Psychologie

Pourquoi sommes-nous obsédées par la minceur?

Pourquoi sommes-nous obsédées par la minceur?

Pourquoi sommes-nous obsédées par la minceur? Photographe : Marie-Eve Tremblay / Colagene.com Auteur : Isabelle Bergeron, Coup de pouce, août 2016

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Pourquoi sommes-nous obsédées par la minceur?

Deux femmes sur trois souhaitent perdre du poids, peu importe si elles en ont vraiment besoin ou si elles y laissent leur santé au détour. Je n’y ai pas laissé la mienne, heureusement. J’aurais pu, pourtant.

De 18 à 30 ans, mon poids a constitué l’une de mes principales préoccupations. J’y pensais souvent. Sans doute plus encore que la moyenne de 21 minutes par jour qu’y consacrent déjà les femmes, selon une étude britannique. Plus qu’y penser, j’y travaillais très fort. Je m’entraînais comme une folle et ne mangeais presque pas. Un régime qui m’attirait beaucoup de commentaires: certains admiratifs, d’autres remplis d’inquiétude. «Tu es bien trop maigre, Isabelle!» Je n’entendais pas. Jusqu’au jour où, en montant sur la balance, j’ai vu l’aiguille franchir avec peine les 100 livres.

Pourquoi suer toute l’eau de mon corps et me coucher le ventre vide? Pourquoi chercher à être aussi mince, toujours plus mince? Cette culture de la minceur nous affecte à différents degrés, nous les femmes, mais aussi de plus en plus d’hommes. Une industrie milliardaire travaille fort à nourrir nos complexes et nous vendre l’idée que nos selfies seraient bien plus jolis si on avait les joues creuses. Bien qu’elles peuvent varier, les raisons qui nous poussent à vouloir éliminer les kilos convergent presque toutes vers une seule: plaire, être reconnue, être aimée. «On valorise la minceur, et la surexposition à des modèles extrêmement minces est réellement nocive», affirme Howard Steiger, chef du Programme des troubles de l’alimentation de l’Institut Douglas et coprésident du comité responsable de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée. Le spécialiste est convaincu que la représentation de modèles corporels diversifiés est un élément de solution crucial contre la dictature de la minceur. «Je suis optimiste, annonce-t-il. On voit de plus en plus de modèles différents, qui correspondent davantage à la majorité des gens.»

Outre cette idéalisation de la minceur, il y a ce rapport plus ou moins sain développé, enfant, avec la nourriture. Une relation souvent influencée par notre éducation, par les commentaires reçus... «Mon frère m’a dit, un jour, que j’avais de grosses cuisses, raconte Amélie. Je devais avoir huit ou neuf ans. J’ai 34 ans, et je m’en souviens encore.» Et elle n’a pas oublié les garçons dans la cour d’école qui ne lui demandaient jamais à elle d’être leur blonde. «Je n’étais pas grosse, mais je n’étais pas mince. J’étais moyenne, ordinaire», évoque la jeune femme. La question du poids, à cause de régimes successifs et vains, a fait ombrage à nombre de jours qui auraient pu être beaucoup plus lumineux. Pas au point de lui pourrir complètement l’existence, mais elle était quand même là, présente. Sauf que depuis un an environ, Amélie s’est prise en main... pour s’accepter. Accepter qu’à 140 livres et 5 pieds 4 pouces, elle est parfaite comme elle est. «C’est nono, mais j’aime beaucoup la chanteuse Adèle, et je la trouve vraiment belle. C’est grâce à elle si j’en suis venue à me dire qu’on peut être ronde et heureuse.»

Quand j’ai vu ces fragiles 102 livres sur la balance, j’ai su d’instinct que je devais changer mon rapport avec mon poids si je ne voulais pas basculer dans le «vrai» trouble alimentaire. J’ai commencé à m’alimenter davantage et à m’entraîner un peu moins. Je suis néanmoins restée sensible à la question, surveillant ma ligne, comme on dit, jusqu’à ce que je tombe enceinte, à 39 ans. Là, j’ai complètement lâché la bride pour laisser aller mon corps comme il l’entendait. Il avait le droit. Il était en train de fabriquer un petit garçon, et je n’avais à le restreindre d’aucune manière. Pour l’une des rares fois de ma vie, j’ai éprouvé une réelle reconnaissance envers mon corps. Quelle ingrate j’avais été de le malmener autant! Amélie est aussi en train de se réconcilier avec son corps. «J’essaie juste de détourner mon attention de la question du poids et de la diriger vers des choses positives, des choses que j’aime faire et que je me suis souvent empêchée de faire, comme me baigner, danser ou me mettre en minijupe!»

Il faut cesser de se battre contre notre corps et lui faire confiance. «Notre poids normal, explique Howard Steiger, c’est le poids qu’on aurait si on mangeait bien et suffisamment, tout simplement.» Je pense qu’aujourd’hui, mon poids est normal. En tous cas, je suis en bien meilleure santé.

Isabelle Bergeron est journaliste indépendante. Il n’y a désormais que ses mots qu’elle pèse chaque jour!

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