Psychologie

Qu'est-ce qu'on attend pour être heureuses?

Qu'est-ce qu'on attend pour être heureuses?

Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Qu'est-ce qu'on attend pour être heureuses?

«Je ne me sentais pas heureuse et j'ai cru que je le serais davantage en ayant un enfant, confie Annie, 29 ans. J'aime mon bébé plus que tout, mais cela ne m'a pas rendue plus heureuse dans ma vie de couple. J'avais cru qu'avoir un bébé nous rapprocherait, ça n'a pas été le cas. D'ailleurs, on s'est quittés peu après.»

Miser sur un bébé pour raviver un couple défaillant est une erreur que plusieurs femmes commettent, mais l'attitude d'Annie en trahit une autre, plus profonde et également répandue chez les deux sexes: faire dépendre son bonheur de la réalisation d'une condition ou de l'obtention de quelque chose. En effet, lorsqu'on attend après quelque chose ou quelqu'un pour être heureux, on est souvent déçue. Pour toutes sortes de raisons: parce qu'on n'obtient pas toujours ce qu'on veut... parce que les relations sur lesquelles on mise peuvent se défaire... mais principalement parce qu'on oublie que le bonheur vient d'abord de l'intérieur.

Le bonheur conditionnel
«On vit entre deux pôles: vouloir sans cesse de nouvelles choses et apprécier le quotidien, explique Lucie Mandeville, professeur de psychologie à l'Université de Sherbrooke. Or, la plupart des gens vivent dans le vouloir.» Des enfants, une maison, un amoureux, plus d'argent, plus d'amis, une taille plus mince... les choses qu'on désire et qui, croit-on, nous rendront plus heureuse varient d'un individu à l'autre. Elles varient même considérablement au cours de la vie d'un même individu.

Bien sûr, ces désirs et objectifs ne constituent pas nécessairement une entrave au bonheur. Ce serait même le contraire, dans la mesure où nos aspirations tendent à nous faire évoluer. Ainsi, vouloir un meilleur emploi pour mettre davantage à profit nos talents est tout à fait louable, voire souhaitable, puisque cela nous pousse à nous dépasser. «C'est très bien de faire des projets, d'avoir des buts, c'est ce qui nous fait avancer dans la vie, croit Lucie Mandeville. Vouloir l'auto de l'année n'est pas mauvais non plus. À condition de savoir préserver un équilibre entre ce qu'on veut et ce qu'on a.» Cela veut dire: être en mesure d'apprécier notre situation et savoir vivre pleinement l'instant présent.

Acheter le bonheur
Mais être heureux sans attendre ou courir après quelque chose n'est pas simple. «D'abord, parce qu'on confond souvent bonheur et joies, croit Robert Blondin, conférencier et auteur, notamment, de Maudit bonheur. Mais la satisfaction qu'apportent les joies, petites et grandes, est souvent éphémère.» C'est ce qui fait que ceux qui courent constamment après telle ou telle chose sont souvent déçus dès qu'ils l'ont eue.

«Depuis que je suis en âge de faire de l'argent, j'ai cru que j'avais besoin de choses matérielles pour être heureuse: un condo, un chalet, des objets de luxe... C'est seulement avec l'âge que j'ai compris que je me trompais, que je ne cherchais pas à la bonne place», confie Andrée, 48 ans. «La société de consommation dans laquelle on vit contribue, par le biais de la publicité notamment, à alimenter la croyance qu'on doit acquérir des choses pour être vraiment heureux», commente Yves Gros-Louis, psychologue.

«Le besoin d'acheter, d'obtenir ou d'attendre après quelque chose pour être heureux est à mon avis un réflexe de facilité, commente Robert Blondin. À l'image de notre société de consommation rapide, on veut obtenir du bonheur facilement et vite!» De toute évidence, c'est une stratégie qui ne marche pas.Le bonheur en soi
«Je me suis questionnée pour savoir qui j'étais et ce que je voulais vraiment, raconte Andrée, et j'ai compris que le matériel ne me définissait pas comme personne, que je devais nourrir les autres aspects de ma vie, dont ma vie spirituelle.» Même cheminement chez Annie, qui a compris, après sa rupture amoureuse, qu'elle seule avait le contrôle sur son bonheur.

Pour Robert Blondin, le bonheur se définit ainsi: «C'est l'harmonie entre ce que tu fais, ce que tu penses et ce que tu sens.» Il s'agit, autrement dit, d'un profond sentiment de bien-être et d'équilibre. Bref, être heureux exige du temps ainsi qu'un certain travail d'introspection. Un travail d'autant plus difficile qu'on doit conjuguer notre désir d'avoir certaines choses et notre appréciation du moment présent. «Profiter du moment présent est à la portée de tous, insiste Cécile Neuville, psychologue spécialisée en développement personnel. Mais on doit commencer par y croire. Il faut aussi accepter que les choses ne se déroulent pas toujours comme on le souhaiterait.»

Comment tirer le meilleur du moment présent? En prenant l'habitude d'être reconnaissante de ce qu'on a (santé, amis, sécurité, etc.) et en apprenant à goûter le plus possible tous les petits plaisirs impossibles à acheter que la vie nous envoie: la bonne chaleur des rayons du soleil, le rire des enfants dans un parc, le sourire de notre amoureux.

Le bonheur en pratique
La seule façon de savoir ce qu'on attend pour être heureuse est de se poser la question, tout simplement. Notre niveau de bonheur actuel nous donnera aussi une bonne indication: si on ne se sent pas heureuse ou si on l'est rarement, cela signifie que certaines choses nous empêchent de l'être et, donc, qu'on attend (même inconsciemment) après quelque chose. Voici quelques exercices pour laisser le bonheur venir à nous.

Tous les jours, de bonnes nouvelles!
  • On se procure un journal, un agenda ou un calendrier assez grand pour y écrire.
  • Chaque jour, on note trois belles choses qui nous arrivent. Il peut s'agir de toutes petites choses, comme «J'ai goûté un gâteau vraiment savoureux» ou encore «Un inconnu m'a souri».
  • Au bout d'un mois, on se relit et on fait le bilan: quels bonheurs reviennent le plus souvent? Lesquels manquent à l'appel? Puise-t-on tout notre bonheur dans l'immédiat (manger du gâteau) ou laissons-nous toute la place aux projets d'avenir (magasiner notre prochain forfait vacances)?

    Le bonheur, un projet
  • Même si on ne se sent pas l'âme d'une artiste, on se dessine dans 10 ans, heureuse. De quoi sera fait notre bonheur: une maison à la campagne? entourée d'enfants? en voyage à l'étranger? On s'efforce d'inclure le plus de détails possible.
  • On affiche notre dessin là où on pourra le voir souvent, histoire de se rappeler le bonheur qu'on construit tous les jours pour en arriver là.

    Une liste à... défaire
  • On divise une feuille blanche en deux colonnes. D'un côté, on note tout ce qui nuit à notre bonheur.
  • On réfléchit ensuite aux solutions possibles et on les inscrit dans la deuxième colonne. Par exemple, une amitié nous fait souffrir? On réfléchit à la discussion qui s'impose avec notre amie, ou encore, à la meilleure façon de couper les ponts.Sagesse de demain... aujourd'hui
  • On s'imagine à 95 ans, avec toute la sagesse d'une vie derrière soi. Quelles qualités voudrait-on avoir quand on aura cet âge: généreuse? drôle? fonceuse?
  • On s'efforce de les mettre en pratique ou de les développer dès aujourd'hui.

    Au ralenti
  • On choisit une chose agréable qu'on a faite la veille - boire un café, revenir à pied du travail, jouer avec notre plus jeune, etc. - et on la refait, mais len-te-ment. Bref, on savoure!
  • Le but de l'exercice: prendre conscience de chacun de nos gestes, être plus attentive aux bruits, aux odeurs, à ce qui nous entoure, etc.

    Être heureuse en attendant
    Le temps nous sépare du moment heureux tant attendu? On en profite pour cultiver d'autres bonheurs. On souhaite...
  • tomber enceinte? On en profite pour faire l'amour le plus souvent possible!
  • devenir propriétaire? D'ici là, on savoure notre chance de ne pas avoir à tondre la pelouse l'été ni à pelleter l'hiver!
  • gravir les échelons dans la compagnie? On apprécie de ne pas devoir faire d'heures supplémentaires.
  • avoir la garde-robe de rêve? Notre copine à la mode nous prête ses dernières acquisitions gratos!
  • voyager, sans en avoir les moyens? On prépare notre voyage de rêve: on lit, on s'instruit, on apprend à connaître les pays qu'on souhaite visiter.
  • décrocher un meilleur emploi? On s'inscrit à des cours du soir pour le décrocher plus rapidement.
  • trouver l'âme soeur? On profite des journées passées dans notre vieux pyjama, un masque de boue sur le visage en écoutant du Michel Fugain!
  • perdre 10 livres? On se dit que les filles plus minces que nous ne sont pas nécessairement plus heureuses, en santé, drôles, intelligentes, etc.
  • gagner à la loterie? Personne ne vient nous emprunter de l'argent et aucun conseiller financier ne nous harcèle. On en profite!

    Ils attendent quelque chose

    «Avec les études que j'ai faites, il me semble que je serai bien plus heureuse quand j'aurai un poste à la hauteur de mes ambitions. Je travaille présentement comme chargée de projet dans une maison d'édition, mais j'attends le jour où je serai directrice. Je pense que je me sentirai plus à ma place.»
    Jacynthe, 30 ans


    «Je me vois vivre ailleurs, à Vancouver par exemple. Je partirais demain matin si j'avais un emploi qui m'attendait là-bas! Je trouve cette ville plus belle et culturellement plus riche que Montréal, ce qui représente une meilleure qualité de vie pour moi et, par conséquent, une meilleure cote de bonheur!»
    Isabelle, 34 ans

    «Je serais définitivement plus heureuse sans rides sur mon visage ni cellulite sur mes cuisses! Tout simplement parce que je me sentirais mieux dans ma peau. Je ne sais pas si j'irai jusqu'à me faire injecter du Botox, mais l'idée m'effleure souvent l'esprit.»
    Francine, 48 ans

    «Non pas que je ne sois pas heureuse, mais je pense que je le serais davantage si mon chum et moi, on se mariait. Je crois que notre union n'en serait que plus forte, notre engagement, plus profond.»
    Véronique, 32 ans

    «Je sais que plusieurs filles disent qu'elles sont bien célibataires. Moi, je suis persuadée que je serai plus heureuse quand j'aurai rencontré l'âme soeur!»
    Mylène, 26 ans

    «Je me suis astreinte à un régime sévère pendant plusieurs mois, en plus de m'entraîner cinq jours par semaine. Le but: perdre 25 livres. Je n'étais pas grosse, mais j'étais sûre que je serais plus heureuse en étant plus mince. Finalement, ça n'a pas changé grand-chose.»
    Catherine, 34 ans

    «Je serai définitivement plus heureux quand j'aurai trouvé un meilleur emploi. Mon travail à l'usine ne me satisfait plus, je fais toujours la même chose. Il faudrait toutefois que je retourne à l'école, ce qui n'est pas évident quand on a deux enfants!»
    Francis, 37 ans

    Ils n'attendent rien

    «À l'université, je croyais que décrocher un emploi prestigieux était LE moyen pour moi d'accéder au bonheur. Puis je suis allée faire du travail humanitaire au Sierra Leone pendant mes études et ça a changé ma vision des choses. J'ai réalisé que c'était dans l'entraide, à petite et à grande échelle, que je serais heureuse. Et je le suis souvent parce que j'essaie d'aider le plus souvent possible.»
    Geneviève, 32 ans

    «Attendre que le bonheur vienne de l'extérieur, c'est donner une immense responsabilité à autrui: celle de me rendre heureuse. Les autres influencent mon bonheur, mais ils n'en sont pas détenteurs. Je sais ce qui me rend heureuse, les autres ne peuvent que le deviner, le supposer.» Katie, 32 ans

    «Il y a quatre ans, ma meilleure amie a eu un terrible accident qui l'a plongée dans le coma durant plusieurs jours. Quand elle en est sortie, elle a passé plusieurs mois en réhabilitation. Elle a tout enduré sans se plaindre, avec courage. Son exemple m'a fait prendre conscience que la vie est précieuse, que le bonheur se vit au présent et qu'avec une attitude positive on peut traverser les pires difficultés.»
    Jasmine, 24 ans

    «Je m'émerveille facilement des petites choses du quotidien: un lever de soleil, la saveur d'un bon café... De plus, je suis souvent reconnaissante de tout ce que j'ai. Je crois que c'est une des clés du bonheur.»
    Ariane, 35 ans

    Pour aller plus loin

  • La Force de l'optimisme, par Martin Seligman, Interéditions, 2008, 288 p., 41,95 $.
  • Maudit bonheur, par Robert Blondin, La Presse, 2008, 216 p., 26,95 $.
  • Vivre heureux, par Christophe André, Odile Jacob, 2004, 335 p., 42,95 $.
  • Vivre: la psychologie du bonheur, par Mihaly Csikszentmihalyi, Robert Laffont, 2004, 264 p., 29,95 $.
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