Psychologie

L'anorexie inversée chez les hommes: l'obsession du corps parfait

L'anorexie inversée chez les hommes: l'obsession du corps parfait

Les hommes souffrant d'anorexie inversée ont une obsession de leur physique qu'ils traduisent par du culturisme à outrance. Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

L'anorexie inversée chez les hommes: l'obsession du corps parfait

Les hommes qui souffrent de dysmorphie musculaire ou d'anorexie inversée, aussi connu sous le nom de complexe d'Adonis, ne trouvent jamais leurs muscles assez gros, par opposition aux anorexiques qui ne se trouvent jamais assez minces. « Les hommes sont beaucoup plus préoccupés par la musculature que par la maigreur », rapporte le Dr Howard Steiger, chef du Programme des troubles de l'alimentation à l'Institut Douglas quand on lui parle d'anorexie chez les hommes. « La musculation, c'est un peu l'équivalent. Il y a beaucoup de compulsion autour du corps. Mais ils peuvent avoir une obsession avec leur corps sans que ce soit de l'anorexie nerveuse », poursuit-il.

Cette obsession pour les abdominaux taillés au couteau et les épaules de culturistes se traduit généralement par un entraînement intensif. Après s'être inscris dans un centre de conditionnement physique pour lever des poids, histoire d'augmenter leur masse musculaire, les hommes qui souffrent de dysmorphie musculaire, entreprennent une diète pour perdre du gras. Ils se lancent dans un programme d'alimentation aux protéines, se font des laits frappés enrichis de suppléments alimentaires et explorent l'univers des stimulants. La plupart en viendront à prendre des stéroïdes et autres produits supposés brûler le gras.

Tout comme les anorexiques, ces culturistes en viennent à mettre leur santé et parfois leur vie en danger. Souvent, ils vont persister à l'entraînement et dans leur diète, malgré la douleur, les blessures ou la faim chronique. De plus, la consommation de stéroïdes a des effets néfastes. À long terme, ces produits dopants peuvent provoquer des maladies cardiaques, le cancer de la prostate et des symptômes psychiatriques. Une récente étude semble également démontrer que la prise de stéroïdes créerait des conditions favorables pour développer une dépendance aux opiacés. (2). À court terme, les stéroïdes peuvent entraîner des troubles psychiatriques tels que des crises maniaques et agressives et des états dépressifs lors du sevrage.

Les hommes qui s'entraînent à outrance en viennent également à sacrifier d'autres aspects de leur vie, notamment au plan social et professionnel. Au cours des entrevues effectuées pour la recherche sur les désordres d'image corporelle chez les hommes, 10% des 160 culturistes interrogés ont avoués avoir fait des compromis dans leur vie sociale et professionnelle, certains ont même abandonnés leur profession pour leur obsession. (1)

Courir à en mourir

Le problème, c'est qu'il est très bien vu de s'entraîner. Ces hommes passent donc souvent sous le radar des médecins et de l'entourage qui ne soupçonnent par le comportement obsessionnel.

Le Dr Thomas Holbrook, coauteur du livre Making Weight, a lui-même vécu des épisodes d'exercices compulsifs et de trouble de comportement alimentaire. Il raconte que pendant sa période anorexique, personne n'a diagnostiqué sa maladie. Pas même les spécialistes. Aujourd'hui guéri, le psychiatre est directeur des services cliniques de l'hôpital Rogers Memorial dans le Wisconsin, seul centre résidentiel aux États-Unis où l'on traite les hommes touchés par des troubles de l'alimentation.

  • Exercice excessif qui n'est pas nécessaire pour l'école ou une autre activité;
  • S'inscrire dans un sport avec comme seule motivation l'apparence;
  • Fixation sur l'apparence d'un modèle (culturiste, vedette de cinéma, etc.);
  • Utilisation d'une grande quantité de suppléments alimentaires (créatine, protéine, stéroïdes);
  • Changement brusque de poids;
  • Technique dangereuse pour perdre du poids (diète extrême, laxatif, vomissement, diurétiques);
  • Trop de temps et d'argent mis sur le toilettage et ses produits;
  • Sentiment dépressif et persistant de ne jamais avoir le bon look;
  • Continuellement besoin d'être rassuré sur son apparence.
  • Les athlètes plus à risques?

Les athlètes pourraient être plus à risque de flirter avec les troubles alimentaires. Plusieurs qualités nécessaires pour atteindre de haut niveau de performance se retrouvent aussi chez les personnes souffrant de troubles alimentaires: volonté, détermination, déni de l'inconfort physique et tendance au perfectionnisme, souligne la Dre Danielle Taddeo, pédiatre au CHU Sainte-Justine sur le site d'Anorexie et boulimie Québec (ANEB).

«Tous les athlètes sont à risque de développer des troubles alimentaires parce qu'ils passent leur temps à faire attention, à surveiller ce qu'ils mangent. Mais ça ne veut pas dire qu'ils vont développer des problèmes de comportement face à la nourriture», précise le Dr Steiner. Ainsi, il peut être difficile de faire la différence entre un athlète qui « fait attention » et qui cherche une alimentation et un entraînement optimaux de celui qui le fait de façon exagérée au détriment de sa santé physique et psychologique.

La Dre Taddeo indique qu'on peut soupçonner un troubles de l'alimentation chez un athlète qui présente, par exemple, une anxiété de performance excessive, une insatisfaction corporelle, des comportements alimentaires de restriction et/ou de compulsion ou qui consomme des substances pour augmenter sa performance. La solution peut passer par une réduction de l'intensité de l'entraînement, une augmentation de l'apport calorique, des apports en calcium et en vitamine D adéquats.

Si certains voient un lien entre l'anorexie inversée et la peur d'une dysmorphie corporelle (PDC), au plan de l'image corporelle, Kieron O'Connor, psychologue au Centre de recherche Fernand-Seguin, fait une importante distinction. Les troubles alimentaires résultent d'une mauvaise perception de l'ensemble du corps, alors que les personnes qui souffrent de dysmorphie corporelle sont convaincues qu'une seule partie de leur corps est anormale, même si ce n'est pas le cas. Les parties du corps le plus souvent concernées sont la peau (73 %), les cheveux (56 %), le nez (37 %), le ventre et le poids (ex æquo à 22 %) et la poitrine (21 %).

La peur d'une dysmorphie corporelle apparaît généralement à l'adolescence et semble toucher autant les hommes que les femmes. Ce désordre cognitif a été observé chez 5 à 40 % des personnes atteintes d'anxiété. On estime que 0,7 à 1,7% de la population en serait atteint.

Saviez-vous que

La dysfonction alimentaire peut inclure tous les comportements anormaux autour de l'alimentation et du poids, soit la restriction, le jeûne, la crise de boulimie, les auto-vomissements, l'usage de laxatifs, de produits amaigrissants et une préoccupation excessive au sujet des aliments, de l'exercice ou de l'image corporelle.

A lire le témoignage de Jean-Marie Lapointe sur ses troubles alimentaires 

Références

Anorexie et boulimie Québec (ANEB)

Maison l'Éclaircie

(1) Muscle dysmorphia. An underrecognized form of body dysmorphic disorder, Pope HG Jr, Gruber AJ, Choi P, Olivardia R, Phillips KA, Psychosomatics, 1997 Nov-Dec; 38(6):548-57.

(2) The Adonis Complex : The secret Crisis of male Body obsession, Harrison G. Pope, Katharine A. Phillips et Roberto Olivardia, Free Press, 2000, 286 pages.

Making Weight: Men's Conflicts with Food, Weight, Shape and Appearance, Arnold Andersen, Leigh Cohn, and Tom Holbrook, Gurze Books, 2000, 256 pages.

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