Psychologie

Accrochée au passé?

Accrochée au passé?

Auteur : Coup de Pouce

Psychologie

Accrochée au passé?

Carpe diem. Vis l'instant présent. On a beau connaître ce sage précepte, il n'en reste pas moins qu'il n'est pas toujours facile de passer à autre chose. Portrait de situations-types où le passé exerce son emprise sur notre vie présente, et des trucs et conseils pour cesser de regarder la vie dans le rétroviseur.

 

 Douce nostalgie

«Quand les filles étaient jeunes, j'avais tellement de plaisir à être avec elles, se rappelle Liliane, 60 ans. Je les habillais en princesses, j'assistais fièrement à leurs spectacles de piano et de ballet, elles me récitaient les poèmes que je leur faisais apprendre. Puis, le temps a passé, elles sont devenues ados et ont eu moins envie d'être avec moi. Je voudrais tellement qu'elles soient restées toujours petites!»

Douce nostalgie d'un âge d'or révolu: celui de notre propre enfance, où tout était plus facile... celui de ce merveilleux stage au Costa Rica avec notre classe de 5e secondaire... celui de notre première voiture, cette fidèle Coccinelle vintage avec laquelle on a fait le tour de la Gaspésie... celui du concert de Pink Floyd au Stade olympique le 6 juillet 1977... Les nostalgiques se complaisent dans l'évocation des bons moments qui ont jalonné leur existence. Dans les périodes creuses ou lorsqu'ils s'ennuient, ils ouvrent et feuillettent le grand album de leur vie, dans lequel ils puisent une énergie positive qui les aide et les stimule dans leur vie de tous les jours. La nostalgie ne pose généralement pas de problème dans la vie des gens. Ne serait-ce que parce que le temps nous amène à passer à autre chose, bon gré mal gré: les enfants grandissent, les études prennent fin, les membres encore vivants de Pink Floyd jurent qu'ils ne reviendront jamais ensemble, etc. «On peut se demander: "Est-ce que je me fais de la peine en me remémorant des souvenirs passés?" conseille la psychologue Brigitte Hénault. Si nous rappeler notre première voiture nous fait du bien, tant mieux. Ou encore, si nous souvenir du passé nous aide à établir un bilan de notre parcours, à mieux nous connaître et à mieux vivre, c'est bien.»

«La nostalgie devient problématique lorsqu'elle nous empêche de vivre le moment présent et de faire des projets, souligne le psychologue Nicolas Chevrier. Elle découle souvent de fausses perceptions, c'est-à-dire que notre mémoire n'a sélectionné que les moments positifs d'une période ou d'un événement.»

Par définition, la nostalgie implique un état de tristesse qui peut jeter une ombre de négativité sur notre vie présente. «Lorsqu'on s'accroche à un objet ou à un souvenir, c'est peut-être parce qu'on n'arrive pas à être dans le présent ou à se projeter dans un avenir qui nous plaît, explique Brigitte Hénault. On stagne. Pourtant, vivre, c'est avoir des envies qui devraient nous faire découvrir de nouvelles choses et ainsi nous amener à nous sentir en vie.»

 

 

 

 

"Aux yeux du souvenir, tout est toujours plus beau..." Cela pourrait être la devise de François, qui semble incapable d'apprécier le moment présent... au présent. Julie se rappelle de leurs dernières vacances à Cancun, l'an dernier. Il ne s'est pas passé une journée où il n'a pas pesté contre quelque chose: le vol qu'il a trouvé cahoteux, la bière pas assez froide, les excursions qu'il jugeait quétaines, jusqu'aux vagues qui n'étaient pas assez fortes pour lui...

Des vacances ratées, à oublier, donc? Eh bien, non! Lorsqu'il en parle maintenant, c'est plutôt du genre: «C'était donc le fun quand on est allés à Cancun! Est-ce qu'on y retourne cet hiver?» Chaque fois, Julie a du mal à y croire, mais elle sait que François est comme ça: incapable d'apprécier les choses sans un léger décalage horaire. Sur le coup, il bougonne et après coup, c'était magnifique.

«François semble avoir peur du changement, estime Brigitte Hénault. En critiquant son voyage, il se sécurise parce qu'il prévoit le pire et les émotions difficiles que cela pourrait lui faire vivre. Il se protège. Mais une fois l'événement passé, une fois qu'il y a survécu, c'est correct.» D'autres raisons peuvent expliquer l'attitude de François en voyage: peut-être qu'il répète le comportement de ses parents ou qu'il ne se donne pas le droit d'avoir du plaisir.

Selon Nicolas Chevrier, François aurait avantage à être plus conscient de son comportement pour en venir, par exemple, à s'entendre se plaindre... et à arrêter de le faire. «Il s'agit de prendre conscience que nos pensées ne sont pas nécessairement un reflet de la réalité. À ce moment-là, on peut les orienter vers les aspects positifs de ce qu'on est en train de vivre.»

En attendant, ce genre d'attitude est plutôt frustrant pour l'entourage, qui aimerait bien savourer les bons moments pendant qu'ils passent. Et, si Julie se considère patiente, ce n'est pas tout le monde qui apprécierait de se faire gâcher ses vacances pour les entendre vanter six mois plus tard. Ce comportement peut également nous faire perdre de la crédibilité: qui va se fier à notre jugement yoyo? «Mais surtout, insiste Brigitte Hénault, il nous empêche de profiter de moments privilégiés passés en compagnie des gens avec qui on a choisi d'être.»

 

La tendance à vivre dans le passé peut être forte quand s'y rattachent des regrets ou un sentiment de culpabilité. La relation qu'on aurait pu «sauver» si on avait agi différemment («il ne serait pas parti si...»), l'emploi qu'on n'aurait jamais dû quitter («j'étais mieux avant, finalement»), les études qu'on n'a pas poursuivies («je gagnerais plus aujourd'hui»), etc. On s'est toutes empêchées de dormir, à un moment ou un autre, à ruminer des «si j'avais su...» et des «j'aurais donc dû...»

«J'ai vécu avec mon conjoint pendant plusieurs années avant d'essayer d'avoir un enfant, raconte Kim, 32 ans. Cinq ans plus tard, je ne suis toujours pas enceinte. Les premières années, je me disais sans cesse: si nous avions essayé plus tôt, peut-être que je serais enceinte, si je n'avais jamais pris la pilule, si... si... si... Puis, j'ai compris que je ne voulais pas passer ma vie dans les regrets. Ils nous épuisent et ne changent absolument rien.»

C'est exactement ce que croit Nicolas Chevrier. L'impression qu'on aurait dû savoir ce qui allait se passer et le sentiment de culpabilité lié à nos choix peuvent être forts et nous faire beaucoup de peine. On doit être indulgente envers soi, car il était impossible de savoir comment les choses allaient tourner. Et même en admettant qu'on ait fait de mauvais choix et qu'on en souffre aujourd'hui, il reste qu'on ne peut récrire le passé et qu'on n'a aucun pouvoir sur lui. «Toutefois, nous avons un contrôle sur nos pensées. Nous n'en sommes pas esclaves», souligne Nicolas Chevrier.

Lorsque Kim a constaté que sa façon de traverser l'épreuve de l'infertilité était en train d'avaler tout ce qu'elle était, elle a décidé de changer sa perception des choses. «Même si je ne suis pas encore mère, je suis toujours une femme, une épouse, une amie, une fille. Ma vie peut encore avoir un sens, j'ai quelque chose à faire sur cette terre.» C'est ainsi qu'elle a décidé de retourner aux études pour devenir travailleuse sociale et prendre soin des autres. Depuis quelques années, elle est aussi animatrice d'un groupe de soutien pour couples vivant des troubles de fertilité.

 

Quelques stratégies pour vivre davantage dans le moment présent 

• On a tendance à toujours écouter la même musique? On se force à découvrir chaque mois un nouveau morceau, un nouvel artiste, un nouveau style.

• On s'ennuie des soupers de famille? On relance la tradition avec ceux et celles qui restent. On le fait avec nos enfants s'ils sont adultes. Ou alors, on instaure cette tradition avec des amis.

• Notre appartement d'étudiante près des boulangeries et des cafés nous manque? Lors de nos prochaines vacances, on loue un appartement dans le centre d'une grande ville.

• On regrette le temps où, petite, on jouait dehors du matin au soir? On se joint à une équipe de soccer ou d'ultimate frisbee.

 

Pour apprécier les bonnes choses... au moment où elles passent

• On adopte un mantra qu'on se répète dès qu'on s'aperçoit qu'on commence à se plaindre.

• Quand on se met à bougonner, on arrête la machine et on prend quelques instants pour faire ressortir au moins un aspect positif de la situation dans laquelle on se trouve.

• On traîne avec nous un petit carnet pour noter nos pensées et les relire, une fois revenue à la maison (est-ce qu'on avait raison de se plaindre?).

• On invite notre partenaire à nous le signaler lorsqu'on prend une tangente négative.

• On peut même entamer une thérapie pour guérir ce trait qui nous gâche la vie et compromet nos relations.

 

Pour cesser de vivre dans les regrets  

• Pour remettre les choses en perspective et réduire la culpabilité, on se demande: «À l'époque, est-ce que j'aurais pu savoir que la situation allait tourner ainsi?»

• Pour prendre un peu de recul par rapport à nos sentiments, on se pose la question suivante: «Si ma meilleure amie avait ce genre de pensées, qu'est-ce que je lui dirais?»

• On se rappelle, comme le souligne Brigitte Hénault, qu'on a toujours le pouvoir de changer nos perceptions et de décider de notre avenir, peu importent notre histoire, notre vécu ou la façon de réagir aux événements qui nous a été transmise durant l'enfance.

 

Pour aller plus loin

Le Pouvoir du moment présent, par Eckart Tolle, Ariane, 2000, 254 p., 19,95 $.

Guérir le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, par David Servan-Schreiber, Pocket, 2005, 352 p., 12,95 $.

Les 7 Étapes du lâcher-prise, par Colette Portelance, CRAM, 2009, 106 p., 14,95 $.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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