Psychologie

Pourquoi croit-on autant à l’horoscope?

Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Pourquoi croit-on autant à l’horoscope?

Tous les matins, Farah déjeune en lisant son horoscope. «Je ne peux pas m'en empêcher, même si j'oublie systématiquement d'acheter un billet de loterie lorsque les natifs de mon signe gagneraient à le faire, s'exclame cette coiffeuse de 38 ans. Pour moi, c'est un petit rituel distrayant qui sert parfois à guider mes pas.»

Quant à Ginette, 47 ans, pour elle, lire l'horoscope est un remède anti-déprime. «Plutôt que de me morfondre après avoir lu qu'une jeune fille de 14 ans s'est fait assassiner par son frère, je préfère mille fois me faire dire que je vais peut-être rencontrer l'âme soeur au cours du mois.»

Horoscope: c'est bon pour le moral

Après avoir discuté avec une quarantaine de femmes approchées au hasard dans les rues de Montréal, nous avons constaté que la rubrique Horoscope des médias imprimés ou électroniques était beaucoup plus populaire qu'on ne pourrait le penser: presque toutes ont en effet admis qu'elles la consultaient occasionnellement, voire régulièrement. «Dans un journal, c'est quand même la seule rubrique où il est directement question de moi, remarque Marie-Josée, 29 ans, adjointe en gestion de projets. Et tant pis si mon horoscope s'adresse aussi à l'ensemble des Sagittaires de la province. Lorsque je le lis, c'est bien la dernière chose à laquelle je vais songer parce qu'il est toujours agréable de se faire remonter le moral et de se faire conseiller de façon personnelle.»

C'est aussi ce que pense l'astrologue Andrée D'Amour, qui explique ainsi notre engouement pour l'horoscope: «Comme on y parle essentiellement de ce qu'on est et de ce qui nous attend, on ne peut faire autrement qu'être intéressée... car il n'y a pas de sujet plus passionnant que soi-même!» Et, à voir le nombre d'ouvrages de prédictions publiés chaque année, ça marche: Andrée D'Amour a elle-même vendu jusqu'à présent près de 500 000 livres dans toute la francophonie, et son ouvrage annuel s'écoule à près de 18 000 exemplaires, ce qui, au Québec, en fait un véritable best-seller.

 

Autre facteur d'intérêt: le besoin de se sentir en contrôle de sa vie. «L'être humain a tendance à vouloir tout savoir, tout comprendre, dit Stéphane Bensoussan, psychologue. Dans un monde rempli d'impondérables, on ressent le besoin tout naturel de contrôler notre destin. Alors, on apprécie toutes les informations susceptibles de nous aider à mener une vie un peu plus prévisible et à retrouver un certain sentiment de sécurité intérieure.» Cela explique pourquoi on est particulièrement encline à lire ce qui est écrit dans le ciel quand on traverse un épisode particulièrement houleux (perte d'emploi, divorce, problèmes de santé, portefeuille d'actions en chute libre, etc.).

Le fait de se faire dire qui on est nous permettrait aussi, selon Diane Pacom, sociologue et professeure titulaire à l'Université d'Ottawa, de cautionner nos petits travers. «On vit à une époque très culpabilisante. On se sent coupable de ne jamais en faire assez comme parent, comme employée, comme conjointe. Alors, si on découvre, par exemple, que les natives de notre signe sont rancunières, on pourra mettre ce trait de caractère sur le compte de quelque chose d'extérieur à nous, comme si on n'avait aucun rôle à jouer là-dedans. Pratique et sécurisant!» explique-t-elle.

Horoscope: un curieux phénomène

D'après une étude menée en octobre 2002 par la firme de sondages Léger Marketing, 40 % des Canadiennes ont déjà consulté un spécialiste des sciences occultes (cartomancien, voyant, astrologue, médium, etc.). Elle l'ont fait pour le plaisir (47 %), par curiosité (39 %), pour vérifier certaines inquiétudes (5 %) ou pour s'aider à prendre une décision éclairée (2 %). «En ce qui me concerne, ces quatre raisons s'appliquent, concède Maya, une étudiante en arts plastiques de 22 ans. Mais, si je devais n'en choisir qu'une, ça serait la curiosité. On veut toutes savoir ce que l'avenir nous réserve, non?»

Andrée D'Amour croit que ce genre de curiosité peut nous permettre de mieux nous connaître, mais aussi de mieux comprendre les autres. C'est d'ailleurs ainsi que Guylaine, 53 ans, voit la chose. «Qu'on y croie ou non, les principales caractéristiques attribuées à chaque signe du zodiaque nous aident à nommer des qualités et des défauts qui peuvent nous échapper quand on cherche à définir notre identité ou celle des gens qu'on côtoie. À mes yeux, c'est donc un outil de plus pour mettre en mots nos perceptions et nos impressions.»

Plusieurs équipes de chercheurs ont maintes fois montré qu'il n'existait aucun lien entre les tests de personnalité et le jour de naissance. À titre comparatif, on peut évoquer les personnalités différentes des jumeaux, pourtant nés le même jour! Il n'en demeure pas moins qu'on peut longuement hésiter avant de sortir avec un Scorpion, qui a souvent tendance à se montrer dominateur, ou un Sagittaire, qui tient mordicus à son indépendance...

«Ce que je trouve fascinant dans cet intérêt pour l'astrologie, note Diane Pacom, c'est sa persistance dans un monde dominé par la science. Autrefois, on n'avait pas la science pour expliquer une foule de phénomènes, alors on se rabattait sur des façons plus "occultes" de voir les choses. Mais aujourd'hui, avec la place que la science occupe dans nos vies, c'est assez surprenant de constater que l'astrologie demeure d'intérêt. Car, même si certains avouent ne pas y croire, connaissez-vous une seule personne qui ne connaisse pas son signe astrologique?»

Horoscope: l'envers de la médaille

En soi, s'intéresser à ce que les planètes disent de nos amours n'est pas un problème. «Globalement, on constate que c'est un plaisir plutôt sain, un peu comme avoir des porte-bonheur accrochés à son rétroviseur. Ce qui devient problématique - comme dans tout, en fait! - ce sont les excès», précise Diane Pacom. Alors, tant mieux si ça nous rassure, mais si ça nous domine, qu'on explique tout à travers ce spectre, on risque de perdre de vue notre propre

Si Andrée D'Amour affirme que, depuis le début de sa carrière, elle n'a encore jamais vu de clientes incapables d'agir sans faire appel à elle, Marianne est la preuve vivante que cela peut, hélas, se produire. En 2009, cette conseillère en communications de 44 ans a refusé deux postes extrêmement bien payés parce que son astrologue lui a assuré qu'elle trouverait mieux au printemps 2010. À l'heure actuelle, soit huit mois plus tard, Marianne est toujours sans emploi.

C'est ainsi que trop croire aux astres peut parfois mener au désastre. «Ça peut en effet créer une dépendance et diminuer notre estime de soi, car on n'écoute plus notre intuition, explique Stéphane Bensoussan. Nos décisions doivent dès lors être validées par quelqu'un d'autre et on abandonne ainsi le contrôle de notre propre vie.»

Pourquoi se tourner vers l'astrologie quand, en cas de difficultés, ce dont on aurait vraiment besoin, c'est de consulter un psychologue? «En consultant un psychologue, on va se faire dire qu'on doit travailler sur soi, qu'on est responsable de notre destin, répond Stéphane Bensoussan. En allant voir quelqu'un qui prédit l'avenir, après une seule visite, on croit détenir des pistes susceptibles d'éclairer notre chemin. Lorsqu'on a une bonne estime de soi et qu'on y va à titre informatif, c'est le fun. Mais si on y va alors qu'on est perdue et qu'on cherche désespérément des réponses, ça peut devenir dangereux.»

«Je dis souvent qu'il faut se méfier de certains astrologues parce qu'ils peuvent prendre le pouvoir de l'individu, poursuit Stéphane Bensoussan. En nous disant ce qui nous attend, c'est comme s'ils détenaient la vérité absolue et qu'on n'avait aucun contrôle sur l'avenir. L'an dernier, j'ai eu une patiente qui vivait dans un état de peur permanente parce qu'un astrologue lui avait annoncé qu'elle allait bientôt se faire violer. Est-ce qu'elle a fini par s'en tirer indemne parce qu'elle a fait très attention? Je ne saurais pas le dire. Quoi qu'il en soit, il a eu assez d'ascendant sur elle pour l'empêcher de vivre sa vie normalement. Quand on va voir un spécialiste des sciences occultes, il faut savoir faire la part des choses: si ses prédictions risquent de nous miner, on n'en tient tout simplement pas compte.»

Redonner leur juste place aux planètes

On sent qu'on a laissé l'astrologie prendre un peu trop de place dans notre vie? Voici ce que Stéphane Bensoussan nous conseille:
  • Il faut d'abord prendre conscience du fait qu'on a perdu un certain pouvoir et essayer de le retrouver en recommençant peu à peu à prendre des décisions par nous-même.

  • Chaque fois qu'on prend une décision, on écoute notre intuition, notre petite voix intérieure, pour savoir ce qu'on a vraiment envie de faire. Si on est capable de s'écouter et de se donner raison, on reprendra peu à peu le contrôle.

  • Si rien ne fonctionne, on devrait songer à prendre rendez-vous avec un psychologue ou un psychothérapeute capable de nous redonner le contrôle sur notre vie.

 

Témoignages

«L'année de mes 19 ans, mes soeurs se sont cotisées pour m'offrir une consultation astrologique. Je ne savais pas quoi faire dans la vie et elles ont pensé que ça allait peut-être m'éclairer sur mon choix de carrière. Si ça n'a pas tout à fait été le cas, ça m'a quand même permis de me découvrir sous un autre angle. Depuis, j'y retourne quasiment chaque automne. Des fois, ça m'aide à y voir plus clair, des fois pas. À ce stade, ce n'est pas ça qui est le plus important: aller chez l'astrologue est devenu un prétexte pour faire le point sur ma vie et réfléchir sur ce que j'ai envie d'accomplir au cours des 12 prochains mois.»

Julie, 39 ans, travailleuse sociale

«Il y a environ cinq ans, je suis allée voir une voyante qui m'a prédit que j'allais bientôt rencontrer un blond aux yeux bruns conduisant une décapotable rouge et que ce serait le grand amour entre nous. Je suis sortie de là toute bouleversée parce que la semaine d'avant j'avais justement été présentée au blond en question. Notre histoire d'amour n'a pas duré, mais j'ai tellement été marquée par cette prédiction que j'ai maintenant tendance à consulter une voyante quand je ne sais pas trop où j'en suis. Ça inquiète mon mari, qui trouve que j'y vais trop souvent.»

Tracy, 29 ans, jeune maman

 

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