Psychologie

Jalousie: saine ou malsaine?

Auteur : Coup de Pouce

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Jalousie: saine ou malsaine?

Mégane, 26 ans, sent son coeur bondir violemment dans sa poitrine chaque fois qu'une jolie fille se retourne sur son chum, mais, honteuse, elle n'ose le lui avouer. Raymonde, 59 ans, ramène gentiment son homme à l'ordre lorsqu'il lorgne du côté d'une femme sexy. Quant à Anne, 41 ans, sa tendance à accuser systématiquement son mari d'infidélité lorsqu'il rentre tard du boulot est en train d'avoir raison de leur mariage. Rares sont celles qui n'ont jamais expérimenté, à des degrés divers, la piqûre de la jalousie envers leur partenaire. Ce sentiment plutôt désagréable semble à peu près inévitable dans toute relation de couple. Après tout, n'est-il pas normal de vouloir conserver ce qu'on chérit?

Jalousie: bonne ou mauvaise?

«Quand on aime une personne, on veut la garder pour soi, on veut l'exclusivité de son amour et on ne veut surtout pas la partager», explique le psychologue Yvon Dallaire. Ressentir un pincement au coeur lorsque notre partenaire raconte être allé luncher avec une collègue ou avec son ex est donc tout à fait naturel, voire instinctif. «Lorsqu'on a choisi de vivre une relation privilégiée avec quelqu'un, il est normal de ne pas souhaiter trop d'interférence et de vouloir protéger le territoire réservé au couple», précise la sexologue Jocelyne Robert.

«La jalousie est une émotion, comme le sont la colère et la peur. De la même façon que la peur peut nous sauver la vie devant un danger, la jalousie n'est pas mauvaise en soi», poursuit-elle. Dans certaines conditions, un soupçon de jalousie peut même s'avérer utile. «Partager ce qu'on ressent avec délicatesse peut être l'occasion d'approfondir le lien d'intimité avec notre conjoint et de lui faire savoir qu'on ne le tient pas pour acquis», souligne la psychologue Nathalie Parent. «Et puis, ceux qui se sont déjà réconciliés sur l'oreiller après une dispute provoquée par la jalousie savent qu'elle peut même, à l'occasion, s'avérer un formidable détonateur érotique», renchérit Jocelyne Robert. «Comme elle peut aussi être le signe attendu qu'on tient encore à l'autre, alors qu'on se posait justement la question», complète Yvon Dallaire.

Raymonde avoue trouver cette émotion plutôt positive. «Je suis jalouse et j'aime ça! C'est le signe que je tiens toujours à mon homme, que j'ai encore envie de vivre des choses avec lui, malgré le passage du temps. Et puis, si les autres femmes le trouvent séduisant et désirable, c'est assez flatteur pour moi, je trouve, étant donné que c'est moi qu'il a choisie.»

 

En matière d'émotions, la démarcation entre ce qui est sain et malsain est surtout une question de fréquence et d'intensité, voire de contrôle de soi. Même chose en ce qui concerne les manifestations de jalousie. «Si on est émotionnellement mature, on ne laissera pas la crainte de perdre notre partenaire prendre le dessus sur le plaisir qu'on partage avec lui», assure Yvon Dallaire. Le hic, c'est que nous ne faisons justement pas toutes preuve d'autant de maturité... «À certains moments de notre vie, la jalousie peut carrément empoisonner notre vie de couple, indique Jocelyne Robert. Dans certains cas, elle peut s'avérer d'une perfidie immense, et il va sans dire que de nombreux couples éclatent à cause d'elle.»

Après la naissance de son premier enfant, pendant qu'elle était en congé de maternité, Julie, 32 ans, a traversé un douloureux épisode de jalousie. «J'avais de la difficulté à m'adapter à ma routine de mère de famille et je n'avais vraiment pas le moral. Je me trouvais moche, je traînais en robe de chambre et j'avais la libido à zéro. Je me suis mis en tête que mon amoureux mourait probablement d'envie d'aller voir ailleurs. Dévorée par des soupçons surgissant de nulle part, je fouillais littéralement ses affaires à la recherche d'un quelconque indice d'infidélité. Je lisais aussi ses courriels personnels dès qu'il quittait la pièce un moment en laissant son portable ouvert et je vérifiais les numéros des appels entrants et sortants de son téléphone cellulaire aussitôt que j'en avais la possibilité. Je faisais tout cela en cachette, sans l'accuser ouvertement, et j'étais rongée par un mélange de méfiance et de culpabilité. J'ai réalisé que j'avais touché le fond le jour où je me suis surprise à signaler tous les numéros qu'il avait composés pendant la semaine pour vérifier si une voix féminine n'allait pas répondre. Heureusement, j'ai fini par retourner travailler, et les choses sont rentrées dans l'ordre à mesure que ma confiance en moi refaisait surface. Quand je repense à cette époque, j'ai peine à croire que je sois passée par là et je remercie le ciel que notre relation ait tenu le coup.»

«Poser certaines questions à son homme concernant le déroulement de sa journée n'a rien de répréhensible en soi, signale Nathalie Parent, mais il en va autrement si on lui fait systématiquement subir un interrogatoire en règle chaque soir ou que l'on cherche constamment à le prendre en défaut.» De fait, une réaction de jalousie qui, au départ, pouvait à la rigueur être flatteuse pour l'ego de notre partenaire risque, à la longue, de s'avérer décevante, voire insultante.

Jalousie: quand tout bascule

On n'arrive pas à contrôler notre peur de perdre notre partenaire? On s'inquiète constamment, on pète les plombs, on use de chantage affectif, de manipulation, voire de violence? La situation peut carrément virer au cauchemar.

«Chez certaines personnes, la jalousie prend de telles proportions que l'on parle d'existence jalouse, un trouble obsessionnel compulsif, affirme Yvon Dallaire. La personne jalouse ressasse continuellement ses soupçons. Elle panique, boude ou pique une crise si son conjoint regarde ou semble s'intéresser à quelqu'un d'autre, elle est obsédée par la peur d'être trompée.

«Presque toujours, cette pathologie est liée à des expériences vécues dans l'enfance», précise Jocelyne Robert. «Il faut aussi savoir que cette forme de jalousie peut aller jusqu'à la violence conjugale, voire causer des drames passionnels, ajoute Yvon Dallaire. La jalousie malsaine est une émotion intense, empreinte de colère et d'agressivité, alimentée par la peur de la perte.»

Ainsi, la jalouse ou le jaloux déteste littéralement voir ou imaginer son partenaire s'intéresser à d'autres personnes. Il ne s'agit plus d'un pincement au coeur mais bien de l'apparition d'un sentiment de colère. Au moindre doute, le partenaire subit une explosion émotionnelle excessive, que toute tentative de négation ou de justification ne fait qu'envenimer.

Dans les cas intermédiaires, on bascule plutôt dans une douloureuse lutte pour le pouvoir, une problématique que la sagesse populaire exprime par l'expression «Cours après moi, je te fuis». Tandis que l'un des conjoints souhaite ardemment la fusion avec l'autre, ce dernier se met soudain à souhaiter plus de liberté et à fuir. Cette valse désespérante peut s'avérer brève ou perdurer des années. «Elle n'en est pas moins douloureuse pour les deux partenaires, qui voient leur amour se résumer à un combat sans répit, se désole le psychologue. Dans la plupart des cas, le conjoint jaloux finit d'ailleurs par provoquer ce qu'il a redouté: la perte de l'amour de son partenaire.»

Jalousie: comment s'en sortir?

Heureusement, la jalousie malsaine se soigne et le comportement jaloux se corrige. Si on est plutôt bien dans notre peau, on aura plus de facilité à réaliser ce qui nous arrive et à faire la part des choses. Les dégâts, dans ce cas, pourront parfois se limiter à quelques serrements de coeur, sans conséquences.

«Lorsque ma femme et moi en étions à nos débuts, témoigne Guillaume, 44 ans, je supportais vraiment mal qu'elle tolère qu'un autre homme lui fasse du baratin. La voir sourire et écouter un crétin lui faire du charme dans une soirée me rendait fou! De retour à la maison, je laissais éclater ma colère et mon ressentiment et je finissais parfois par devoir quitter la maison et aller prendre une marche pour me calmer. De retour à la maison, je ne savais plus où me mettre tellement j'avais honte de moi. Nous sommes en couple depuis cinq ans maintenant et j'ai fini par comprendre qu'elle m'aime et que je peux me détendre. Lorsque je sens la jalousie monter, je peux dorénavant contrôler mes réactions parce que je me sens moins menacé.»

«Lorsqu'on manifeste de la jalousie, on démontre une faille plus ou moins importante dans notre confiance en soi, dans notre capacité de nous croire suffisamment aimable et aimée pour que notre partenaire veuille rester avec nous. Plus on s'estime soi-même, moins on dépend de l'amour de l'autre et plus on se traite et on le traite avec respect», estime Yvon Dallaire.

«La jalousie est une émotion que l'on a avantage à questionner, estime pour sa part Nathalie Parent. Que ressentons-nous exactement? Y a-t-il des besoins non comblés dans notre couple? Des problèmes induisant de l'insécurité?» «Le plus souvent, la jalousie est liée à soi, pas à l'autre», affirme Jocelyne Robert.

«Il peut aussi s'avérer constructif d'en discuter avec notre partenaire, poursuit Nathalie Parent. Par exemple, la jalousie envers les collègues de sexe féminin de notre amoureux peut parfois simplement témoigner du fait que l'on s'ennuie de l'époque des débuts de notre relation, alors qu'on ne voyait notre compagnon que sous son meilleur jour. Une discussion franche et ouverte peut nous mener à convenir de remettre du piquant dans notre vie de couple, par exemple, par le biais de week-ends d'amoureux. On peut aussi s'entendre pour reprendre ensemble quelques-unes des activités auxquelles on s'adonnait avant, histoire de délimiter à nouveau le territoire de notre intimité.»

Pour la sexologue Jocelyne Robert, «la jalousie récurrente est un programme qui s'est mis en place et qu'on se rejoue sans arrêt si on ne trouve pas les moyens, les outils, pour le déprogrammer.»

Par ailleurs, si le climat est si mauvais qu'on en vient à se disputer continuellement, il y a peu d'espoir qu'on arrive à s'en sortir tout seuls», constate Nathalie Parent. «Si une conversation sous le signe de l'ouverture ne peut pas nuire, dans certains cas, il n'en demeure pas moins irréaliste de penser "aider" soi-même un partenaire jaloux», confirme Yvon Dallaire. La seule et unique chose à faire, selon lui? Lui retourner sa jalousie: «C'est toi qui penses que tu peux être trompé(e). C'est ta propre insécurité que tu exprimes.» On évite surtout d'argumenter ou de tenter de se disculper et on garde à l'esprit que, si le jaloux a besoin d'aide, la personne soupçonnée est la dernière à pouvoir offrir cette aide, malgré toute sa bonne volonté. Que faire dans ce cas? Demander de l'aide professionnelle. «Une psychothérapie s'avère souvent nécessaire pour que la personne reprenne suffisamment confiance en elle pour faire enfin confiance à son partenaire et être en mesure de s'abandonner à lui», termine Yvon Dallaire.

Jalousie: honnie soit l'ex

Nous sommes nombreuses à redouter l'ex de notre amoureux. Pourquoi? «On se dit qu'il l'a déjà aimée et on craint peut-être de ne pas être à la hauteur. On a surtout peur que son amour pour cette femme ne revienne. Cette crainte est normale, surtout au début d'une relation avec un homme séparé ou divorcé», nous rassure Nathalie Parent. À moins, bien sûr, que nos craintes ne soient alimentées par le fait qu'il se précipite chez elle dès qu'elle l'appelle. «Dans ce cas, il est possible qu'on soit jalouse parce qu'on sent que quelque chose ne tourne pas rond, que la relation de notre amoureux avec son ex n'est pas limpide ou totalement liquidée», précise la psychologue. «Une bonne discussion s'impose alors, conseille Yvon Dallaire. On est en droit de s'attendre de notre compagnon qu'il ne se laisse pas envahir par son ex et qu'il donne la priorité à notre relation, même si la leur s'est transformée en belle amitié.»

La jalousie a-t-elle un sexe?

La jalousie ne semble pas un mal plus typiquement féminin que masculin. Les deux sexes paraissent égaux devant elle, si ce n'est au niveau des manifestations qu'elle engendre. Selon Yvon Dallaire, les femmes auraient en effet tendance à exprimer leur jalousie publiquement alors que les hommes le feraient plutôt en privé. Lors d'une soirée, par exemple, un homme dont la compagne consacre beaucoup de temps à d'autres hommes pourra sembler ne pas même le remarquer et demeurer tout sourire. De retour à la maison, cependant, il pourra lui faire passer un mauvais quart d'heure, multipliant les questions et les insinuations.

Les femmes quant à elles, toujours selon le psychologue, auraient moins de pudeur et les manifestations publiques de leur colère ne leur feraient pas peur, bien au contraire. «Les femmes verbalisent peut-être plus facilement leur sentiment de jalousie, tout simplement, pense Nathalie Parent. Elles peuvent, par exemple, s'inquiéter ouvertement de la beauté de la nouvelle secrétaire de leur mari, alors que celui-ci aura plutôt tendance à dénigrer les hommes évoluant dans l'entourage de sa femme, sans clairement avouer qu'il est simplement jaloux.»

Possible, l'absence totale de jalousie?

Si une saine jalousie a sa place, peut-on en conclure que son absence est un indice de désamour? «Certainement pas, tranche Yvon Dallaire. Au contraire, cela peut être la preuve que les deux partenaires ont non seulement confiance en eux-mêmes, mais également en l'autre et en leur couple.»

«Attention, toutefois, de ne pas confondre maturité et indifférence, nuance Nathalie Parent. «Par ailleurs, ne jamais éprouver la moindre jalousie peut ressembler à de l'indifférence. Si on a l'impression que le lien amoureux privilégié est menacé, il est tout à fait sain de réagir. C'est le contraire qui serait anormal», conclut Jocelyne Robert.

Pour aller plus loin

  • Le Défi des relations, par Michelle Larivey, Les Éditions de l'Homme, 2004, 312 p., 26,95 $.
  • La Jalousie, par Willy Pasini, Odile Jacob, 2006, 256 p., 17,50 $.
  • Maîtrisez votre jalousie, par Windy Dryden, Broquet, 2007, 224 p.,19,95 $.
  • Qui sont ces femmes heureuses?, par Yvon Dallaire, Option santé, 2009, 224 p., 24,95 $
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