Thinkstock Auteur : Coup de Pouce Crédits : Thinkstock

Il y a les peurs, issues de notre instinct de survie, qu'on éprouve devant ce qui menace notre vie. «Elles sont nécessaires, dit Rose-Marie Charest, psychologue et présidente de l'Ordre des psychologues du Québec. Elles nous incitent notamment à la prudence.» Il y a aussi des petites peurs «utiles». «Elles ne nous freinent pas, mais nous aident, par exemple, à peaufiner un dossier parce qu'on a peur d'un échec, à offrir une performance remarquable à cause du trac qui nous rend fébrile», dit Louise Lambert, coach de vie et conférencière. Il y a les phobies, des peurs profondes, intenses, totalement irraisonnées, qui résultent de facteurs biologiques, héréditaires et environnementaux. Une maladie dont sont atteints entre 5 et 10% des Canadiens.

Et puis, il y a les peurs qui se posent comme un mur entre nous et nos désirs: peur de parler en public, d'être rejetée, de manquer d'argent, d'être seule, etc. «On ne naît pas avec ces peurs-là, mais on les acquiert très tôt, dit Cécile Kapfer, psychologue et auteure de Dépasser ses peurs. Les parents en sont les premiers instigateurs, souvent par l'exemple. Car les jeunes enfants, et même les bébés, sont de véritables éponges qui absorbent les peurs de leurs parents.» Heureusement, on peut limiter cette transmission de nos peurs en en prenant conscience, puis en portant attention à nos réactions et à ce qu'on véhicule comme message: le cri de mort qu'on lance à la vue d'une araignée n'est-il pas excessif par rapport au danger réel?

D'autres peurs, comme celle d'être rejetée, viennent souvent d'événements ou de l'interprétation qu'on en a fait. «Un enfant qui se sent délaissé à l'arrivée d'une petite soeur peut en rester marqué », explique Cécile Kapfer. Cette peur peut nous faire craindre toute situation où on risque (ou on pense risquer!) d'être rejetée: prendre les devants de la scène, accepter une promotion, s'engager dans une relation, etc. «Plusieurs peurs viennent du passé, convient Louise Lambert. Sont-elles encore fondées? L'ont-elles jamais été? On doit se poser la question. Avec le temps, on a évolué, vécu d'autres expériences. En s'arrêtant pour comprendre la vraie nature de nos peurs, on réaliserait sans doute qu'elles n'ont plus leur raison d'être, qu'on les entretient presque par habitude.» Mais parfois, les nommer ne suffit pas. «Souvent, on souhaite dépasser nos peurs quand elles sont un frein à notre désir d'accomplir quelque chose, à la réalisation d'un rêve, avance Cécile Kapfer. Il faut comprendre d'où elles viennent et ce qu'elles nous empêchent de faire, et ensuite comparer ce qu'elles nous coûtent et ce que ça nous coûterait de les dépasser. Quelles que soient nos peurs, elles peuvent toutes être surmontées.»

Si je n'avais pas peur...

10 femmes avouent la peur qui les empêche de réaliser leur désir.

«Si je n'avais pas peur de paraître irresponsable, je ferais plus de petites folies. Je me permettrais parfois des week-ends de trois jours, mais je ne veux pas paraître irresponsable à l'école que fréquente ma fille. Je ne me retiendrais pas d'acheter une robe pour laquelle j'ai un coup de coeur, même si elle n'entre pas dans mon budget.» Laurence, 37 ans, éditrice de manuels scolaires

«La peur de ne pas être à la hauteur de mes ambitions m'empêche de terminer le roman commencé il y a quelques années. Je ne peux écrire plus de quelques paragraphes sans me mettre à penser que je n'arriverai jamais à mener mon idée jusqu'au bout et à la rendre de façon aussi intéressante qu'elle l'est dans ma tête.» Nathalie, 42 ans

«Si je n'appréhendais pas de paraître ridicule, je ferais du théâtre. J'ai une amie qui en fait et ça semble tellement l'fun, tellement... libérateur! Mais je suis extrêmement timide et convaincue de n'avoir aucun talent. On rirait de moi, je me sentirais complètement absurde.» Nadine, 32 ans

«Si je n'avais pas autant peur d'un accident, je sauterais en parachute! J'envie ceux qui le font.» Laurence, 36 ans

«Si je n'avais pas peur d'être pourrie, je serais professeure. Mais le stress me gagne à l'idée de parler devant un groupe et j'ai peur que les élèves ne me trouvent ennuyante.» Sandra, 35 ans

«Si je n'avais pas peur d'une baisse de niveau de vie, je lancerais mon entreprise. Il y a longtemps que j'en rêve et je suis un peu tannée de mon travail actuel. Mais j'ai toujours de bonnes raisons de ne pas foncer: j'ai deux enfants, des paiements à faire, etc. Ce sont des excuses. J'ai simplement peur de ne pas réussir et de perdre ma maison, mes petits luxes, etc.» Danielle, 45 ans

«Si je ne craignais pas d'être incapable de me débrouiller, je partirais un mois en Inde. J'ai toujours admiré les gens qui voyagent librement, qui découvrent de nouveaux pays et qui reviennent avec de belles expériences à raconter. J'aimerais faire la même chose, mais je crains de me retrouver dans des situations difficiles et de ne pas pouvoir m'en sortir, comme de me perdre, de me faire voler, etc.» Annabelle, 29 ans

«J'ai toujours voulu chanter dans une chorale, mais j'ai peur de ne pas être assez bonne. Et l'idée de faire des spectacles me donne un trac fou!» Sophie-Anne, 25 ans

«Mon chum essaie de me convaincre de prendre une année sabbatique pour voyager avec les enfants. J'adorerais ça, mais j'ai peur qu'on n'ait pas assez d'argent ou de ne pas retrouver mon emploi à mon retour.» Anne-Marie, 36 ans

«Je ferais une expédition dans la jungle amazonienne si je n'avais pas autant peur des bibittes! Elle me fascine et c'est toujours avec beaucoup d'intérêt que je regarde les documentaires sur le sujet.» Valérie, 31 ans

Test: quels types de peurs vous freinent?

Dans la liste suivante, choisissez les affirmations où vous vous reconnaissez.

(+) Votre belle-soeur vous insulte sans s'en rendre compte, mais vous ne dites rien pour éviter la chicane.

(&) Vous refusez que votre garçon de 12 ans se joigne à ses amis pour aller au parc d'attractions, même si vous savez qu'un adulte de confiance accompagnera le groupe.

(%) Vous devez acheter une voiture. Vous optez pour la moins chère, même si elle convient moins à vos besoins.

(+) Vos idées vous semblent très bonnes, mais vous trouvez difficile de les exposer au travail.

(%)  Chez Costco, vous êtes de celles qui achètent le paquet de 40 rouleaux de papier hygiénique.

(&) Pour vous, l'idée d'avoir mal est presque plus souffrante que la douleur elle-même.

(+)  Quand une amie vous propose une sortie, vous avez de la difficulté à dire non, même si ça ne vous tente pas d'y aller.

(%)  Le désir de votre chum de quitter son emploi pour retourner aux études vous effraie au plus haut point.

(&) Vos parents étaient plutôt surprotecteurs.

(+) Aller dans un blind date, même si on vous dit que c'est LE gars pour vous? Jamais de la vie!

(%) Entre un emploi stable et bien payé que vous n'aimez pas et le travail de vos rêves, moins payant, vous choisissez le premier.

(&) On dit souvent que vous êtes un peu hypocondriaque.

(+)  À l'idée de parler en public, vous perdez tous vos moyens.

(%) Vos parents vous ont répété ad nauseam l'importance de faire un budget et de s'y tenir.

(&) Une blessure ou une maladie vous a laissée profondément marquée.

(+)  S'il faut mentir pour éviter de blesser quelqu'un ou pour lui faire plaisir, vous le faites.

(&) L'idée de tomber malade quand vous voyagez vous préoccupe beaucoup.

(%) Quand votre meilleure amie est partie en voyage à 20 ans, avec seulement 500$ en poche, vous l'avez trouvée totalement inconsciente.

Résultats

Si vous avez coché surtout des (+), vous avez peur... de ne pas être aimée

On a toutes plus ou moins peur de ne pas être aimées, acceptées, reconnues, car c'est un besoin profond de tout être humain. Mais quand cette peur nous empêche de nous réaliser ou de nous engager, on doit y voir. On se demande si les gains obtenus en dépassant notre peur seront plus grands que les pertes ou les efforts que cela exigera de nous. Est-ce que ça vaut le coup? On se demande ensuite quelles sont nos motivations profondes: «J'aimerais pouvoir dire plus souvent ce que je pense au lieu de craindre le rejet. Il me semble que j'aurais plus de respect pour moi-même.» Cela indique que le respect envers nous est notre première motivation, et il ne faut jamais la perdre de vue. Un autre exemple: «Si j'acceptais plus souvent de faire de nouvelles rencontres, je pourrais peut-être tomber sur des personnes agréables et élargir mon cercle d'amis. Et - qui sait? - rencontrer un homme intéressant.» Si ce qu'on veut faire s'y prête (parler en public, par exemple), on se prépare avec soin. «Une partie de notre stress disparaîtra, affirme Louise Lambert. Se dire que les autres vivent peut-être les mêmes peurs nous aidera aussi à relativiser. Et on se rappelle que plus on fait une chose, plus on devient à l'aise de la faire.» Anticiper de manière positive, visualiser notre réussite et chasser les scénarios catastrophiques peut nous aider. On se dit qu'accepter le blind date proposé par notre amie nous permettra peut-être de passer un moment en agréable compagnie.

«Mais il faut aussi garder une petite place dans notre tête pour envisager des résultats moins heureux que ceux escomptés, ajoute Rose-Marie Charest. On doit le prendre comme une expérience et se féliciter d'avoir fait un pas.» Analyser ce qui a marché et ce qui a moins bien fonctionné sera utile la prochaine fois qu'on osera. Cela vaut autant pour une action qu'on a posée que pour une nouvelle relation qui s'amorce. «S'engager dans une relation ne se fait pas du jour au lendemain, même pour ceux qui n'ont pas peur, rappelle Rose-Marie Charest. On y va lentement, on apprend petit à petit à faire confiance à l'autre et à soi-même. Et si ça ne fonctionne pas, on se raccroche à toutes les petites choses positives vécues en cours de route. On réalisera sans doute que, malgré tout, ça en valait la peine.»

Si vous avez coché surtout des (%), vous avez peur... pour votre intégrité physique

«La peur de la souffrance et de la mort est profondément inscrite en nous, explique Rose-Marie Charest. C'est normal puisqu'elle nous aide à nous protéger de ce qui pourrait menacer notre vie.» Cela dit, si notre peur est irraisonnée et qu'on s'empêche de faire des choses qui ne constituent pas une réelle menace, on doit se demander d'où cela vient. De parents hyper-protecteurs ou de l'exemple qu'ils nous ont donné? d'un traumatisme? d'une tendance innée à être précautionneuse? On demande à une personne en qui on a confiance de nous aider à évaluer les risques d'un projet qu'on aimerait réaliser. On lui parle de nos craintes et on sollicite son avis. Et on écoute ses réponses! «On ne doit pas éviter nos peurs, mais plutôt y faire face», dit Cécile Kapfer. Un exemple: on s'empêche de conduire dans les grandes villes parce qu'on craint le trafic et qu'un accident est si vite arrivé. Le hic, c'est qu'on aimerait faire un road trip l'été prochain. Une solution consiste à affronter notre peur petit à petit. On prend notre voiture pour aller en ville, vers une destination précise pas trop éloignée, et on demande à une amie de nous accompagner. La panique nous gagne? On réessaie à un autre moment. Et on essaie encore et encore. À mesure qu'on atteint un objectif, on s'en fixe un plus grand. Un autre exemple: on aimerait participer à une compétition sportive, mais on croit qu'on n'a ni l'endurance ni la santé pour y arriver. On fait d'abord un bilan de santé avec un médecin, puis on se remet en forme graduellement, en groupe de préférence pour nous motiver davantage. On peut aussi s'inscrire à la compétition avec une amie. Et surtout, on s'efforce de croire en nous, en nos capacités physiques et mentales.

Si vous avez coché surtout des (%), vous avez peur... de manquer d'argent

«Pour les personnes qui craignent de manquer d'argent, le problème n'a souvent rien à voir avec l'argent», explique Rose-Marie Charest. Ce sont plutôt la peur de l'inconnu et le manque de confiance pour y faire face qui sont en cause. Une piste? On imagine le pire des scénarios (on perd notre emploi, notre maison passe au feu, etc.) et on regarde les solutions possibles. A-t-on de l'argent de côté? des amis pour nous aider? des employeurs à qui envoyer notre C.V.? On doit néanmoins accepter l'idée que tout perdre est une possibilité, que cela peut arriver à n'importe qui. Si cela se produisait, que nous resterait-il? Peut-être une famille, des amis sur qui compter, des relations qui pourraient nous aider. On tente de parer au pire et, surtout, on se fait confiance. Par ailleurs, si on s'empêche de s'offrir quelque chose qui nous ferait plaisir ou un voyage qu'on pourrait se payer parce qu'on craint de piger dans nos économies, on se demande ce que ce sacrifice nous apporte en regard des plaisirs dont on se prive.

Pour aller plus loin

  • Dépasser ses peurs. Connaître, maîtriser, se libérer. Un programme adapté à chacun, par Cécile Kapfer, Ellebore, 2013, 208 p., 36,95$.
  • Je dépasse mes peurs et mes angoisses, par Christophe André, Points, 2010, 263 p., 15,95$.
  • Se libérer de ses peurs, par Sarah Famery, Eyrolles, 2006, 190 p., 19,95$
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Psychologie

Ces peurs qui nous freinent

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