risques d'ostéoporose aiguë.»


Là, vraiment, elle se dit qu'elle a tout eu! Mais elle mésestime sa destinée. «En rentrant, un soir, mon mari m'a annoncé qu'il me quittait, après cinq ans de mariage. J'ai appris plus tard qu'une jeune femme était dans sa vie. Mais quand tu as vu ton existence menacée, ça change ta façon de réagir. Je n'avais pas le temps d'avoir une peine d'amour qui dure des années! J'ai entamé une bataille juridique pour obtenir ce qui me revenait et j'ai consulté pour savoir si c'était normal que je ne craque pas!»


Les épreuves ont beaucoup appris à Karine. «J'ai perdu la santé, mon mari, la moitié de ma famille et toute ma belle-famille, mais je suis devenue très forte, et consciente de mon bonheur. J'ai un fils fantastique. Je suis entourée de femmes extraordinaires! Mes amies Sony et Christiane, ma mère, mes sœurs, ma cousine n'ont pas hésité à être là pour moi.»


Karine sera bientôt technicienne en pharmacie, un choix de carrière qui la met en contact chaque jour avec de nouvelles collègues exceptionnelles. «La maladie, c'est un rappel qu'on n'est pas éternel. Je voudrais dire aux femmes qui lisent ce reportage: allez jouer dehors, appelez une amie, grimpez une montagne, achetez-vous un foulard coloré, faites une folie et souriez... vous êtes en vie!»
 

Julie Laflèche, 27 ans

Elle a survécu à l'anorexie


C'est l'été de ses 15 ans que Julie a commencé à se restreindre à table. «En maigrissant, j'obtenais de l'attention, on me félicitait, j'étais populaire à l'école... C'était grisant.» Son obsession de la minceur passe alors par un esprit compétitif sans précédent: elle doit être la plus mince, la plus performante, la plus aimée. L'année suivante, 40 livres en moins et ses règles disparues, Julie voit son pédiatre rassurer sa mère; elle n'a apparemment que perdu sa graisse de bébé! La mère oblige alors sa fille à rencontrer le Dr Jean Wilkins, une sommité en matière d'anorexie juvénile. «Si tu n'es pas malade, lance le spécialiste à l'ado récalcitrante, reviens la semaine prochaine avec 2 livres en plus!»


«Je l'ai trompé avec des roches dans mes poches pendant deux semaines, raconte Julie. J'ai perdu 8 livres dans son dos, avant qu'il m'oblige à me peser en jaquette.» Elle pesait 82 livres. Elle avait 17 ans. Un soir, assise sur le calorifère de sa chambre parce qu'elle n'arrive ni à se réchauffer ni à se concentrer, elle craque. «J'ai enfin demandé l'hospitalisation. Mais ma vraie raison, c'était pour échapper à l'échec du lendemain, à l'examen. Ma mère a cru qu'on avait touché le fond. On en était loin.»

L'anorexie, une maladie mentale difficile à cerner, entraîne Julie dans une recherche de contrôle qui n'a plus de fin. L'eau qu'elle boit, les méthodes d'élimination, les subterfuges pour tromper son monde, tout est réglé au quart de tour. «Je mentais à tout le monde, tout le temps, avoue-t-elle. J'ai tout fait. Les centres de jour, les cures fermées, les séjours en clinique privée et les hôpitaux. Je connaissais tous les trucs et je déjouais tous les spécialistes.»


À 21 ans, ses parents la sortent d'urgence d'un centre de cure fermée pour l'hospitaliser. Elle ne tient plus sur ses jambes, son taux de sucre est à 1, sa température à 36°C et les médecins lui donnent 3 heures à vivre. Elle pèse 56 livres, mais essaie encore d'arracher le tube naso-gastrique pour éviter d'absorber les calories du liquide qui la garde en vie. Malgré elle, on la rescape. «J'avais épuisé toutes les ressources. Les thérapeutes disaient que j'étais une anorexique chronique, mais mes parents ont toujours refusé de me laisser tomber!»


L'année suivante, elle est internée en psychiatrie. «Ils m'ont mis avec les fous, sans distinction, en jaquette bleue, sans sous-vêtement pour éviter que j'y cache ma nourriture. J'étais enfermée à clé la nuit et sous surveillance continue le jour. Je devais lever la main pour aller aux toilettes, et j'étais mise en contention, en guise de punition, pour m'être levée sans permission (certains anorexiques marchent pour dépenser des calories).

J'avais droit à une visite sur mérite seulement. Je devais prendre du poids pour avoir une récompense. Ils m'ont remontée à 95 livres avant de me laisser sortir. Ce fut l'enfer. Mon "fond" à moi. Après l'enfermement, j'étais hyper motivée. J'ai repris 60 livres en quatre mois. Ça fait quatre ans maintenant. Je suis guérie.» Julie pose un regard lucide sur sept ans de maladie. «J'ai longtemps cru que j'avais perdu ces belles années, mais je sais maintenant qu'elles m'ont rendue plus forte, plus déterminée, et plus consciente de la valeur de ma vie.

On a toutes une survivante en nous. Ma route m'a permis de trouver la mienne.» Julie a un amoureux, prend soin d'elle, mange six petits repas par jour et rêve d'ouvrir une garderie avec sa soeur. «J'ai fait vivre l'enfer à mes parents, et ma soeur a été délaissée à cause de ma maladie. Je voudrais maintenant bâtir avec elle. Je sais que nous en avons toutes les deux besoin.»  

Marlène Longpré, 57 ans

Elle a survécu à une tentative de meurtre

Marlène avait 41 ans, était psychothérapeute, mère monoparentale, avait un amoureux et se sentait à la tête de sa vie. Un soir d'octobre, au moment où elle sort du travail, dans le stationnement, un homme en voiture fonce délibérément sur elle. «J'ai été laissée pour morte. J'en ai gardé des séquelles pendant des années! Des maux de tête, une opération aux tunnels carpiens, un choc post-traumatique qui m'a tenue en haleine pendant près de deux ans, et la peur au cœur pour plus longtemps encore.»

Le plus difficile fut d'accepter que sa vie était en suspens. «Le bonheur venait de me glisser sous les pieds. Ce n'était pas de ma faute, mais je me sentais impuissante et frustrée. J'avais perdu le contrôle et j'étais incapable de le retrouver.» La police n'a jamais identifié l'auteur ni le motif. Le meurtrier pouvait donc ressurgir de partout, en tout temps. «Éventuellement, le seul lieu où je me sentais en sécurité, c'était à la maison. Je sentais que ma vie m'échappait.»


C'est son entourage, sa démarche et son attitude qui l'ont sauvée. «Mon conjoint et ma fille ont été patients, à l'écoute et sensibles. Je suis entourée d'excellents amis à qui j'ai pu parler. Mais surtout, j'ai eu accès à une thérapeute pour gueuler, dire ma peur, me répéter, être en colère, vivre mes émotions. Elle normalisait ce que je vivais et m'a sans doute préservée de devenir envahissante pour mes amis.»

Dix ans plus tard, Marlène est foudroyée par un cancer du sein. Je peux dire que l'agression dont j'ai été victime une décennie plus tôt m'a rendue plus forte et m'a aidée à vaincre le cancer. J'avais combattu un ennemi inconnu, je pouvais maintenant faire face à un adversaire identifié! Je me suis dit: "Ok, ça se peut que je meure. Mais ça se peut que je vive, aussi!" Je suis actuellement en rémission depuis cinq ans et demi. Ai-je appris une chose?

L'importance de l'espoir. Je sais maintenant que le temps arrange vraiment les choses. Il atténue la douleur, sécurise, apporte des ressources insoupçonnées. En temps de crise, on désespère, mais, avec le recul, on découvre les côtés positifs. Je ne dirais jamais que la souffrance est nécessaire. Je crois seulement qu'elle rend véritablement plus forte et oui, dans certains cas, peut-être nous prépare-t-elle à mieux faire face à la suite de notre vie.»

Pour s'en sortir, Marlène a cultivé l'amour et l'humour. «En pleine chimio, sans un cheveu sur la tête, j'arrivais à rire, à vivre, à sortir sans perruque et à vouloir plus que tout... la vie! J'ai éliminé ces images horribles d'une voiture qui fonce sur moi. Je ne pense plus qu'un fou me guette au tournant. Mais je sais, par contre, qu'on n'est à l'abri d'aucune épreuve et que le bonheur n'est pas à destination. Il est sur la route. Il faut le saisir chaque jour.»

 

 

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