Psychologie
21 févr. 2012

Miss Hippie et Miss Cheap*

Par Linda Priestley, Coup de pouce, avril 2012

Manon Boyer Auteur : Coup de Pouce Crédits : Manon Boyer

Psychologie
21 févr. 2012

Miss Hippie et Miss Cheap*

Par Linda Priestley, Coup de pouce, avril 2012

Et puis un jour, en m'imaginant 30 ans plus tard, vieille et sans le sou, je me suis exclamée: «Cash et damnation! Il va bien falloir que je me mette à économiser.» Ainsi naquit Miss Cheap, gestionnaire de ma PME. Ne riez pas. Certes, Miss Cheap est toujours à deux cennes du bonheur et, comme à Séraphin, l'idée seule de dépenser lui donne des frissons. Mais grâce à elle, je suis devenue une chasseuse d'aubaines futée. À force de me faire taper sur les doigts, j'ai pris l'habitude de réfléchir deux fois avant de consommer. Tss-tss! On attend que les bottes convoitées soient soldées avant de les acheter. Et on remet illico sur le présentoir cette écharpe trop chère qui ne va avec rien. Oui, madame!

Même si Miss Cheap me fait parfois l'effet d'un éteignoir (parce qu'il faut en plus surveiller sa consommation d'électricité!), je lui dois une fière chandelle. Pendant qu'elle se réjouit de toutes ces belles économies en se frottant les mains, pour ma part, je savoure le fruit de mes sacrifices répétés. Au bout du compte, je constate que les 70 $ que j'ai épargnés sur les fameuses bottes ont aidé à financer un condo dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, ensuite, plus tard, une maison à Saint-Bruno et, encore plus important, un billet d'avion pour aller chercher fiston au Mali. Petites économies vont loin.
 

Surtout, ne le répétez pas à Miss Cheap: j'ai attrapé la piqûre de l'économie à tout prix. La tannante m'a contaminée avec sa manie de courir les bonnes affaires. Et j'en suis fort aise. Après tout, il y a des avantages à consommer rusé: moins de regrets par la suite et plus d'argent pour les projets qui me tiennent à coeur. Et quand, de surcroît, mon incorrigible radine me susurre à l'oreille que c'est mon devoir d'acheter avec discernement, de limiter les dépenses superflues et de recycler autant que possible, ça fait plaisir à ma nature de beatnik: moins de paperasse, de reçus, d'articles à gérer, de meubles à dépoussiérer, de manuels de gadgets électro à décoder. Tope là, Miss Cheap, pour ton côté zen, écolo et minimaliste!

Cela dit, notre entente va se terminer le jour où j'en aurai marre de payer une hypothèque et d'entretenir le gazon. Pas de discussion: je vends la maison et j'achète un stand à smoothies à Miami. Petites économies vont loin pour les éternelles rêveuses.

Tiens, je crois bien avoir vu une étincelle dans les yeux de Miss Cheap et un petit sourire en coin...

* Inutile d'alerter l'Ordre des psychologues du Québec: je ne souffre nullement d'un dédoublement de personnalité. Il s'agit uniquement d'un stratagème pour me faire payer deux fois.

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Linda Priestley
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Miss Hippie et Miss Cheap*