Psychologie

L'art pour soigner le cancer

L'art pour soigner le cancer

? Istockphoto.com Photographe : ? Istockphoto.com Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

L'art pour soigner le cancer

Cet homme remarquable, né en 1930, a deux facettes, deux passions, deux vies, et chacune d'elles est couronnée d'un succès éblouissant. Je le rencontre dans son atelier d'art-thérapie de l'Hôtellerie de la Fondation québécoise du cancer, atelier qu'il a fondé en 1997. C'est un lieu qui respire la joie: le jaune vif des murs, les oeuvres accrochées partout, la musique, tout prédispose au ludisme.

GEORGETTE DUCHAÎNE: Monsieur Brault, vous avez une feuille de route extrêmement impressionnante en tant que créateur, artiste et orfèvre-joaillier au Québec et outre-mer. Vous avez reçu la médaille de l'Ordre du Canada et vos bijoux se retrouvent dans la collection de la reine Élizabeth d'Angleterre. Mais dites-moi, comment un orfèvre-joaillier de réputation internationale se retrouve-t-il à faire de l'art-thérapie?

MAURICE BRAULT: Il y a parfois des chocs qui soudain nous font voir la vie sous un jour nouveau. J'avais une boutique sur la rue Crescent et c'est là que j'ai subi deux hold-up. C'est une agression qui m'a secoué au plus haut point. J'ai décidé d'arrêter la joaillerie. Je menais alors une vie très mondaine qui me plaisait bien, même si je voyais qu'elle était superficielle. J'ai senti le besoin d'aider les autres, de m'engager socialement. Je suis alors allé travailler au Centre Lethbridge; je m'occupais de l'atelier du textile où l'on enseignait notamment la broderie.

G.D.: C'était une école?

M.B.: Oh! J'ai oublié de vous dire que c'était un centre pour déficients, les plus démunis. Et j'ai transformé ce programme peu à peu pour y introduire l'art. Les résultats étaient spectaculaires .Je suis devenu l'instigateur et l'animateur du premier programme québécois de réhabilitation et de rééducation par l'art. La vie m'a entraîné dans des sentiers que je n'aurais jamais soupçonnés quand j'étais étudiant aux beaux-arts.

G.D.: Et la joaillerie est complètement sortie de votre vie?

M.B.: Elle est revenue après onze ans à Lethbridge. Je suis alors parti pour Venise. C'est mon chapitre italien.

À ce moment-là, un homme assez âgé entre timidement dans l'atelier.

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La créativité pour apaiser le mal

Appelons le XX. Aussitôt, Monsieur Brault, très à l'aise, se lève pour l'accueillir chaleureusement.

 

M.B.: Bonjour monsieur, soyez le bienvenu dans cet atelier. Il fait un geste circulaire, montrant les murs couverts d'oeuvres très colorées. Ici, c'est un endroit où on peut exprimer ses émotions en toute liberté.

 

XX: Moi, je n'ai pas de talent, tout ce que je connais, c'est les vaches.

M.B.: Pas besoin de talent, juste de la créativité, et la créativité, tout le monde en a. Ici, on fait de la peinture, du dessin ou du papier mâché pour le plaisir. Ça donne de la joie et ça permet d'échanger avec d'autres qui vivent aussi avec le cancer.

G.D.: Il n'a pas beaucoup de monde ce matin?

M.B.: Oh! Oh! Faites-vous-en pas avec çà. Vous allez voir que le monde va commencer à arriver, ce ne sera pas long! En attendant, voici une belle grande feuille blanche.

XX: Je ne sais pas quoi faire avec çà.

M.B.: On commence par des choses simples pour se familiariser .Avec ces bâtons de couleur, vous faites des ronds, des gros, des petits, autant que vous voulez.

XX se met à dessiner des ronds, il s'applique.

XX: C'est ma femme qui aimerait faire çà.

M.B.: Pourquoi vous ne l'emmenez pas?

XX: Elle est morte, le cancer, et là, c'est moi. Les larmes coulent sur son visage sans qu'il ne semble s'en apercevoir. Bon ben là, j'ai fini.

M.B.: Là vous allez prendre ce gros pinceau et mettre de la peinture dans vos ronds.

Une dame entre, elle porte un foulard serré sur la tête; son visage s'illumine quand elle aperçoit monsieur Brault qui l'accueille à bras ouverts.

YY: Je voulais m'assurer que vous étiez bien là, je reviens après mon traitement.

Elle sort. Après quelques temps, XX a terminé.

XX: Je ne pensais à rien en faisant mes ronds¿ même pas à mon cancer.

M.B.: Vous avez compris pourquoi on vient ici; c'est une oasis où on trouve des instants de bonheur. Vous mettez votre nom en bas, après je vais l'accrocher pour qu'il soit bien sec quand vous allez revenir.

XX: il sourit. Vous avez l'air d'être sûr de ça, vous?

M.B.: Vous, vous êtes bien sûr de vos vaches?

Ils rient. L'homme s'en va.

G.D.: Je suis très touchée d'avoir vu cet homme dessiner et se mettre à parler.

L¿art au service de la santé

M.B.: C'est l'effet thérapeutique de l'art qui libère et ventile. Ça brise la monotonie. Les gens en rencontrent d'autres qui vivent la même maladie. Ils échangent pendant le travail et ça leur fait beaucoup de bien.

G.D.: Je n'aurais jamais cru que l'art puisse avoir un effet sur la santé.

M.B.: Mais bien sûr. L'art devient un moyen d'intégration intérieure par la libération de l'émotion pure. Il favorise l'éveil de la créativité en tant que source de force, d'énergie, d'équilibre et d'autonomie aidant à surmonter et supplanter la douleur physique et émotionnelle.

G.D.: Vous qui avez pris des voies si différentes dans votre vie, comment vous définissez-vous?

M.B.: Je dirais que j'ai deux personnalités. Il y a le mondain j'ai beaucoup aimé faire partie du jet-set et avoir comme amie la directrice de Chanel à Milan, et il y a le solitaire en quête de spiritualité. Je fréquente l'abbaye St-Benoit-du-Lac et je vais chaque année à Solesmes, en France au monastère des Bénédictins. Cependant, ma vie présente est entièrement consacrée à l'art-thérapie pour les personnes atteintes de cancer. Je suis ici deux jours par semaine. Pas mal pour mon âge!

Sources

Maurice Brault, joaillier et art-thérapeute. Ses archives personnelles.

 

Atelier d’art-thérapie à La Fondation québécoise du cancer, 2075 rue de Champlain à Montréal, Québec, Canada

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