Psychologie

L’obsession du bien-être

L’obsession du bien-être

L’obsession du bien-être

Photographe : Marie-Eve Tremblay / Colagene.com Auteur : Isabelle Bergeron Source : Coup de pouce, novembre 2016

Psychologie

L’obsession du bien-être

Peut-on se rendre malade à trop vouloir se faire du bien? Possiblement. Notre journaliste s’est penchée sur le phénomène de la tyrannie du bien-être

J’ai fait du yoga chaud pendant six mois parce qu’une amie ne cessait de m’en vanter les bienfaits. J’ai acheté des graines de chia, un mélangeur pour faire des jus verts, quelques ouvrages sur l’art d’être bien dans sa peau. Mais tout ça est passé un peu de travers. Pourquoi? Eh bien parce que je n’aimais pas ça, tout simplement.

Je n’ai eu ni révélation, ni sentiment d’euphorie, ni sensation que mon corps se purifiait ou profitait de tant de bienfaits. En fait, j’avais plutôt le sentiment de tenter de suivre un mouvement qui ne correspondait pas à ma nature. Et je ne suis pas la seule à m’y être essayée.

Superaliments, spas et autres havres de santé, méditation pleine conscience, positivisme, CrossFit, cures détoxifiantes ou purifiantes, blogues sur le mieux-être, applications et gadgets de tout acabit (Fitbit, Strava, etc.) pour pouvoir mesurer nos progrès et, le plus souvent, les partager sur les réseaux sociaux. On ne s’est jamais autant préoccupé de retrouver l’étiquette «santé» partout dans notre mode de vie. Tout est mis en place pour orienter nos choix vers ce qu’il y a de mieux pour nous, vers ce qui nous apportera une santé physique et mentale à toute épreuve. L’industrie du bien-être rapporterait d’ailleurs environ 1,2 milliard de dollars par année!

Ce mouvement pro bien-être — presque érigé en culte —, c’est justement ce que dénoncent les auteurs du livre Le syndrome du bien-être, Carl Cederström et André Spicer. Selon eux, cette tendance met de la pression sur les individus en les obligeant presque à viser des sommets en termes de santé. Gare à celui qui ne suivra pas le mouvement: il sera regardé avec suspicion et perçu comme un vice caché dans une société qui carbure aux smoothies. «C’est un peu comme si la santé était désormais sous le joug du politiquement correct, observe pour sa part la sociologue Marie- Chantal Doucet. Être en santé est la nouvelle normalité. Mais tout le monde n’est pas égal face à ce précepte. Certains n’ont pas les ressources pour s’offrir des superaliments, des coachs, des cours de yoga, etc. Ni même les ressources psychologiques pour être bien, tout simplement.»

Même les entreprises commencent à mettre en place des mesures pour encourager leurs employés à mieux prendre soin d’eux. «Il y a trois ans, un gym a été installé à mon bureau, raconte Mariève, une graphiste de 34 ans. Moi qui étais du genre à toujours me trouver mille excuses pour ne pas m’entraîner, là, je n’avais plus le choix.» C’est ainsi que la jeune femme a commencé à se préoccuper de plus en plus de son bien-être. «Plus ça allait, plus je devenais freak avec ma santé. En fin de compte, tout mon univers s’est mis à tourner autour de mon mode de vie, que je souhaitais le plus sain possible, confie Mariève. À tellement vouloir être en bonne santé et bien dans mon corps, je suis devenue misérable. J’avais l’impression de n’être jamais à la hauteur.» Les auteurs du Syndrome du bien-être ont en effet observé ce sentiment de mal-être, d’exclusion et de culpabilité lié à cette pression d’être bien. Car comment, en se comparant à cet idéal de plénitude et de santé, ne pas se questionner quant à notre aptitude au bonheur et à notre volonté à faire de notre corps un sanctuaire?

Et c’est le comble, car être heureux, c’est le but ultime qui se cache derrière la recherche effrénée de bien-être. «Avant qu’elle ne soit mise de côté, la religion fournissait beaucoup de réponses, notamment en ce qui a trait au bien-être, au bonheur, dit Simon Langlois, sociologue. On nous disait, par exemple, que le bonheur était pour plus tard, au paradis en l’occurrence. Aujourd’hui, c’est maintenant qu’on veut être bien. Et c’est aux individus que revient cette tâche désormais.» Être responsable de son bonheur, c’est tout à fait légitime, mais que ce soit la société qui nous dise par quoi il doit passer, ça l’est beaucoup moins. «C’est justement ce qui est le plus difficile, trouver ses propres réponses, croit Mariève. Pour être bien, on doit faire des choses qui nous rendent bien, et non ce qui est à la mode ou ce que d’autres prétendent être bien pour nous. Il faut se faire confiance.»

Je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont fortement recommandé de méditer, d’essayer l’aromathérapie, de ne plus consommer de café, de boire du kombucha et de faire une retraite dans un monastère... Merci pour les conseils. Mais mon bien-être à moi passe plutôt par la course, le macaroni au fromage et le farniente. Et je dois admettre que mon état d’être, qui est loin d’être parfait, me plaît bien. Les aspérités de mon âme et les faux bonds de mon corps font de moi ce que je suis.

Isabelle Bergeron est journaliste depuis 15 ans. Après que son incorrigible curiosité lui eut fait essayer toutes sortes de choses en matière de bien-être, elle a finalement trouvé sa propre recette.

 

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