Psychologie

Les bienfaits du pardon

Les bienfaits du pardon

Les bienfaits du pardon Photographe : Steve Adams Auteur : Isabelle Bergeron Source : Coup de pouce, décembre 2016

Psychologie

Les bienfaits du pardon

On a toutes, un jour ou l’autre, à affronter une trahison, une humiliation, une déception, une peine qui nous semble sur le coup insurmontable… Le temps arrange-t-il les choses? Pas toujours. Et si le pardon était la solution?

Une amie qui a oublié notre rendez-vous, notre conjoint désordonné, un collègue qui nous refile un dossier à la dernière minute… Ces petites contrariétés de la vie, bien que fréquentes, sont assez faciles à pardonner. Certaines situations, en revanche, ne se digèrent pas aussi bien et n’appellent certainement pas le pardon aussi facilement. Un parent qui a négligé son enfant, un amoureux qui disparaît, une amie qui brise notre confiance, un accident qui aurait pu être évité… Autant de circonstances pour lesquelles pardonner apparaît comme un acte quasi angélique.

Pardonner, qu’est-ce que ça signifie vraiment?

«C’est une réponse à une injustice, une clé pour éliminer le ressentiment et cela signifie être bon envers quelqu’un qui ne l’a peut-être pas été pour nous, dit Robert Enright, psychologue et fondateur de l’International Forgiveness Institute, un organisme de recherche, d’information et d’éducation sur le pardon. Pardonner à quelqu’un, c’est voir son humanité et ne pas lui souhaiter de mal.» Mais comment y arriver? Voir l’humanité chez l’agresseur de son enfant ou la conductrice ivre qui a blessé gravement son conjoint? Certains y arrivent, mais ça nous semble hors de portée. On ne pourrait jamais y arriver, nous!

Pourtant, ce ne sont pas nécessairement des gens exceptionnels qui y arrivent, selon le psychologue: «Pardonner est à la portée de tout le monde, mais c’est un long processus. Plus le tort causé est grave, plus c’est long. Et il est essentiel, pour comprendre ce que signifie pardonner, de comprendre ce qu’il ne signifie pas.» Pardonner ne veut pas dire qu’on excuse ce qui s’est produit ni qu’on oublie. Ça ne veut pas dire non plus qu’on ne souhaite pas une certaine forme de réparation ou qu’on espère nécessairement une réconciliation. «Pardonner, c’est changer le cours de notre vie et choisir d’en reprendre le contrôle, ajoute le Dr Fred Luskin, directeur des Stanford Forgiveness Projects (une série de recherches sur les impacts positifs du pardon) et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Cela dit, c’est vrai que c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Avant d’accorder son pardon, on traversera beaucoup d’émotions bien légitimes, comme la tristesse, la colère, la honte, etc. Et on aura sans doute raison de blâmer l’autre pour le mal causé.» Mais, un jour, on devra en sortir. Pourquoi? Parce qu’on veut se sentir mieux, tout simplement.

Des bienfaits incontestables… pour soi

Mais peut-être que si on faisait payer à l’autre ce qu’il nous a fait, on se sentirait déjà un peu mieux, non? Peut-être. Selon les résultats d’une recherche parus dans le magazine Science en 2004, prendre sa revanche stimulerait en effet les mêmes zones du cerveau que celles associées à la récompense. Le hic: si elle paraît douce sur le coup, la revanche distille un goût amer à long terme puisque, contrairement au pardon, elle ne nous amène pas à passer à autre chose. «Rester sans cesse dans la colère ne peut que nous entraîner dans une sorte de spirale de malheur, estime la psychologue Rose-Marie Charest. Elle conditionnera nos pensées, nos gestes, nos réactions… Et puis, passer son temps à ruminer, c’est déprimant!»

Augmentation du taux de cortisol (l’hormone du stress), de la fréquence cardiaque, de la pression sanguine, système immunitaire altéré, etc. Si on n’en sort pas, la colère et le ressentiment disséminent en nous autant de petites mines prêtes à exploser à tout instant. «Le ressentiment, c’est du poison qu’on prend en espérant que ça tue l’autre», illustre Robert Enright. Et à l’instar de notre santé physique, notre santé psychologique n’en sortira pas indemne. Une récente étude publiée dans le Journal of Health Psychology avance que les personnes soumises à un stress sur une longue période courent plus de risques de voir leur santé mentale affectée, par la dépression notamment. Chez les personnes enclines à pardonner, au contraire, cette équation nocive serait pratiquement inexistante. Mieux encore, de nombreuses études évoquent l’aspect libérateur du pardon, de l’effet de soulagement et de légèreté qui s’ensuit généralement.

Bénéfique, mais pas parfait

Quel que soit le préjudice qu’on a subi, on ne peut espérer que la capacité de pardonner s’invite à nous spontanément, comme un cadeau tombé du ciel. Et on doit aussi accepter le fait que le pardon n’est pas absolu: on devra travailler fort avant de pouvoir l’accorder. «Et il se peut qu’on ne soit jamais capable de pardonner complètement, dit Robert Enright. Le pardon est plein de nuances, de degrés. Par exemple, on peut en arriver à ne plus souhaiter de mal à une personne, mais sans être capable de lui souhaiter du bien non plus. Et c’est correct.»

«L’important est de ne pas stagner dans des sentiments qui sont néfastes pour soi, dit Rose-Marie Charest. Mais il ne faut pas s’en vouloir ni se mettre de la pression pour pardonner à tout prix. Peut-être que ça ne sera pas toujours possible ou que ça prendra beaucoup de temps. On peut tenter de trouver une autre porte de sortie, comme multiplier suffisamment d’expériences positives qui finiront par dissiper un peu la colère et la tristesse.» Bien sûr, si la personne fautive reconnaît ses torts et qu’elle s’excuse sincèrement, notre pardon lui sera plus facilement accordé. C’est prouvé. Mais il est quand même possible, même si cela est indéniablement plus difficile, de pardonner sans avoir reçu les excuses ou la réparation qu’on espérait. Tout comme il est possible de pardonner à une personne avec qui, pour une raison quelconque, on ne peut entrer en contact. «Il est vraiment important de comprendre que le pardon, c’est pour soi-même qu’on le donne, insiste Robert Enright. Pour passer à autre chose, avancer, être heureux. Pardonner donne de la force, de la confiance. Et plus on s’exerce à pardonner, plus ça devient facile. Essayez, vous verrez que j’ai raison.»

Pardonner, un pas à la fois

1. On cerne précisément ce qui nous a blessée et on tente d’accepter les émotions qui en découlent (colère, tristesse, honte, etc.). Idéalement, on en parle avec une ou deux personnes en qui on a pleinement confiance.

2. Chaque fois qu’on se sent tourmentée par ce qui s’est produit, on tente de retrouver son calme, en respirant profondément, en méditant, en sortant marcher, etc.

3. On essaie de comprendre la personne qui a nous blessée, de voir les choses de son point de vue.

4. On fait ressortir les aspects positifs de la situation. Par exemple: ma meilleure amie m’a trahie, mais j’ai découvert que j’avais la force de me relever. Mon patron ne m’a pas bien traitée, mais je serai mieux armée à l’avenir si une telle situation se reproduisait. Mon père m’a fait du mal, mais cela fait partie des expériences qui ont forgé la personne unique et belle que je suis aujourd’hui. Etc.

5. On se concentre sur la beauté, l’amour, la gentillesse autour de soi au lieu de focaliser sur ce qui nous a blessée. Une vie bien vécue est la meilleure des revanches.

6. Si on se sent prête, et si cela est possible, on peut pardonner directement à la personne, de vive voix ou en lui écrivant une lettre si on préfère. Si on ne peut entrer en contact avec elle, lui pardonner juste pour soi ou en rédigeant une lettre aura quand même un effet libérateur.

Pour aller plus loin

  • Peut-on tout pardonner?, Les principaux obstacles au pardon et comment les surmonter, Olivier Clerc, Eyrolles, 2015, 160 p., 22,95$
  • Pardonner pour de bon, Dr Fred Luskin, Fides, 2007, 313 p., 24,95$

 

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