Psychologie
17 août 2012

Retour à la case école

Par Andrée-Anne Guénette, Coup de pouce, octobre 2012

Martin Laprise Auteur : Coup de Pouce Crédits : Martin Laprise

Psychologie
17 août 2012

Retour à la case école

Par Andrée-Anne Guénette, Coup de pouce, octobre 2012
Cet article fait aussi partie des dossiers :

Sophie, 36 ans
Doctorat en histoire à l'UQAM

Maman de deux filles de 6 et 3 ans
«Passionnée d'histoire et de journalisme, j'ai fait un baccalauréat tout de suite après le cégep. Une rencontre heureuse avec la journaliste et romancière Micheline Lachance, qui m'a donné une chance dans le magazine où elle travaillait, a lancé ma carrière de journaliste. Parallèlement, j'ai continué mes études à la maîtrise en histoire à temps partiel, conciliant ainsi mes deux passions. Quand la question du doctorat s'est posée, après avoir hésité, j'ai choisi de poursuivre dans la voie du journalisme.

«Avec mon conjoint, qui travaillait dans le même domaine que moi, nous sommes partis un an en Chine, d'où nous écrivions tous deux des articles pour le Québec. Au retour, mon rythme a ralenti: très minutieuse, je n'écris pas vite, et mon salaire s'en ressentait. En 2006, j'ai donné naissance à ma fille Charlotte. Parallèlement, mon insatisfaction grandissait face à ma carrière qui stagnait et ne semblait m'offrir aucune possibilité d'avancement. Je devenais amère, me demandant si j'avais vraiment fait le bon choix. Et écrire était de plus en plus difficile.

«Pendant mon deuxième congé de maternité, Micheline Lachance est intervenue une fois de plus dans ma vie, me proposant cette fois une piste incroyable pour un doctorat. Et là, après avoir trouvé une prof prête à diriger ma thèse, j'ai décidé de m'inscrire. Ce choix s'est avéré difficile, notamment pour mon conjoint, qui trouvait difficile de voir nos amis s'acheter des maisons et avancer financièrement dans la vie, alors que moi, je choisissais de retourner aux études. Le doctorat, c'est quatre longues années, mais ma passion pour l'histoire et pour ce beau projet me portait. Je m'accrochais comme à une bouée à la promesse d'une carrière académique qui m'apporterait beaucoup sur le plan personnel et professionnel.

«Puis, grâce à cela, j'ai obtenu un emploi de chargée de cours. Si je n'avais pas pris le risque d'essayer cette avenue qui m'attirait mais qui me faisait peur, je me serais privée de cette expérience, qui m'a permis d'obtenir un poste dans un cégep. J'ai adoré! Les deux premières années, sans bourses et incapable de vivre sans salaire, j'enseignais à temps partiel. Ça n'avait rien de facile: je travaillais sans relâche, dès que les petites étaient à la garderie et à l'école le matin, et, après la routine du soir, je reprenais du service au milieu de mes livres, jusqu'à tomber de fatigue vers les 2 h, 3 h du matin. Heureusement, j'ai obtenu depuis une bourse d'études pour les trois prochaines années, ce qui me permet de consacrer tous mes efforts à mes études et à mes filles.

«Je voudrais dire à celles qui songent à faire le saut d'écouter leur petite voix intérieure et de s'accrocher à leurs désirs. Il est tout à fait possible d'étudier sans négliger sa famille. Et on ne soupçonne pas tout ce que cette vie nouvelle peut nous apporter. Pour moi, ce sont de nouvelles amies très chères, un nouveau milieu de vie, une grande satisfaction personnelle et intellectuelle et l'espoir d'un avenir enrichissant sur tous les plans, même s'il n'y a pas de certitudes! Et puis, je crois pouvoir servir de modèle de persévérance pour mes enfants. Enfin, je le souhaite!»

 

 

Maude, 39 ans
Doctorat en médecine
En couple, maman d'enfants de 14 et 20 ans

«Mon adolescence a été pour le moins tumultueuse. Je me cherchais beaucoup. À 17 ans, je suis partie en France et au Portugal pour me ressourcer et me dévouer auprès d'ex-toxicomanes infectés par le VIH et délaissés par leur famille. C'était en 1990. La communauté médicale ne savait pas grand-chose du sida, et les gens souffraient énormément. Mais j'étais convaincue que c'était par la recherche et les connaissances qu'on pourrait les aider et déjà, j'avais en tête de faire des études en médecine, même si je n'avais alors pour toutes études qu'un secondaire 3.

«À 19 ans, revenue au Québec pour donner naissance à ma fille, j'ai continué de travailler auprès de toxicomanes séropositifs. Comme j'avais beaucoup d'expérience sur le terrain, chose rarissime à l'époque, on m'a accueillie à bras ouverts. J'ai travaillé dans ce milieu pendant plusieurs années. J'ai même siégé sur des comités pancanadiens. Durant toutes ces années, j'ai mûri un éventuel retour à l'école. Afin d'être certaine de pouvoir réussir mes études, j'assistais même à des cours comme auditrice libre.

«Et puis, j'ai rencontré celui qui serait déterminant dans mon retour à l'école, mon conjoint actuel, un microbiologiste spécialiste du VIH. Partageant ma passion pour la médecine, il m'a encouragée à me dépasser. Après la naissance de notre fils, je me suis lancée dans un bac en biologie. Mon parcours était semé d'embuches, mais je suis extra-obstinée et je savais ce que je voulais faire: soigner les gens. Mais tout de même, j'avais 26 ans, deux jeunes enfants et je partais de loin. Mon rêve était-il trop fou?
«J'ai travaillé très fort pour être admise en médecine. Au quotidien, je visais l'essentiel: la famille, les études et c'est tout. Ma maison n'était pas organisée, mais les enfants s'épanouissaient, car ils se savaient aimés, et c'était le plus important. C'est seulement à mon troisième essai que j'ai été acceptée. J'avais 34 ans. Je me sentais fière, mais j'étais vidée. Le chemin avait été tellement long que c'était dur à croire que j'avais finalement atteint mon but. Mes enfants avaient 10 et 16 ans.

«Ils n'avaient jamais connu leur mère autrement qu'aux études. Ils en retiraient tout de même une certaine fierté. Le soir, après le souper, tout le monde s'assoyait à la table de cuisine pour étudier: mon fils pour faire ses devoirs du primaire, ma fille, les siens du secondaire, moi, mes études et mon conjoint, ses lectures de recherche. J'étais fatiguée, c'est sûr, mais nous y arrivions, et mon conjoint m'appuyait énormément. Malgré tout, je restais une maman. Alors, mes journées étaient aussi rythmées par l'école des enfants, les soupers, les devoirs et la routine du soir. Une fois les enfants endormis, je me replongeais dans mes livres jusqu'à 1 h, 2 h du matin. Il m'est arrivé de passer des week-ends entiers à dormir pour récupérer!

«Aujourd'hui, mon diplôme en main, je suis à l'aube d'une nouvelle étape: six ans de résidence. Mais je sais que, si c'était à recommencer, je referais la même chose. Et je dirais à celles qui retournent aux études de viser l'essentiel, de s'entourer de gens de confiance et de respecter leurs limites en ayant l'humilité d'accepter l'aide offerte et d'aller chercher les ressources disponibles, car empiéter sur son sommeil n'est pas une solution à long terme!»  

 

Natalie, 41 ans

AEC en hydrogéologie et géoenvironnement
Maman de deux filles de 19 ans et 14 ans


«L'amour m'a fait quitter le cégep à 20 ans. J'ai suivi mon homme à Fermont, où il travaillait. Là-bas, j'ai cumulé des petits boulots et longtemps cogité un retour à l'école, qui m'assurerait un emploi plus stable et plus intéressant. Malheureusement, il n'y a pas de cégep à Fermont.


«Après plusieurs années, j'ai entrepris des études en infographie multimédia. Cela impliquait de m'installer un temps à Montréal, laissant derrière moi mes deux filles, qui sont restées à Fermont avec leur père, dans un environnement qu'elles connaissaient. Mais ce domaine ne me convenait pas. Je suis donc rentrée à Fermont, où j'ai pris un travail de serveuse, un métier extrêmement payant dans cette ville. J'en ai profité pour mettre de l'argent de côté, car je n'avais pas abandonné l'idée d'un retour aux études. Parallèlement, j'ai consulté des orienteurs, qui m'ont aidée à cerner un domaine qui me conviendrait davantage.

«Comme l'environnement me tient à coeur, j'ai opté pour une attestation d'études collégiales en hydrogéologie et géoenvironnement, dont la formation est donnée à Thetford Mines. Une fois de plus, j'ai dû me séparer des filles. C'était un sacrifice immense, mais mes proches étaient fiers de moi et m'encourageaient à poursuivre mes études. Mes filles aussi: elles me disaient que j'étais un modèle pour elles.

«La séparation a été difficile, mais j'adorais mes études. J'aimais le quotidien de la salle de classe et j'ai rencontré des gens formidables, dont mon meilleur ami actuel. J'étudiais de façon très sérieuse. Quand on le fait dans des conditions comme les miennes, on n'a pas de temps à perdre: on est hyper-consciente du temps, des sous et de la distance, et on sait qu'il faut prendre ça au sérieux pour finir au plus vite! Tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, je parlais à mes filles au téléphone ou par vidéoconférence. J'étais avec elles à ma manière, même si je passais parfois de longs moments sans pouvoir les voir.

«Une fois mes études terminées, je n'avais qu'une envie: aller travailler à la mine de Fermont, pour être plus près de mes filles, mais aussi pour montrer aux femmes du coin que c'est possible de se recycler et d'intégrer ce milieu très masculin et hermétique. Ce n'est qu'au bout de quatre ans, en mai dernier, après avoir fait des stages et des contrats un peu partout de Matane à Matagami, que j'ai enfin décroché un poste permanent dans mon domaine à Fermont.

«Aujourd'hui, je suis fière de ce diplôme et de ma nouvelle carrière. Mais j'ai payé un prix immense pour l'avoir. Avoir su que j'allais être séparée de mes enfants aussi longtemps, je n'aurais pas osé. Mon conseil à celles qui pensent à se lancer dans l'aventure? Il faut croire qu'on a en nous la force, la volonté, la motivation pour traverser les moments difficiles. Il faut se faire confiance.»

 

Marie-Ève, 35 ans
DEP en esthétique

En couple, maman d'un garçon de 7 ans


«Passionnée de langues et de littérature, j'ai suivi un parcours qui m'a conduite à étudier la traduction à l'université. Mon baccalauréat à peine terminé, on m'a offert un excellent poste dans un cabinet d'avocats. C'était un travail exigeant et les journées étaient longues, mais j'apprenais et construisais ma carrière dans un environnement valorisant. Au bout de deux ans, j'ai suivi mon conjoint en Angleterre et en Allemagne pour ses études. Là-bas, je suis tombée enceinte de mon fils Benjamin.

«Après quelques années, devenue monoparentale, j'ai ressenti un besoin de changement. Mon travail de traductrice m'offrait un salaire intéressant, mais je ne me sentais pas à ma place, j'avais besoin d'autre chose, loin des échéanciers serrés et du stress du quotidien. J'ai alors longuement cherché une carrière qui pourrait me satisfaire. J'en avais assez d'être derrière un écran toute la journée et j'avais besoin de contact avec les gens.

«Peu à peu, l'idée a germé en moi de vendre ma maison avec son gros terrain qui exige temps et énergie et de prendre une année sabbatique pour faire quelque chose juste pour moi. Je voulais retourner aux études et j'hésitais entre quelques métiers qui me passionnaient. Finalement, j'ai bel et bien vendu ma maison et, une semaine avant la rentrée des classes, en septembre dernier, j'ai annoncé à mes parents que je quittais mon poste en traduction pour retourner aux études. Mon garçon et moi rentrions à l'école en même temps, lui à la maternelle et moi, à l'école d'esthétique.

«Au quotidien, mon fils a gagné une maman beaucoup plus zen. J'étudiais de 8 h à 15 h et je pouvais passer le chercher rapidement à l'école, ce qui me permettait une conciliation travail-famille inimaginable dans ma vie d'avant. Je m'organisais pour faire mes travaux durant mes jours de congé et quand mon garçon était avec son père. Mes parents aussi m'aidaient beaucoup. Je visais l'essentiel: je faisais des recettes simples, je me couchais tôt, je faisais parfois mes courses et mon souper avant de passer prendre le petit à l'école. Je réfléchissais à ce dont j'ai vraiment besoin pour vivre et je me consacrais à l'essentiel, apprivoisant une vie bien moins riche, mais beaucoup plus satisfaisante.

«Cette décision a suscité l'étonnement autour de moi. Difficile de comprendre qu'on puisse quitter une carrière bien vue assortie d'un excellent salaire pour travailler à un comptoir de cosmétiques. Mais ma vie d'avant ne me manque pas. Je fais beaucoup moins d'argent, mais j'ai tellement moins de stress! Et j'aime tout de cette carrière: les ventes, les produits glamour, le contact avec les gens et le fait que c'est à 15 minutes de chez moi. Je me sens choyée d'aller travailler tous les jours, et je sens que j'enseigne à mon fils qu'il doit faire ce qu'il aime dans la vie. Un changement comme celui-là exige qu'on examine nos valeurs profondes. J'ai dû réfléchir à ce dont j'avais vraiment besoin sur le plan matériel. J'ai appris à choisir ce qui est important pour moi.»

 

 

À LIRE: Est-ce le temps de changer de carrière?

 

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