Psychologie

Fêter Noël quand on traverse une épreuve

Fêter Noël quand on traverse une épreuve

Fêter Noël quand on traverse une épreuve Photographe : Marie-Eve Tremblay / Colagene.com Auteur : Julie Champagne

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Fêter Noël quand on traverse une épreuve

Séparation, deuil, maladie…Comment aborder la période de Noël quand on n’a pas le coeur à la fête? Notre journaliste nous raconte son expérience.

 

En 2015, mon fiancé a quitté la maison quelques semaines avant le temps des fêtes pour prendre une période de réflexion. C’était une décision commune, mais qui me laissait tout de même un trou en plein coeur.

Il était mon amour de jeunesse, mon complice des 15 dernières années, le père de mes deux jeunes enfants. Inutile de dire que j’étais dans un piteux état. En comparaison, le Grincheux de Noël passait pour une cheerleader! Je n’avais qu’une seule ambition: vider ma plus grosse boîte de Ferrero Rocher, en pyjama devant la télé à écouter Ciné-cadeau. Ma situation justifiait amplement ce petit apitoiement temporaire.

Puis, je me suis ressaisie. J’ai confirmé ma présence au réveillon familial. Je serais au rendezvous, même si c’était avec le coeur en berne et les yeux humides comme un personnage de manga. J’ai décoré la maison, j’ai aidé les lutins dans leurs insupportables mauvais coups et j’ai participé aux réceptions familiales. Je l’ai fait pour mes enfants, alors âgés de cinq et trois ans. Hors de question de briser la magie des fêtes. Ils étaient ma priorité.

Avec le recul, je réalise que je l’ai aussi fait un peu pour moi. Quand la tempête fait rage, on doit parfois accoster le navire au quai avant de pouvoir retourner affronter la mer. Mes proches ont été mon ancrage.

Quelques jours avant le réveillon, j’ai avisé ma tribu que mon partenaire ne serait pas au rendezvous. Je leur ai demandé de ne pas me poser de questions. Ce n’était pas du déni ou un manque de confiance; je ne voulais pas contaminer l’ambiance. Les crises de larmes et les thérapies de groupe n’ont jamais été mon fort.

Comme le malheur frappe en toute saison, plusieurs ont déjà traversé un temps des fêtes aussi peu réjouissant que le mien. C’est notamment le cas de ma collègue Valérie, qui a été congédiée un 23 décembre: «Comme j’étais considérée comme pigiste, même si je travaillais pour cette entreprise à temps plein, je me retrouvais du jour au lendemain sans revenus ni chômage, avec des cartes de crédit bien remplies par mes achats des fêtes. J’ai passé la journée du 24 décembre à pleurer ma vie!»

Valérie a non seulement demandé à ses proches de ne pas lui poser de questions, mais elle a aussi préparé des réponses sans appel pour en finir avec les conversations indésirables menées par des parents insistants. «Quand on me demandait comment allait le travail, par exemple, je répondais que j’avais perdu mon boulot la veille, mais que j’espérais de beaux projets pour la nouvelle année. Mon objectif était de clore le sujet, mais sans déprimer ou inspirer la pitié. Je voulais m’imprégner de l’esprit festif des autres pour prendre une pause de mes propres malheurs.»

Selon la psychologue Mélanie Lamarre, Noël n’est pas le seul moment de l’année où les émotions difficiles peuvent être exacerbées, mais cette fête vient effectivement avec une forte pression: «Durant le temps des fêtes, on doit être heureux en famille. C’est un peu l’entente tacite. Et qui dit prendre part aux festivités dit ne pas se morfondre! Pour aider, il peut être pertinent d’éliminer temporairement les sources d’inconfort, par exemple les réseaux sociaux, où tout le monde dresse la liste des gros cadeaux offerts aux enfants, alors qu’on vient tout juste de perdre notre emploi. En revanche, on déconseille généralement de rester seul. À la limite, on peut réduire notre cercle social, mais profiter de la présence réconfortante de quelques personnes qui nous sont chères.»

Selon la psychologue, le fait d’épancher nos soucis personnels entre deux bouchées de dinde reste d’abord et avant tout une question de choix: «Je ne crois pas qu’il soit malvenu de prendre quelques minutes pour parler de sujets plus sérieux, même lors d’un souper de Noël. Les épreuves font aussi partie de la vie, et si le contexte familial nous le permet, pourquoi pas?»

Idem si un de nos proches traverse une zone de turbulences. Au lieu de présumer certaines choses, on lui pose des questions afin de déterminer ce dont il aurait besoin pour se sentir un peu mieux. Certains auront envie de se confier, d’autres de se changer totalement les idées, alors que certains autres auront besoin d’un peu des deux.

Pour ma part, il serait faux de dire que mon Noël a été une succession de fous rires et de partys endiablés. Mais malgré mes émotions en montagnes russes, j’en garde un souvenir plutôt positif: un Noël tout en douceur, centré sur l’essentiel. En plein coeur de ma tempête, j’ai trouvé l’amour et le soutien de ceux qui me sont chers.

Julie Champagne est journaliste indépendante et auteure jeunesse. Cette année, elle aborde Noël sans attente, en toute simplicité.

 

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