Êtes-vous la pdg de la maison?

Téléchargez votre questionnaire au bas de la page Auteur : Coup de Pouce

Le partage des tâches au sein du couple, on l'a disséqué en long et en large, et on s'entend pour dire que, si du progrès est toujours possible, les hommes font désormais beaucoup plus leur part dans le domaine. Mais il est un aspect de la gestion familiale dont on parle moins: la prise de décisions, avec tout le boulot de préparation et de planification que cela implique. Que mange-t-on ce soir? À quel moment prend-on nos vacances? Est-ce qu'on refait la salle de bains? Que fait-on pour la fête des Pères?

On a tendance à sous-estimer la somme de travail que représente la responsabilité de décider. D'accord, avoir le dernier mot, ce n'est pas désagréable, mais, quand le nombre de décisions augmente, que chacune s'accompagne de questionnements, de coups de fils, de courriels et de stress («Ai-je vraiment fait le bon choix?») et que cela s'ajoute à nos tâches professionnelles, il y a de quoi avoir envie d'adopter un rôle de simple exécutante, même si bien des hommes diraient que, si leur femme décide tout, c'est parce qu'elle ne leur fait pas confiance...

L'idéal est évidemment d'arriver à un équilibre où les décisions sont partagées et où chacun est à l'aise avec ses responsabilités. Quand cet équilibre est rompu, l'un des conjoints s'essouffle à tout gérer, tandis que l'autre rumine sa frustration de ne jamais avoir voix au chapitre. Comment savoir où se situe notre couple? D'abord, en prenant conscience de la multitude de décisions prises chaque semaine dans un foyer. Puis, en faisant l'exercice de voir qui décide quoi. Voici ce qu'ont découvert quatre couples en se prêtant au jeu, avec le commentaire de la psychologue Marie Claude Lamarche.

 
Téléchargez ici votre questionnaire

Petites décisions, grosse tension

Julie, 35 ans, et Raymond, 33 ans. Ensemble depuis quatre ans.

Comment ça se passe? Pour les grosses décisions, ça va bien. Ils se consultent et arrivent à s'entendre. Ce qui cause des conflits chez eux, ce sont les petites décisions. «C'est fou comment on est incapables de décider ce qu'on veut manger pour souper!» Même à l'épicerie, ils restent plantés devant le comptoir des viandes à se demander: «Ben là, qu'est-ce que tu veux, toi, cette semaine?» Ça ne finit plus!

 

Et ça leur convient?

Elle. «Si je ne faisais pas de liste, si je ne prenais pas les choses en main pour la maison, ce ne serait pas fait. Nous sommes, les deux, un peu traîneux. Il m'arrive souvent de me dire: "Si je ne le fais pas, personne ne le fera!" C'est un peu ce qui me motive à planifier les tâches ménagères. J'aimerais ne pas avoir à faire de listes pour que Raymond n'oublie rien, mais je pense que c'est nécessaire...»

Lui. Le partage des décisions et sa participation aux décisions lui conviennent. «Parfois, j'ai tendance à laisser Julie décider pour éviter la chicane ou parce que ça fait son affaire. Et de mon côté, ça fait aussi mon affaire qu'elle prenne les choses en main. J'ai tendance à dire que ça ne me dérange pas, surtout si l'incidence n'est pas très grande sur moi.»

Leur défi? Prendre des petites décisions plus rapidement. Aussi, Julie voudrait aussi que Raymond s'implique davantage dans la rédaction des listes de choses à faire. «Que ce soit plus spontané et que je n'aie pas besoin de le lui dire!» lance-t-elle.

L'avis de l'experte

«Savoir prendre des décisions importantes en couple, c'est génial! C'est vrai qu'il y a des tonnes de petites décisions plus anodines à prendre, mais c'est rassurant de voir qu'ils ont une bonne base de communication.» Ses conseils:

  • Planifier et s'organiser. Les petites décisions qui reviennent souvent bouffent notre temps et notre énergie. On gagne à les planifier. «Par exemple, pour les repas, on peut songer à établir un menu général sur un mois. On s'assoit ensemble et on décide combien de fois par semaine on veut manger du poisson, du poulet, etc. Cela ne veut pas dire que c'est fixe ou qu'on mange du poulet de la même façon chaque fois, mais ça nous aide quand vient le temps de choisir.»

  • Laisser faire l'autre. Déléguer et ne plus s'en mêler même si on pense que ce serait plus efficace à notre façon, c'est toute une épreuve, mais c'est profitable! Pas facile de voir l'autre faire des erreurs, mais on évite de se mettre le nez dans ses façons de faire et ses décisions.

 


Téléchargez ici votre questionnaire

Décider sans angoisser

Ariane, 34 ans, Yezabelle, 8 ans, et Louka, 6 ans, en couple avec Pierre, 35 ans, Florence, 7 ans, et Emilie, 3 ans. Famille recomposée depuis presque trois ans, avec les enfants toutes les fins de semaine.

Comment ça se passe? Il n'y a pas d'entente claire dans le couple. Chacun a droit à son opinion. Ils prennent plusieurs décisions ensemble concernant les loisirs, mais, la responsabilité des décisions familiales ou personnelles retombe souvent sur les épaules d'Ariane. «Je dois penser au souper, car pour Pierre, ce n'est pas important. Il mangerait des beurrées de Nutella à tous les repas. Même chose pour les rendez-vous: c'est moi qui dois y penser et y voir.»

 

Et ça leur convient?

• Elle. «Les trucs en suspens m'angoissent. Quand il faut décider un truc comme les vacances, j'ai besoin de le régler tout de suite. Sentir que je n'ai pas le plein contrôle sur une situation m'empêche de dormir. Il m'arrive même de vouloir en discuter en pleine nuit.. Les résultats sont souvent négatifs: mon chum pogne les nerfs, j'arrête d'en parler et je prends la décision toute seule.»

Lui. «Laisser Ariane décider toute seule? Ça m'arrive! Discuter en pleine nuit, ça ne m'intéresse pas. Je ne ressens pas la même urgence qu'elle de prendre des décisions. J'aimerais m'impliquer plus. Reste à savoir comment.»

Le défi? Ariane aimerait que le dialogue entre eux soit plus efficace. «En ce moment, je sens qu'il me laisse faire. On discute beaucoup, mais ça finit souvent que ce sont mes choix qui sont retenus. Pourtant, c'est agréable de prendre les décisions ensemble. Parfois aussi, j'aimerais qu'il en prenne quelques-unes par lui-même pour m'enlever un peu de poids sur les épaules.»

L'avis de l'experte

«Tout d'abord, je dois relever le bon fonctionnement de cette famille recomposée où "mes enfants, tes enfants" semble s'être transformé en "nos enfants". C'est excellent! Toutefois, Ariane paraît avoir un grand besoin de tout contrôler et vouloir régler les choses rapidement au moment où elle le choisit.» Ses conseils:

  • Pour discuter, choisir un moment qui convienne aux deux. «La nuit, ce n'est jamais bon! Il faut trouver un moment où les deux sont disposés pour que la communication soit bonne. Aucun ne peut imposer le choix à l'autre», explique la psychologue. Ariane doit donc apprendre à gérer son impatience. «Ça devrait l'apaiser, car elle saura que ce sera réglé, mais en différé, tout simplement.» En attendant, elle peut préparer la rencontre, penser à ce qu'elle veut dire, etc.

  • Déléguer à petite dose. «Plus Ariane apprendra à déléguer, moins ce sera lourd à porter pour elle. Je lui suggère de déléguer des choses sur lesquelles elle accepte d'avoir moins de contrôle. Par exemple, si l'alimentation est importante pour elle, je lui dirais de garder le contrôle là-dessus. Elle n'arriverait jamais à déléguer véritablement et son anxiété resterait la même. C'est plus facile de déléguer des trucs sur lesquels on est moins pointilleux.» Ainsi, si tout va bien, Ariane sentira qu'elle peut en laisser encore davantage.

 


Téléchargez ici votre questionnaire

Maman s'occupe de tout!

Kathy 32 ans, Martin 32 ans, Ophélie, 8 ans, et Béatrice, 4 ans.

Comment ça se passe? Comme Kathy ne travaille pas, elle est en charge de tout ou presque! «Je fais, décide et planifie énormément de choses. Comme je suis à la maison, je me dis que c'est à moi de le faire», dit-elle.

Et ça leur convient?

Elle. «L'exercice m'a un peu déprimée! Je me suis rendu compte qu'on est en plein syndrome de "Je vais le faire, autrement ça ne se fera pas!" Je décide de tout, je pense à tout et planifie tout! Ça devient lourd à la longue.»

Lui. «Je laisse pas mal tout à Kathy. C'est elle qui organise tout. Mon emploi du temps ne me permet pas d'en faire davantage.»

Le défi? Pour l'instant, Kathy ne travaillant pas, elle assume la responsabilité de la planification de toutes les tâches et prend beaucoup de décisions en respectant le budget établi par Martin. Mais, des changements s'annoncent... «L'an prochain, je souhaite retourner travailler. Je me demande bien comment je vais faire. On ne pourra plus fonctionner ainsi et ça me fait un peu peur. Je ne sais pas comment on va y arriver.»

L'avis de l'experte

«Pour l'instant, l'équilibre semble tout de même bon. Cependant, tout décider et être responsable de la maisonnée -des rendez-vous, des achats de vêtements, des vacances, des sorties, des corvées, de l'épicerie, des rénos -, c'est l'équivalent d'un travail. Tout un boulot même! Kathy ne pourra pas continuer ainsi quand elle retournera au travail, autrement ça va nuire à sa santé, à son couple et à sa vie en général. Bref, leurs choix et leur mode de prise de décisions ne pourront pas être les mêmes puisque les variables auront changé.» Ses conseils:

  • Faire la transition en douceur. Avant que Kathy retourne au travail, ils devraient commencer graduellement à partager le boulot davantage. Kathy pourrait laisser à Martin certaines responsabilités qui n'ont pas besoin d'être faites pendant qu'il travaille. Par exemple, ils pourraient commencer à planifier les menus ensemble ou elle pourrait le laisser faire les recherches en vue de décider où ils iront en vacances.

  • Implanter les listes. Des listes, c'est pratique pour que chacun voie quel est son champ d'implication. Pour que les deux soient plus efficaces, ils devraient créer des listes pour tout. Si Martin n'a pas participé aux décisions familiales depuis un temps, des petits rappels sous forme de listes devraient lui être utiles. Chacun sait alors ce dont il doit s'occuper. À lui de décider du moment et de la façon dont ce sera fait.

     


Téléchargez ici votre questionnaire

Je suggère, tu décides?

Josée, 46 ans, et André, 46 ans. Ensemble depuis 28 ans, 3 enfants de 19, 17 et 15 ans.

Comment ça se passe? Même si c'est souvent la famille qui décide, Josée est celle qui prépare le terrain, organise et fait les suggestions. Et avec trois ados, il y a beaucoup de choses à gérer! Même chose pour le choix de vacances, où elle fait les recherches et présente les possibilités à André. «Je n'aime pas prendre des décisions seule, j'ai souvent peur de me tromper, et je n'ai pas beaucoup confiance en moi quand de grosses décisions doivent être prises», dit-elle. Aussi, au fil des ans, elle a eu tendance à s'oublier pour le bien-être de la famille. «Le fait d'avoir choisi d'être très disponible pour mes enfants a été une décision à double tranchant. Quand un rendez-vous pour moi se pointait, il arrivait que je chamboule l'horaire de tout le monde. J'ai cessé de voir mes amies, car organiser ma relève était parfois trop difficile. Maintenant que les enfants sont autonomes, je réapprends à m'accorder du temps.»



 

Et ça leur convient?

Elle. «J'aimerais que les autres manifestent plus d'intérêt pour l'organisation des journées de congé, et qu'on ne planifie pas ces journées le matin même.»

Lui. «Le partage me convient très bien, car je décide de plusieurs choses dans les champs d'activité qui m'intéressent.»

Leur défi? Une plus grande confiance en son pouvoir de décision pour Josée et une plus grande implication de la famille dans le choix des loisirs.

L'avis de l'experte

«Après 28 ans ensemble, Josée et André ont très bien réussi à peaufiner leur méthode. C'est très positif aussi que Josée reprenne du temps pour elle sans se sentir coupable.» Ses conseils:

  • Opération coup de jeune! «Quel que soit le champ d'action, quand il faut organiser et planifier, ça risque de devenir lourd avec les années. Le couple peut s'échanger des tâches ou mettre les jeunes à contribution», note la psychologue. On allège ainsi le nombre de décisions à prendre tout en donnant la chance à nos enfants de faire leurs preuves et de mettre en pratique leur esprit de planification!

  • Conseil de famille. Pour alléger la tâche de Josée en ce qui concerne les loisirs, la famille pourrait tenir un conseil de famille durant lequel chacun exprimerait ses désirs et proposerait des pistes de solutions. Par exemple, pour planifier le week-end, on case les obligations avant d'ajouter les activités et déplacements de chacun. «Même chose pour le choix des vacances. Chacun arrive avec une idée de destination respectant le budget prévu. Comme ça, tout le monde se sent concerné et Josée en a moins sur les épaules!»

  • Se lancer. Prendre des décisions, c'est faire preuve de confiance en soi. «Josée demande conseil quand elle hésite et c'est très bien ainsi. Mais il y a un paquet de décisions qu'elle prend seule. Et souvent, lorsqu'elle hésite, c'est par respect envers son conjoint ou ses enfants. Bref, elle peut se lancer davantage, en continuant de penser à elle!» Elle pourrait commencer par se faire plaisir en allant au cinéma, par exemple, sans se soucier du repas à la maison! Ce serait un bon départ!

     


Téléchargez ici votre questionnaire

Commentaires

Partage X
Psychologie

Êtes-vous la pdg de la maison?

Se connecter

S'inscrire